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Bibliothèques sans frontières

Jérémy Lachal

«Bibliothèques sans frontières  1 » (BSF) est une organisation non gouvernementale (ONG) créée en 2007 à l’initiative de Patrick Weil, historien et directeur de recherche au CNRS. BSF est aujourd’hui l’une des principales ONG de développement culturel par le livre dans le monde francophone. Parce que les bibliothèques sont des piliers pour le développement culturel, l’éducation et la promotion des droits humains, BSF vient en appui à des initiatives locales dans plus de 15 pays par la création de bibliothèques, la formation de documentalistes, l’envoi d’ouvrages, l’informatisation de centres documentaires et la structuration de réseaux de bibliothèques. L’association compte trois représentations internationales : en Belgique, aux États-Unis et au Mexique.

Les bibliothèques, un outil de promotion des droits humains

BSF intervient à une échelle beaucoup plus large que le simple don de livres : de la formation de bibliothécaires à la dotation de matériels informatiques, en passant par des missions d’expertise pour identifier les besoins, l’idée est de créer des bibliothèques durables, fréquentées et financièrement viables. Pour ce faire, trois axes forts guident les actions de l’association : agir durablement pour la démocratie et le respect des droits humains, soutenir l’éducation et la formation tout au long de la vie et promouvoir le développement durable en France et dans les pays du Sud.

Agir durablement pour la démocratie et le respect des droits humains

Les bibliothèques sont de formidables leviers pour la paix et le développement humain. Apprendre à lire et à écrire, c’est faire l’expérience de la pensée critique, le premier pas vers la démocratie. Chaque jour, des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes passent la porte des bibliothèques soutenues par BSF. Des populations qui, grâce aux livres, se saisissent des armes nécessaires pour défendre leurs droits.

C’est dans cette optique qu’un projet d’une grande portée symbolique a mobilisé les équipes de BSF en France mais aussi aux États-Unis : la constitution des collections de la première bibliothèque publique de Kigali au Rwanda. Dans ce pays à l’histoire difficile, la création d’une bibliothèque d’envergure nationale, ouverte à tous sans distinction, incarne l’ambition de tout un peuple pour la reconstruction de son pays et la promotion de la paix et de la démocratie dans la région. Le succès de ce grand projet constituera un tournant dans l’histoire du Rwanda : permettre l’accès au savoir et à la connaissance, longtemps inaccessibles à une population de près de huit millions d’habitants. C’est avec beaucoup de fierté que BSF s’est associée à cette action.

Soutenir l’éducation et la formation tout au long de la vie

Promouvoir le livre et la lecture, c’est aussi agir pour l’éducation et la formation tout au long de la scolarité. Les bibliothèques accompagnent la construction intellectuelle, de l’école à l’université. Véritables ponts entre hier et demain, les livres représentent l’outil central de la diffusion du savoir. Qu’ils soient papier ou numérique, ils constituent des supports pédagogiques indispensables pour une éducation de qualité.

Ainsi, Bibliothèques sans frontières s’attache à permettre l’accès aux livres et à la lecture pour les enfants tout comme pour les adultes. À titre d’exemple, BSF travaille en France pour aider les populations marginalisées. En partenariat avec les centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) Adoma de la région parisienne, l’organisation a participé à la mise en place d’espaces bibliothèque multilingues dans ces structures créées et pensées par les résidents de ces centres. Ce projet conjugue deux ambitions, celle de permettre l’intégration des demandeurs d’asile et de leurs enfants via l’apprentissage de la langue et la connaissance de la culture françaises, et celle de faciliter la continuité des liens culturels avec les pays d’origine des résidents des CADA.

Promouvoir le développement durable en France et dans les pays du Sud

Chaque année, 80 millions de livres neufs sont détruits en France alors que des millions de personnes dans le monde n’auront jamais accès à une bibliothèque. Donner une seconde vie à ces livres et à ceux des particuliers qui le souhaitent, c’est agir pour le développement durable et l’accroissement des richesses culturelles. Mais le projet BSF va plus loin : en appuyant les éditeurs des pays du Sud et en soutenant les patrimoines locaux, l’association intervient pour le développement local de l’économie culturelle. Si BSF a envoyé plus de 55 000 livres vers des bibliothèques partenaires cette année, c’est donc surtout la valeur ajoutée à ces dotations qui inscrit l’association dans une démarche de développement durable : depuis le montage de séminaires de formation jusqu’à la mise en réseau des acteurs en passant par l’appui aux filières du livre locales ou la mise en œuvre d’activités génératrices de revenus.

BSF travaille en partenariat avec des porteurs de projet locaux, capables de formuler une demande et de faire vivre les fonds transmis sur le long terme. Tous les ouvrages envoyés sont choisis par les bibliothèques partenaires. Ainsi, le don n’est pas une finalité mais un moyen pour promouvoir le développement de la lecture publique et l’accès au savoir dans les pays émergents. L’approche sur mesure qui fonde la philosophie de l’association exige une évaluation fine des besoins locaux et engendre des projets toujours différents, adaptés aux réalités et aux contraintes locales.

Bibliothèques sans frontières en Haïti

Bibliothèques sans frontières, présente en Haïti depuis 2009, a intensifié son action dans le pays suite au séisme du 12 janvier 2010 en définissant, avec ses partenaires locaux, un programme en trois volets conçu à moyen et long terme, qui touchera près de 200 000 bénéficiaires pour la reconstruction durable des structures de lecture publique, scolaire et universitaire en Haïti. Ce programme, qui représente le plus important terrain d’action de BSF, porte déjà ses fruits un an après le séisme, avec la réouverture de la Bibliothèque nationale d’Haïti, la création de plusieurs bibliothèques dans les camps de déplacés, l’ouverture d’une bibliothèque numérique universitaire et l’accueil en France de 20 bibliothécaires universitaires Haïtiens.

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Livres emprisonnés dans les décombres d’un immeuble après le séisme de 2010 à Haïti. Photo : Lee Cohen sur Flickr (licence CC-by 2.0)

Des livres pour faire le deuil et dépasser le traumatisme

Plus d’un million de personnes vivent aujourd’hui sous tente dans les camps de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. BSF est venue en appui à la création de bibliothèques et de points d’accès aux livres dans près de 20 camps en 2010. En 2011, elle a renforcé son action en direction des populations déplacées, avec la création de plus de 300 nouveaux points d’accès aux livres.

En effet, BSF collabore avec l’Unicef pour la création de kits bibliothèque jeunesse dans 300 camps de réfugiés de la zone métropolitaine de Port-au-Prince en Haïti. Le but de ce projet est d’abord d’amener les enfants vers la lecture et le récit en leur faisant découvrir la notion de « lecture plaisir », et dans un second temps de les accompagner dans le dépassement du traumatisme qu’ils ont subi avec le séisme. Ces malles contiennent une centaine de titres créoles et français, ainsi que du matériel et un guide d’animation afin d’accompagner au mieux les animateurs sur place.

Des bibliothèques pour se reconstruire

La plupart des bibliothèques de Port-au-Prince ont été détruites par le séisme. BSF intervient en appui à la réouverture de nombreuses structures et au développement des bibliothèques en province. Outre la Bibliothèque nationale et les réseaux de bibliothèques publiques, BSF intervient également auprès des bibliothèques scolaires et pour la mise en œuvre de points d’accès aux livres dans les prisons.

Des bibliothèques universitaires pour préparer demain

Alors que la plupart des bibliothèques de l’Université d’État d’Haïti (UEH) sont tombées dans le séisme et que les cours ont repris sous des abris, BSF œuvre pour mettre à disposition des 15 000 étudiants de Port-au-Prince les ressources documentaires nécessaires à la poursuite de leurs études.

L’organisation a ainsi ouvert une bibliothèque numérique le 30 septembre 2011, qui accompagne la création d’une Bibliothèque universitaire centrale de référence à Port-au-Prince. La bibliothèque numérique est composée de 80 stations informatiques. Grâce à cette bibliothèque, les étudiants haïtiens peuvent accéder à des ressources en ligne de qualité. Plus de vingt éditeurs internationaux ont gratuitement mis à disposition leurs bases de données pour permettre un accès à des millions d’articles et de livres électroniques dans plus de dix disciplines universitaires.

Haïti, tout au long de son histoire, a subi les assauts répétés des catastrophes naturelles et des drames humains. C’est à travers ces terribles épreuves que le peuple haïtien a forgé une culture d’une richesse et d’une diversité hors du commun. Parce que cette culture est l’un des piliers fondamentaux de la reconstruction du pays, BSF souhaite s’engager durablement aux côtés des Haïtiens. •

Les métiers du livre et la solidarité internationale

Le 29 mars 2011 se tenait à l’université Lille 3 la journée « Métiers du livre et solidarité internationale », organisée par le collectif « Co-libris  1 », en partenariat avec la Drac Nord-Pas-de-Calais et le centre régional de formation aux carrières des bibliothèques MédiaLille  2 pour faire découvrir à un public d’étudiants motivé leurs activités et, qui sait, susciter des vocations.

Un secteur associatif riche de projets… aux moyens limités

Un large panel d’associations était venu à Lille présenter leurs activités : Bibliothèques sans frontières, mais aussi Biblionef  3, l’Association internationale francophone des bibliothécaires et documentalistes  4, le Centre régional de documentation et d’information pour le développement et la solidarité internationale  5, le Réseau d’information et de documentation pour le développement durable et la solidarité internationale  6, mais aussi la bouquinerie Oxfam  7 de Lille, qui finance en partie par la revente de dons de livres son association de coopération et solidarité internationale.

Les difficultés rencontrées par les acteurs du domaine n’ont pas été dissimulées au public de (futurs) jeunes professionnels : difficultés financières, comme l’a précisé Jean-Luc Le Dro de Culture et développement  8, mais aussi difficultés de coopération et de formation.

Des professionnels du livre polyvalents pour le soutien aux pays émergents

La Joie par les livres, intégrée désormais à la Bibliothèque nationale de France, a présenté, par l’intermédiaire de Viviana Quiñones, la revue Takam Tikou 9, issue de la coopération avec le monde arabe et l’Afrique, et le projet Sister Libraries  10 de l’International Federation of Library Associations (Ifla). Jacqueline Bénichou, directrice de la bibliothèque départementale de prêt de l’Essonne, a quant à elle illustré la possibilité de mener un double parcours de professionnelle et de militante en faveur des bibliothèques solidaires. Enfin, Gilles Martin (Éditions Aden) 11 et Patrick Silberstein (Éditions Syllepse) 12, ont présenté leurs actions militantes pour l’amélioration de la diffusion d’ouvrages dans les pays en développement par des voies alternatives (vendeurs de livres de rue par exemple).

Camille Duvin

  1.  (retour)↑  http://collectifpourlelivre.wordpress.com
  2.  (retour)↑  http://medialille.formation.univ-lille3.fr
  3.  (retour)↑  http://www.biblionef.com
  4.  (retour)↑  http://aifbd.org
  5.  (retour)↑  http://crdtm.canalblog.com
  6.  (retour)↑  http://www.ritimo.org
  7.  (retour)↑  http://oxfam-lille.over-blog.com
  8.  (retour)↑  http://www.culture-developpement.asso.fr
  9.  (retour)↑  http://www.takamtikou.fr
  10.  (retour)↑  http://www.ifla.org/en/node/1750
  11.  (retour)↑  http://www.aden.be
  12.  (retour)↑  http://www.syllepse.net