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Journée d’étude annuelle Fulbi « Et si on essayait sans ? »

Apprivoisons les disparitions liées au numérique

Cécile Kattnig

Plus de 200 professionnels des bibliothèques et de la documentation assistaient le 19 janvier 2012 à Paris à la journée annuelle de la Fulbi  1. L’objectif de ses organisateurs était de présenter des réalisations mais aussi des projets en environnement numérique engagés par des professionnels de l’information-documentation et d’analyser en quoi ces nouvelles réalités « redessineraient les conditions d’accès au livre, à l’œuvre ou à l’information ».

Métiers de l’information-documentation en mutation

Loïc Lebigre, responsable du service Formation de l’ADBS  2, a présenté les résultats d’une étude réalisée par l’Association sur l’évolution des métiers de l’information-documentation, ses perspectives, et les orientations en matière de formation. Cette analyse est basée sur plusieurs sources, notamment le dossier « Métiers et compétences » de la revue DocSi de juin 2011, et ce, dans un environnement contextuel nouveau avec les créations en 2011 de l’Observatoire du numérique  3, de celui sur la gouvernance de l’information  4, et de la plateforme de veille sur le management de l’information du Serda  5. Pour Loïc Lebigre, la nécessité d’une approche de la « fonction information » par une modélisation en trois pôles se dégage : management d’une fonction information, performance du système d’information documentaire et intelligence stratégique, ainsi que la mise en place d’un nouveau parcours de formation.

Services de référence virtuels : une valeur ajoutée

Écrits, rencontres, journées d’étude abondent depuis trois ans sur les services de références virtuels  6. Jeremy Jeanguenin  7 a fait le point sur l’organisation et les usages du service questions/réponses des universités de l’Île-de-France, ruedesfacs.fr, trois ans après sa création. Ce service de renseignement virtuel rassemblant les compétences de 180 bibliothécaires, répartis en 13 thématiques, et les collections de 27 établissements, a nécessité un fonctionnement structuré et la rédaction d’une charte. L’accent a été mis sur l’importance d’une organisation des savoirs mutualisés accompagnée d’une communication élargie sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter), la création d’un logo et la réalisation en 2011 d’un blog  8. Reste, selon Jeremy Jeanguenin, à engager un projet de remplacement du logiciel actuel, QuestionPoint, au profit d’un système de gestion de contenu ouvert. Et peut-être une base de connaissances en ligne ?

Redocumentariser avec les « amateurs »

L’intervention de Barbara Hirard et Patrick Peccatte  9 sur le partenariat signé en 2011 entre la bibliothèque de Cherbourg-Octeville et le projet PhotosNormandie  10, destiné à documenter un fonds de photographies anciennes, a porté sur la philosophie adoptée : solliciter et échanger avec des « amateurs ». Selon Patrick Peccatte, le modèle de référence est celui de l’astronome amateur pour son travail de veille constante, profil reconnu au XIXe siècle par l’Union astronomique internationale : un sujet d’étude en soi  11 !

L’intérêt de cette initiative était d’utiliser le savoir-faire d’un projet présent sur la plate-forme grand public Flickr depuis 2007, enrichie par crowdsourcing 12, dans laquelle les métadonnées restent présentes dans les images elles-mêmes par l’utilisation du modèle IPTC/IIM  13. La méthodologie de recherche d’information a été rappelée, illustrations à l’appui : observer, compiler les informations recueillies, rechercher des images par moteur de recherche inversée, rechercher hors de la collection et sur les localisations. Le récent billet du blog culturevisuelle.org/dejavu 14 présente l’historique du projet « The Commons » sur Flickr.

Bibliothèques et bibliothécaires face aux livres numériques : changement de posture

En introduisant son propos par quelques chiffres : 25 000 titres français sous droits, 25 000 titres français dans le domaine public et quelques éditeurs (cyberlibris, immateriel.fr, publie.net, numilog…), Michel Fauchié  15 a posé en six points les priorités des bibliothèques et des bibliothécaires face au livre numérique : découverte (salon de lecture numérique à la bibliothèque des Champs Libres de Rennes), appropriation de la lecture numérique par l’étude des usages, expérimentation pour une meilleure médiation (liseuses en milieu scolaire), e-republication (bibliothèque de Toulouse), valeur ajoutée des bibliothèques et bibliothécaires autour des données (auteur, livre, interview, vidéo, club de lecteurs), innovation par la création de plates-formes de prêt dans une démarche projet globale (Québec, Portugal). Si affinités, consulter avec profit kotkot.blogspirit.com 16 !

Anne-Laurence Margérard  17 a présenté l’étude « Calliopê » que l’Enssib a engagée cette année sur les usages des dispositifs numériques de lecture en bibliothèque : prêt, observation, et enquêtes qualitative et quantitative en bibliothèque scientifique  18 intégrant l’évaluation de l’offre « l’étagère numérique ». Souhaitons des développements communs entre l’Enssib et l’ADDNB.

Le Labo BnF

Aurélie Brun et Alexandre Chautemps, du projet Labo de la BnF, ont présenté les expériences de valorisation et de consultation inhérentes au projet ouvert en 2010 : expériences de lecture numérique, de découverte des collections à partir d’expositions enrichies, mais également lieu d’observation par des présentations de nouveaux dispositifs, des conférences enregistrées et des ateliers  19.

Il ressort de la journée certes l’image de virtualisations, mais orchestrées par les professionnels dans la continuité de leurs valeurs et de leurs missions : rechercher, renseigner, redocumentariser avec… l’amateur dans un environnement de réseaux sociaux démultiplié… en développant les outils méthodologiques pour structurer et diffuser les données enrichies. L’I&D est un work in progress. •