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Marie-Estelle Pech

L’école de la triche

Paris, L’éditeur, 2011, 250 p., 20 cm
ISBN 978-2-36201-044-6 : 17 €

par Yves Desrichard

Une « fuite » récente au baccalauréat, traitée comme une affaire d’État, aura mis en lumière un phénomène à peu près aussi ancien que les examens et les concours : la triche, et ses avatars. Dans son ouvrage, un peu rapide dans le fond comme dans la forme, L’école de la triche, Marie-Estelle Pech, journaliste au Figaro, disserte longuement, mais de façon parfois un peu brouillonne, sur les différentes méthodes utilisées pour tricher, que les nouveaux objets technologiques, les portables notamment, et les nouveaux modes d’accès à l’information, réseaux sans fil et, bien sûr, internet, ont permis de démultiplier, substituant (dans ce domaine comme dans bien d’autres) la sophistication numérique à l’inventivité et au système D de l’ère ancienne.

Des indulgences coupables

Cumulant des exemples plus ou moins pertinents sans le souci typologique qui, peut-être, aurait caractérisé un ouvrage fabriqué dans une moindre urgence (qui évoque la faillite de la Grèce alors que, quand vous lirez ses lignes, la Grèce aura sans doute déjà fait faillite), elle éclaire d’un jour spécifique les phénomènes de plagiat qui, s’ils ont toujours existé, ont cru d’exponentielle façon, comme l’on dit, avec le « copier/coller » qui, apprend-on, possède son groupe de fans sur Facebook.

Triches et plagiats bénéficient souvent d’indulgences coupables de la part des enseignants comme de l’encadrement, témoin cette délicieuse saillie d’une enseignante qui, dans les cas avérés, « privilégie l’effort de documentation » – entendez le copier/coller d’après Wikipédia pas même retouché. Souvent, les intentions sont moins candides : crédibilité des diplômes, prestige de l’établissement, souci d’éviter la paperasse, ou, plus crûment, intérêts financiers, quand il s’agit par exemple d’étudiants étrangers (les pauvres étudiants chinois, chez eux ou ailleurs, en prennent pour leur grade).

Si l’on ne fera pas injure à l’auteur en l’accusant de plagiat (les sources ne sont pas toujours citées), on s’accordera à trouver que le plus intéressant de l’ouvrage ne se trouve ni dans les faits, ni dans les leçons de morale sur la société qui closent l’ouvrage, très Figaro il faut bien l’avouer, considérant que ce sont les médias, la société, la bourse, les élites, etc., qui pourrissent l’ensemble et expliquent sinon justifient à rebours l’existence de la triche, à tous les niveaux de la société et dès les premiers échelons, qu’il faut bien gravir.

Non, on s’accordera à considérer que, comme un « retournement », l’intérêt de l’ouvrage est dans la mise en cause, un peu bâclée, un peu schématique, mais bien stimulante, d’un système éducatif qui privilégie la note arbitraire, l’examen inutilement déstabilisant, le parcours utilitaire, aux dépens de l’évaluation, du travail en équipe, de l’épanouissement intellectuel. Un système où l’étudiant (mais la fraude commence avant) est plus « consommateur » qu’acteur, et qui peut considérer qu’utiliser un nègre pour rédiger son mémoire est une forme de « sous-traitance » comme une autre, et qui justifierait le plagiat comme d’autres justifient le dopage – à condition que tout le monde se dope. Surgit lors, en creux, un « autre monde » de l’éducation, qui privilégie le rapport humain, l’évaluation orale, bref pas vraiment l’« e-education »… et une organisation éducative d’une tout autre ampleur et d’une tout autre ambition que celles qu’on peut constater, en France mais dans beaucoup d’autres pays aussi.

Comme, et c’est peu de le dire, nous n’en sommes pas là, peut-être les bibliothécaires, notamment en bibliothèque universitaire, spécialistes de la recherche documentaire, pourront-ils faire leur miel de la suggestion suivante : et s’ils proposaient, aux enseignants, leurs services comme détecteurs de plagiat, là où la majorité des outils automatiques commercialisés, rappelle l’auteur, ne sont guère fiables ? Les étudiants, qui sont la quasi-totalité de leurs usagers, pourront en ressentir une certaine acrimonie, qu’on leur enlèvera en leur proposant le même service, mais à l’envers (bien entendu, je plaisante).