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Philippe Coulangeon

Les métamorphoses de la distinction

Paris, Grasset, 2011, 163 p., 19 cm
ISBN 978-2-246-76971-2 : 15 €

par Anne-Marie Bertrand

La culture est-elle toujours « classante » ? Ce pourrait être la question de départ de Philippe Coulangeon dans ce petit ouvrage (163 pages). On pourrait aussi la résumer ainsi : « Quelle importance nos élites accordent-elles à la culture ? »

L’auteur analyse successivement plusieurs registres destinés à éclairer cette question. Il ne croit pas à la « moyennisation » des pratiques culturelles, qu’il trouve « improbable », s’appuyant en cela sur les enquêtes « Pratiques culturelles des Français ». Il est perplexe (et nuancé) sur le rôle de l’élévation du niveau moyen de diplôme dans la population, évoquant « les désillusions culturelles de la massification scolaire ». Il discute de l’échec de la démocratisation culturelle. Il conclut son raisonnement par l’évocation de l’éclectisme culturel. En cela, il rend hommage aux travaux de Bernard Lahire, après avoir tenté de montrer que Pierre Bourdieu avait raison (forcément).

Plutôt qu’à ce fil conducteur un peu convenu, on pourra s’attacher à quelques perspectives cavalières qui donnent à penser. Ainsi à « l’anti-intellectualisme d’État », au « populisme culturel », à la crise du modèle d’intégration, au doute jeté sur « les vertus émancipatrices de l’École » ou à la « désirabilité des biens culturels ».

« Ainsi, et pour peu que l’on prenne au sérieux l’idée qu’il puisse exister, au-delà du rapport de connivence dont procède cette sorte de “délit d’initiés” culturel dont bénéficient les “héritiers”, une relation intrinsèque entre niveau d’excellence scolaire et niveau d’excellence culturelle, les générations de diplômés des années d’expansion scolaire, mécaniquement moins sélectionnés que leurs aînés, sont aussi, en moyenne, et par voie de conséquence, moins conformes au profil culturel des diplômés des générations précédentes : moins lecteurs, moins friands de culture “classique”, ancrés dans un rapport moins ascétique à la culture » (p. 77).

Qu’est-ce qui fait, aujourd’hui, que la culture (laquelle ?) n’est plus désirable ? Qu’on peut faire carrière sans être cultivé ? Qu’on peut être un brillant élève sans goût culturel ? Pourquoi ce « divorce des élites du savoir et des élites du pouvoir » (p. 10) ? Ce livre ne le dit pas. Dommage.