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Handicap mental et bibliothèques

Carole Roudeix

Vanessa Van Atten

Sophie Grabielle

Le mercredi 15 novembre 2011 s’est tenue à la médiathèque José Cabanis de Toulouse une journée professionnelle sur le thème « Handicap mental et bibliothèques ».

Organiser un colloque sur le thème « handicap mental et bibliothèques » dans une bibliothèque n’est-il pas un non-sens lorsque l’on sait les difficultés d’accès à la lecture et à l’écriture par ce public ? Non, comme l’affirme Patrick Bazin, directeur de la BPI : « Il est normal, évidemment, qu’un colloque comme celui-ci qui est le premier du genre, […] ait lieu dans une bibliothèque. Les bibliothèques, par définition, sont des lieux où toutes les formes d’expression, toutes les formes d’accès au savoir [ont leur place], des lieux aussi où les questions du lien social sont absolument centrales. » Même s’il ne peut s’empêcher de penser que « la lecture au sens classique du terme est un modèle relativement excluant ». La vraie question porte donc sur la façon de donner accès aux lieux culturels à ce public.

Pour le professeur Jean-Luc Duquesne, psychiatre : « Le handicap psychique, c’est le monde de la psychose, de la névrose, alors que le handicap mental, sa particularité et sa définition même, c’est de s’accompagner d’un déficit intellectuel, un déficit intellectuel qui est important et qui est définitif, irréversible. » Ajoutons les propos de Sabine Fronty, psychologue clinicienne : « La personne handicapée mentale est porteuse de manière permanente d’une déficience intellectuelle et c’est cette déficience qui va provoquer le handicap en touchant différentes fonctions comme les fonctions de compréhension, d’analyse de situations, de prise de décision et de mémorisation. »

Des clés pour accueillir ce public

Pour entrer en communication avec ce public, il s’agit d’user de bon sens : s’adresser à la personne même si elle est accompagnée ; ne pas hésiter à reformuler ; avoir un discours clair et concret, un langage simple mais pas simpliste ; employer une idée par phrase et une formulation positive.

La signalétique est un élément incontournable de l’accueil des personnes handicapées. Pour l’élaborer, il est nécessaire de mener une réflexion en amont et dans la mesure du possible d’y associer le public qui a des difficultés à se repérer.

Les améliorations de la signalétique seront profitables à tous les publics (personnes sourdes, touristes étrangers, etc.). L’accessibilité universelle peut être améliorée par l’utilisation de couleurs de revêtement au sol différentes pour identifier les espaces.

L’utilisation de pictogrammes ne se suffit pas à elle-même, elle doit être accompagnée de textes. Les pictogrammes sont des représentations graphiques d’éléments concrets (un objet, une action, une information). Actuellement, une réflexion est en cours pour parvenir à une normalisation des pictogrammes.

Améliorer la formation des bibliothécaires

La plupart des actions présentées ont été réalisées sans formation préalable des bibliothécaires ; pourtant, tous soulignent son importance. Éric Frigerio  1 l’illustre parfaitement par cet exemple : « Un gaillard de 25 ans, 1,80 m, m’attrape par les cheveux pour exprimer son affection, comment dois-je réagir ? »

Il existe de multiples associations ou organismes proposant des formations mais citons ici ceux qui étaient représentés : l’Unapei  2 (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis) et Format différence  3.

Le partage d’expériences permet aussi aux bibliothécaires de se former. Les expériences présentées étaient très riches : à travers la musique, autour des plantes tinctoriales  4 et sur la création et gestion d’un blog. Saluons ici la bibliothèque de Gonfreville-L’Orcher qui a mis en place une fiche accessibilité propre à chaque enfant pour lui permettre de venir seul à la bibliothèque, en associant les familles, suite à une formation des bibliothécaires sur l’autisme.

Les acteurs du handicap

Chaque sigle dénommant les 36 000 établissements intervenants du secteur permet d’avoir une information sur le public (enfants, jeunes, adultes), sur le degré d’autonomie, sur leur parcours d’insertion professionnelle, etc. Avoir une vue d’ensemble de ces établissements permet de mieux cibler les partenariats possibles en tenant compte des spécificités des publics accueillis.

En 2006, le ministère de la Culture et le ministère des Affaires sociales ont signé la « Convention nationale Culture-Handicap  5 » qui affirme la priorité donnée au développement de la pratique artistique et culturelle des personnes accueillies au sein d’institutions. L’extension, en 2010, de la convention Culture-Santé  6 au secteur médicosocial a fait l’objet d’une expérimentation dans cinq régions pilotes  7.

Par ailleurs, même si certaines directions régionales des affaires culturelles n’ont pas établi de convention avec les services déconcentrés du secteur du handicap, des soutiens aux projets sont possibles, notamment quand ils s’inscrivent dans la vie de l’institution culturelle et sont développés au sein du projet de l’établissement partenaire.

Cette journée, qui a permis aux bibliothèques de prendre conscience du rôle qu’elles doivent porter, était une première étape indispensable. Et maintenant, que faire ? Si nous demandions aux personnes handicapées mentales ce qu’elles souhaitent, comme le propose Stéphanie Schulze, animatrice du Musée national d’art contemporain, plutôt que de se poser la question à leur place ? •