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Bibliothéconomie chinoise en plein tournant

Yigang Sun

Xiaojuan Shen

Bibliothèques et bibliothécaires en Chine

LAnnuaire des bibliothèques de Chine, édité par la Société des bibliothèques de Chine et la Bibliothèque nationale de Chine, est publié avec régularité depuis 2005, année importante dans l’histoire récente des bibliothèques chinoises, puisqu’à cette date l’État a lancé plusieurs grands projets culturels intégrant les bibliothèques (construction, restauration, partage des ressources, numérisation).

Il y a en Chine (chiffres 2009) 2 850 bibliothèques publiques (175 de plus qu’en 2000) : la Bibliothèque nationale de Chine (BNC), qui a ouvert un deuxième site à Pékin en 2008, 37 bibliothèques provinciales, 321 bibliothèques régionales et municipales, 2 491 bibliothèques d’arrondissement ou de district. Le taux de couverture est le suivant : près de 80 % des municipalités et 80 % des districts ont une ou plusieurs bibliothèques.

Bibliothèques municipales et de districts d’une même ville ont un rattachement administratif distinct, mais elles collaborent : les bibliothèques de Pékin comme de Shanghai (mais aussi Shenzhen, Dongguan...) se sont regroupées en réseau avec un catalogue collectif et une carte de lecteur uniques. Les fonds des 18 bibliothèques des districts de Pékin dépassent les 8 millions de volumes et 1 500 000 livres numériques ; la bibliothèque municipale de Shanghai, avec plus de 50 millions de documents, se situe parmi les dix plus grandes bibliothèques du monde. Concernant les établissements d’enseignement supérieur, on dénombre 2 689 bibliothèques. À ce chiffre s’ajouterait un nombre important de bibliothèques spécialisées ou académiques.

Si le réseau des bibliothèques se développe et se modernise, il n’existe pas encore en Chine de loi sur les bibliothèques, et le statut, la formation et l’évolution de la carrière des personnels ne sont pas unifiés. En Chine, les bibliothécaires ne sont pas fonctionnaires mais entrent dans la catégorie des personnels des établissements d’intérêt public. Ils ont généralement les titres suivants : assistant bibliothécaire, bibliothécaire, chargé de recherche bibliothécaire, maître de recherche bibliothécaire. À la BNC, l’ancienneté nécessaire pour évoluer d’un grade à l’autre est fonction du titre universitaire. Dans les autres bibliothèques, la progression peut se faire sur titres ou sur examens. La soutenance d’une thèse et la publication d’articles ou de livres sont requises pour l’accès aux grades les plus élevés.

La bibliothéconomie est une matière qui s’étudie à l’université et fait l’objet de thèses, mais il n’existe pas en Chine de diplômes nationaux ni d’école ou d’institut ayant vocation à former les bibliothécaires. Des cycles de formation sont cependant organisés par les bibliothèques municipales ou universitaires.

Marc Fontana et Cao Yang

Médiathèque de l’Institut français de Chine

    « Aujourd’hui, la culture se mêle à l’économie et à la politique. Dans la concurrence mondiale entre les États, elle tient une place qu’il est difficile d’ignorer. La force de la culture pénètre et fusionne avec la vitalité, la créativité et la cohésion nationales 1. » Comme suite aux conséquences impressionnantes des trente dernières années d’ouverture, le gouvernement chinois a spécifié en novembre 2002 l’importance « d’avoir une compréhension approfondie du sens stratégique dans la construction d’une culture » et celle du besoin de « sincèrement respecter et garantir les droits politiques, économiques et culturels du peuple ». Ainsi, la société chinoise est passée de « l’économie comme base de la modernisation » à l’étape « modernisation globale par l’économie, la politique et la culture 2 ».

    En octobre 2005, pour la première fois, le gouvernement chinois a mis en place une stratégie pour « progressivement mettre en place un système idéal de service public sur le plan culturel 3 ». Dans la continuité, en octobre 2007, il est proposé comme objectif dans la construction culturelle d’« augmenter la puissance douce (soft power) de la culture du pays, afin de mieux garantir les droits et bénéfices culturels les plus basiques du peuple 4 ». Attribuer à la culture un rôle prépondérant dans la « puissance douce de la culture du pays », est stratégiquement une première en Chine.

    Face à la diversification accrue des médias dans la société actuelle, l’environnement technique et économique dans lequel évoluent les bibliothèques en Chine a lui aussi connu d’importants changements. L’internet s’est généralisé jusqu’à concerner en 2010 34,3 % de la population chinoise ; le nombre de pages internet en chinois a atteint les 60 milliards, le nombre d’internautes se monte à 457 millions, parmi lesquels 303 millions d’internautes se connectent via leur téléphone mobile, soit 66,2 % des internautes  5. Dans la tranche d’âge des 18-70 ans, 77,1 % des Chinois savent lire, 52,3 % peuvent lire un livre, 32,8 % ont accès aux contenus numériques, 23 % le font via la téléphonie mobile  6. Parallèlement, à la fin de l’année 2010, le nombre de livres en ligne atteignait 1,15 million, et l’accroissement annuel était de 180 000 ouvrages, soit en an + 15,65 %  7 ; le nombre de journaux édités sous la seule forme numérique dépasse les 700, le total des périodiques édités sous forme numérique approchant les 10 000 unités  8.

    Les infrastructures internet ne cessent de s’améliorer, la capacité à garantir l’accès atteint un niveau inconnu jusque-là. Dans les bibliothèques, la modernisation due au numérique se généralise rapidement, et l’idée de prendre le lecteur comme centre du service public se renforce. Le service public « traditionnel » et sa version plus moderne ont fusionné, le rôle de la bibliothèque dans l’éducation ne cesse de s’étendre, et la valeur de la bibliothèque en tant qu’espace d’échange culturel public s’affirme de jour en jour. La bibliothèque (surtout publique) permet d’assurer à la population les conditions basiques d’accès à la culture, et se voit aussi offrir, dans cette nouvelle période, de nouvelles opportunités d’évolution. Dans la construction d’un système global de service public, la bibliothèque s’est révélée être un centre d’intérêt général.

    L’amélioration graduelle du service public en ligne

    Normaliser de façon globale le service public est un principe partagé par les bibliothèques du monde entier, et la Chine adhère également à ce principe fondamental de construction globale d’un système de service culturel. Depuis 2005, le gouvernement chinois reconnaît de plus en plus, et cela à tous les niveaux, la place essentielle que tiennent les bibliothèques dans l’accès à la culture. De même, le rôle et la responsabilité du gouvernement dans l’élaboration des bibliothèques sont de plus en plus clairs, et la nécessité de construire des bibliothèques est devenue impérative. En 2010, on recensait à travers le pays 2 884 bibliothèques pour les circonscriptions administratives supérieures au district, soit une augmentation de 122 bibliothèques depuis 2005.

    Organisation administrative de la Chine

    La Chine est divisée en 23 provinces, quatre municipalités relevant directement de l’administration centrale, cinq régions autonomes et deux régions administratives spéciales (Hong Kong et Macao). Les provinces et les régions autonomes sont divisées en départements autonomes, districts, districts autonomes et villes. Les districts et les districts autonomes sont divisés en cantons, cantons peuplés d’ethnies minoritaires, et bourgs. Les cantons et les bourgs demeurent les unités administratives de base. Les municipalités relevant directement de l’autorité centrale et les municipalités relativement importantes se divisent en arrondissements et districts, et les départements autonomes en districts, districts autonomes et villes.

    (Verbatims du site de l’ambassade de Chine en France)

      Une bibliothèque n’est pas qu’un bâtiment, c’est aussi un système organisationnel. Construire un nombre conséquent de bibliothèques permet de mettre en place les bases d’un service de bibliothèque publique global. La Chine est vaste, la densité de population y est inégale, et, en mettant à exécution le principe « un niveau administratif, une bibliothèque », doubler le nombre de bibliothèque ne suffirait pas pour couvrir la totalité de la population chinoise. De ce fait, en 2010, le nombre de lecteurs chinois en bibliothèque ne représentait que 1,5 % de la population  9. Une grande partie de la population et beaucoup de régions restent encore hors de portée d’une bibliothèque. Dans des parties éloignées des grandes villes, ou dans les grands espaces agricoles, il est plus que difficile de jouir des services d’une bibliothèque.

      Ces dernières années, afin de véritablement répondre aux besoins du public à tous les niveaux de la société en matière de collections et de services bibliothéconomiques, le gouvernement chinois et la communauté des bibliothèques ont initié le passage à une nouvelle ère du service public en bibliothèque. Cette nouvelle ère passe par la mise en place volontariste des bases du réseau des bibliothèques et de leurs services, l’exploration et l’établissement d’un système de bibliothèques et d’annexes afin de promouvoir les services de bibliothèque mobile, qui permettent d’étendre la portée des services.

      Dans cette ambition, en novembre 2000, a été lancé le projet d’une bibliothèque en plein centre-ville de Shanghai. Actuellement, la région de Shanghai comprend la bibliothèque municipale, 21 bibliothèques publiques, une bibliothèque spécialisée, une bibliothèque universitaire, 32 bibliothèques « de base » qui emploient 56 agents chacune, et 1 687 postes de service « ambulants ».

      De même, en août 2011, dans la région de Canton, le projet a donné naissance à 70 bibliothèques. L’attention a porté tout particulièrement sur les localités qui ne bénéficiaient pas d’aides départementales. Mais l’exemple le plus frappant est le projet de Shenzhen, lancé en 2003. Aujourd’hui, il compte 638 bibliothèques publiques, dont 9 bibliothèques de quartiers, en plus d’un système de 160 points « bibliothèques en self-service ». En 2005, la bibliothèque centrale de Jiaxing (Guangdong) a commencé à élaborer graduellement un réseau de service de bibliothèques à trois niveaux : ville, cantons et bourgs. Ce système a plus tard été reconnu comme « le mode Jiaxing », qui a abouti en 2010 à la création de 41 antennes dans la région et 13 dans les cantons et bourgs.

      Afin de garantir un système de service public global pouvant couvrir l’ensemble de la population, le gouvernement continue de renforcer le financement public des bibliothèques. Durant la période du onzième plan quinquennal, afin de réaliser le projet « une bibliothèque pour tous les comtés » d’améliorer les installations de bibliothèque de base, chaque comté disposait d’un financement à hauteur de 680 000 yuans de la part du gouvernement national et des localités. Depuis le douzième plan quinquennal, les investissements du gouvernement chinois dans le secteur de la culture se sont intensifiés. Le 10 février 2011, les ministères de la Culture et des Finances ont fait une communication commune sur la gratuité des musées nationaux, des bibliothèques publiques et des centres culturels. Le ministère des Finances a ensuite promulgué la gratuité des musées nationaux, bibliothèques et centres culturels, et assuré une garantie des finances publiques dans ces secteurs.

      Dans la construction d’un réseau de service des bibliothèques, la Chine a besoin d’agrandir la couverture des bibliothèques, en renforçant le rayonnement de leur activité. Elle a également besoin de connaître les besoins spécifiques à chaque niveau, de s’adapter aux besoins des lecteurs « sédentaires » et « mobiles », de renforcer et généraliser le système « d’antennes » de bibliothèque, d’encourager la coopération régionale, l’utilisation des communications mobiles, la télévision numérique et d’autres technologies nouvelles. Il faut élargir la portée des services de bibliothèque, pour pouvoir couvrir la ville et la campagne, avec un système en ligne structuré, aux fonctions élargies, afin de rendre accessible à tous le service public fourni par la bibliothèque.

      Mise en place progressive d’une garantie de différents niveaux de ressources

      À l’origine, l’évaluation des bibliothèques chinoises se faisait principalement par celle de leurs collections. Durant le onzième plan quinquennal, le gouvernement chinois a financé les bibliothèques publiques de tous niveaux à hauteur de 23,27 milliards de yuans, 17,4 % desquels consacrés à l’enrichissement des collections. Grâce aux nombreuses aides financières du gouvernement et au travail sans relâche de la communauté des bibliothécaires, les collections ont connu une croissance sans précédent. En 2010, le total des collections des bibliothèques chinoises atteignait 617,26 millions de documents, soit une augmentation de 28,4 % par rapport à 2005, soit près de 30 millions de documents par an  10. Dans le même temps, ont été mises en place de nombreuses bibliothèques numériques. L’étude lancée par la Bibliothèque nationale en 2011 montre que dès la fin 2010, les 41 bibliothèques publiques du pays qui sont au-dessus du niveau départemental ont pu mettre en place leurs propres collections numériques grâce au financement de l’État. 39 bibliothèques ont créé plus de 540 collections numériques liées à des thèmes locaux, pour un volume total de 244 téraoctets. Les bibliothèques régionales ont elles aussi développé des bibliothèques numériques d’une capacité moyenne de 7,28 téraoctets.

      Cependant, la capacité des bibliothèques chinoises à garantir aux usagers l’apport de collections a besoin d’évoluer. En 2010, le nombre de livres consultés par habitant n’était que de 0,46 ouvrage, statistique qui montre l’écart conséquent qui sépare encore la Chine du reste du monde : dans les années 1970, la moyenne de consultation mondiale était déjà de deux ouvrages par an.

      En outre, le partage des ressources entre les bibliothèques de différents types n’est pas toujours pertinent. D’une part, la duplication des ressources est plutôt répandue, ce qui correspond à un gaspillage de budget ; d’autre part, cela conduit à des lacunes dans le développement des ressources, ce qui nuit à une réponse efficace aux besoins diversifiés des lecteurs.

      Afin d’améliorer la capacité globale à garantir des ressources, le gouvernement chinois et la communauté des bibliothèques ont entrepris ces dernières années un certain nombre de travaux qui ont eu des retombées positives, parmi lesquels le rôle prépondérant accordé à la Bibliothèque nationale dans le leadership des bibliothèques chinoises.

      En février 2010, la Bibliothèque nationale a initié la mise en place de collections numériques dans les bibliothèques municipales. La première étape concernait 320 bibliothèques municipales, pour un projet divisé en quatre phases qui devait aboutir à l’octroi à 2 512 bibliothèques municipales d’une quantité totale de 1 téraoctet d’e-books, de revues électroniques, de ressources numériques et de ressources audiovisuelles  11. Fin 2010, ce projet avait permis de construire près de cent collections différentes, les ressources totales avoisinant les 20 téraoctets.

      En mai 2011, la Bibliothèque nationale fut encore une fois choisie comme noyau d’une opération s’appuyant sur les bibliothèques départementales pour mettre en place de nombreux centres de ressources numériques, ainsi que des centres de conservation de ressources numériques, accompagnés des services qui y sont attachés.

      Construire les ressources de la bibliothèque chinoise de demain nécessite en premier lieu des investissements supplémentaires. Les aides devraient être apportées en priorité aux régions moins développées du centre et de l’ouest du pays, ainsi qu’aux bibliothèques dont le statut est en dessous du statut de bibliothèque de district, car ces bibliothèques manquent sérieusement de moyens, même si des efforts sont déjà faits en ce sens.

      Dans le même temps, la numérisation et la mise en ligne de ressources ne cessent d’augmenter, et les projets de ce type sont devenus le souci premier de la communauté bibliothécaire du pays.

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      Écran de consultation de la presse numérique à la bibliothèque municipale de Shanghai. Photo : Anna G C sur Flickr (licence CC-by 2.0)

      L’amélioration graduelle du niveau d’application des technologies de communication modernes

      « La croissance exponentielle de la masse d’informations ainsi que l’évolution des technologies ont déjà grandement influencé la façon dont les gens ont accès à l’information, et les conséquences sur la communauté des bibliothécaires et les services qu’elle propose sont énormes. Les bibliothèques publiques doivent absolument comprendre et utiliser les opportunités fournies par l’évolution des nouvelles technologies de communication pour emprunter la voie de la communication numérique 12. »

      À partir des années 1980, les microformes, puis l’informatique, puis internet et les technologies multimédias ont commencé à être utilisés dans les bibliothèques chinoises. Calis (China Academic Library and Information System) 13 et NSTL (National Science and Technology Library) 14 ont servi de tremplin à l’usage généralisé des nouvelles technologies au sein des bibliothèques chinoises. En 2010, le nombre de postes informatiques dans les bibliothèques publiques dépassait les 140 000 (croissance de 122,3 % par rapport à 2005), parmi lesquels plus de 80 000 sont dédiés à la consultation (croissance de 155,2 % par rapport à 2005). En moyenne, chaque bibliothèque possède 49,5 postes informatiques, dont 28,8 postes dédiés à la consultation électronique (croissances respectives de 112,4 et 144,1 % par rapport à 2005).

      En ce qui concerne les sites internet de bibliothèques, leur nombre est de plus de 900, ce qui représente une croissance de près de 200 %  15. Cependant, à l’échelle du pays, le niveau d’utilisation des nouvelles technologies au sein des bibliothèques chinoises n’est pas du tout équilibré. C’est plus particulièrement le cas dans les zones du centre et de l’ouest de la Chine, où le développement économique a pris du retard. Ces dernières années, des efforts énormes ont été consentis pour aider ces bibliothèques à rattraper leur retard technologique, afin de leur permettre de fournir à leurs publics un service en adéquation avec leur époque. Le gouvernement a fourni aux bibliothèques de certaines régions des équipements informatiques, notamment du matériel et des logiciels. Ainsi, en octobre 2010, le ministère de la Culture a commencé une campagne de test de postes de consultation en ligne à Pékin, Tianjin, Shanghai, dans le Liaoning, le Shandong, le Zhejiang, le Guangdong, l’Anhui, le Shaanxi  16.

      Dans le même temps, la communauté des bibliothèques chinoises attache énormément d’importance au développement et à la mise en œuvre d’outils nouveaux. Ces dernières années, le « data mining », la visualisation de l’information sous des formes nouvelles, le web sémantique, la réalité virtuelle et les réseaux wifi commencent à être disponibles. En 2008, la bibliothèque de Shanghai a proposé l’accès à certains services via la téléphonie mobile : l’inscription, la recherche dans le catalogue, la réservation d’une place, la réservation d’ouvrages, etc. Fin 2010, près de 100 000 lecteurs utilisaient ces services  17.

      En 2008, en se basant sur une étude intitulée « Plate-forme technologique pour soutenir le contenu multimédia numérique », menée par une équipe du ministère des Sciences et Technologies, la Bibliothèque nationale a commencé à promouvoir les services fournis par les bibliothèques à la télévision. En septembre 2009, « 国图空间 – Guojia kongjian » est née : c’est la première chaîne télévisée au monde axée sur les bibliothèques. C’est le résultat de la coopération entre la Bibliothèque nationale et le groupe de télévision BGCTV  18 de Pékin. La chaîne présente l’utilité de la Bibliothèque nationale et de ses ressources, en utilisant ses collections comme base, et en proposant des contenus adaptés à toutes les générations et à tous les niveaux culturels. La production et la distribution des contenus se font à travers des outils technologiques modernes qui sont la propriété de la Bibliothèque nationale.

      Le développement des bibliothèques chinoises souffre encore de l’impact du développement rapide des technologies de l’information. Il lui reste à accroître les investissements et à renforcer la coordination. Faire de la bibliothèque la force motrice de la construction d’une culture numérisée augmentera l’implication des technologies modernes d’information dans ce milieu, permettra la mise en place d’un ensemble de services multimédias, et donnera naissance à de nouvelles formes de service public en bibliothèque, tout en profitant du rôle de locomotive des nouveaux médias.

      Augmenter progressivement la qualité des services en bibliothèque

      En Chine, la bibliothèque publique a un rôle éducatif prépondérant, avec pour vocation d’ouvrir l’accès pour toutes les couches sociales à la vie socioculturelle du pays. Ainsi, les bibliothèques publiques, en raison de la diversité de leurs publics, doivent donner à leurs services « génériques » un sens plus « particulier ». Rien que pour l’année 2010, les bibliothèques de niveau supérieur aux bibliothèques de districts ont accueilli plus de 320 millions de lecteurs, et enregistré plus de 260 millions de prêts. Dans le même temps, dans un souci accru d’égalité, les services offerts à des catégories de population telles que les enfants, les personnes du troisième âge, les personnes handicapées, les travailleurs chinois immigrés, etc. se développent de jour en jour.

      L’idée selon laquelle une bibliothèque publique est un espace culturel local est aujourd’hui reconnue, et les bibliothèques ont beaucoup exploré la voie du développement de l’éducation sociale, en simplifiant l’accès à toute une variété d’actions socio-éducatives, expositions, conférences, formations, et en organisant des activités encourageant la lecture.

      En 2009, les bibliothèques publiques du pays ont organisé en tout 55 000 événements  19. Ainsi, la Bibliothèque nationale a puisé dans ses riches collections pour organiser de grandes expositions telles que « Les trésors de l’Ouest – exposition sur les documents anciens sur l’histoire du Xinjiang », « Années difficiles mais brillantes – documents anciens sur l’histoire du Parti communiste chinois », expositions qui ont suscité de fortes réactions dans le public chinois. Nombre de bibliothèques ont, pour ce qui est des conférences qu’elles organisent, leur « marque de fabrique », chacune apportant sa contribution à l’éducation du peuple. La conférence organisée par la Bibliothèque nationale intitulée « Conférence historico-culturelle sur les cadres dirigeants » s’est tenue à 160 reprises ; les conférences organisées par la bibliothèque de Shanghai, la bibliothèque de la Capitale ou encore la bibliothèque du Zhejiang affichent à chaque fois complet. À Dalian, au Shanxi, à Nankin ou à Shenzhen, chaque conférence a une résonance sociale positive et reçoit un accueil chaleureux à tous les niveaux de la société.

      Toutefois, le métier de bibliothécaire en Chine a encore beaucoup de chemin à parcourir sur le plan du professionnalisme et des connaissances, et les bibliothécaires chinois ont encore besoin de développer leurs compétences professionnelles. Depuis l’ouverture de l’école Wenhua, spécialisée en bibliothéconomie, soutenue par l’Américaine Mary Elizabeth Wood en 1920 à Wuhan, l’enseignement chinois en bibliothéconomie a formé des générations de bibliothécaires professionnels. En 2009, on comptait en Chine 28 enseignements de premier cycle en bibliothéconomie, 47 masters et 8 doctorats en bibliothéconomie, les étudiants diplômés étant environ 10 000  20. Cependant, les conditions d’accès à la profession manquant de rigueur, les meilleurs éléments ne bénéficient pas d’embauches à la hauteur de leurs compétences. Ainsi, les personnes ayant suivi la formation ne finissent pas forcément dans la branche correspondant à leur formation. De ce fait, le personnel professionnel et compétent des bibliothèques ne se renouvelle que très peu, son savoir devient obsolète, perdant contact avec l’évolution du métier.

      Ces dernières années, la communauté des bibliothèques chinoises a fourni un gros effort afin de favoriser l’embauche de bibliothécaires aux compétences accrues. Depuis 2006, l’Association des bibliothèques chinoises a organisé six années de suite un appel aux volontaires pour organiser une formation au poste de directeur de bibliothèque de première catégorie (la plus basse). Ce programme a fourni une formation à 2 941 dirigeants de bibliothèques de première catégorie à travers 26 villes comtés  21. Cette activité a non seulement été un bénéfice social, mais elle a aussi reçu les félicitations et la reconnaissance de la communauté mondiale, illustrées par l’obtention du Prix d’innovation 2010 décerné par l’Association des bibliothèques américaines  22.

      Ces derniers temps, en plus des bibliothèques de recherche spécialisées ouvertes au sein des universités et des instituts de recherche, une catégorie assez distincte de bibliothèques spécialisées ont vu le jour à travers le pays. Ainsi fut ouverte en 1993 une bibliothèque spécialisée sur les vêtements dans la ville de Huangshi ; en 2003, la bibliothèque pour enfants de Nankin ; ou encore la bibliothèque pour malvoyants de Chine, en 2011. Ces expériences montrent que l’évolution des bibliothèques chinoises doit se faire vers le sens de la professionnalisation et de la spécialisation.

      Dans le cadre de la coordination nationale autour de l’évolution de la bibliothéconomie, et pour faire face aux disparités de développement dans les territoires périphériques, la Chine doit insister sur le fait que l’expérience des territoires modernes doit aider à l’évolution des territoires périphériques.

      L’amélioration progressive de la politique de développement de carrière

      La bibliothèque est une entreprise publique culturelle, et son élaboration et son évolution reposent principalement sur la politique publique. Dans la Chine moderne, la législation relative aux bibliothèques a commencé en 1910, lorsque le gouvernement des Qing a promulgué l’édit « 京师及各省图书馆通行章程 – Statuts généraux des bibliothèques de la capitale et des provinces ». En 1915, le gouvernement de Beiyang a promulgué l’édit « 图书馆规程 – Les règles des bibliothèques », ainsi que « 通俗图书馆规程 – Les règles générales des bibliothèques ». Par la suite, gouvernements nationaux et locaux ont successivement développé une série de décrets administratifs qui ont eu un rôle décisif dans l’histoire de l’évolution des bibliothèques de la Chine moderne.

      Après la fondation de la Chine nouvelle, les autorités exécutives suprêmes du pays et les départements concernés ont promulgué des lois et règlements efficaces, des règles administratives, des documents normatifs, en lien avec l’évolution des bibliothèques, en tout 120 documents, notamment le règlement régissant le fonctionnement de bibliothèques publiques, d’enseignement supérieur et de centres de recherche spécialisés, qui ont aidé à fixer une base saine et équilibrée pour les bibliothèques.

      Cependant, aujourd’hui, les bibliothèques chinoises n’ont toujours pas un système législatif complet. Par ailleurs, les règlements administratifs en vigueur, bien qu’efficaces, comme les documents normatifs plutôt anciens, ne sont plus d’actualité. En attendant les réglementations qui sont en cours d’élaboration, les personnels de bibliothèque peuvent dessiner les contours d’un système garantissant les besoins de base, et qui fonctionne, pour pousser le système législatif à agir. Le ministère de la Culture a commencé un travail de législation sur les bibliothèques publiques en 2009, travail qui à présent sollicite des avis à tous les niveaux de la société, en espérant obtenir un accord durant la période du douzième plan quinquennal. En 2011, le ministère a travaillé à l’élaboration d’un ensemble de règles visant à renforcer la conservation des livres anciens et à promouvoir le patrimoine culturel. En outre, un document visant à permettre à la Bibliothèque nationale de collecter l’ensemble des publications du pays est à l’étude au sein des instances de gestion de l’édition. Conjointement, les questions de droit d’auteur et de propriété intellectuelle ont été ces dernières années l’objet de réflexions intenses.

      De plus, le gouvernement pense à des propositions de loi, des notifications, des décisions, touchant de près ou de loin l’évolution des bibliothèques. Ces décisions auront pour objectif principal de fixer des standards commerciaux aux bibliothèques. La mise en application de standards de construction de bibliothèques en novembre 2011 a quant à elle fixé les normes de construction d’une bibliothèque d’après le nombre d’agents y travaillant.

      Dans la période charnière actuelle de construction culturelle, politique, économique et sociale, les bibliothèques chinoises évoluent dans un environnement avantageux, dans lequel elles cherchent à élaborer un système de service public culturel. Toutefois, pour relever ce défi, elles devront faire face à des problèmes au sein même de leur propre système, et elles devront entreprendre des réformes, innover, afin de ne pas rater l’occasion d’atteindre à nouveau les sommets. •

      * Traduit du chinois par Dat-Wei Lau

      Titulaire d’une maîtrise à l’Inalco, Dat-Wei Lau est chargé des collections chinoises et chef d’équipe du domaine Asie à la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (Bulac).

      Septembre 2011