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Troisième Symposium Koha à Lyon

Échanger, réfléchir, partager, se former

Thierry Clavel

Antoine Torrens

Les 26 et 27 mai derniers, l’université Lyon 2 accueillait le troisième Symposium Koha, principal événement français autour du système intégré de gestion de bibliothèque (SIGB) libre  1.

En maori, un koha est un don, une contribution. Dans le monde de la documentation, il s’agit du premier SIGB libre à avoir vu le jour. Créé en 1999, Koha a connu un vif succès partout dans le monde grâce à une communauté très active. En France, Koha est actuellement utilisé par au moins 33 établissements académiques ou de lecture publique.

Le symposium, bénéficiant d’une organisation sans faille, s’est déroulé dans une atmosphère bon enfant, avec près de 130 participants venus de tout le pays, de bibliothèques municipales ou universitaires de toutes tailles. Beaucoup partageaient déjà les valeurs associées au logiciel libre : dynamique citoyenne, intelligence collective et partage du savoir. Pascale Nalon (présidente de l’association d’utilisateurs français Kohala  2) et Caroline Gayral (directrice du service commun de la documentation de Lyon 2) ont ouvert le symposium en affichant une volonté collaborative et fédératrice forte, traduite à travers un programme savamment composé de conférences, de retours d’expériences, d’ateliers pratiques et de stands associatifs autour du logiciel libre.

La vitalité du projet Koha

Paul Poulain a présenté l’histoire de Koha et les nouveautés de la version 3.4, en tant que développeur historique de Koha et Release Manager (traduisez « éditeur/coordinateur ») de la version 2.

En 2004, il fallait être « un peu fou » pour se lancer : l’École des mines de Paris, la bibliothèque municipale de La Française (Tarn-et-Garonne) et quelques autres ont fait partie des pionniers. Depuis, des établissements de plus grande taille se sont ré-informatisés avec Koha, comme les trois services communs de la documentation d’Aix-Marseille, la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations à Paris (Bulac) ou la bibliothèque municipale de Limoges.

Le développement du logiciel s’organise au plan international autour de réunions mensuelles par chat, de listes de diffusion sur koha-community.org (dont une dédiée aux développeurs) et de conférences annuelles, dont la prochaine aura lieu en Inde.

La mutualisation au centre de l’écosystème Koha

La table ronde « Travailler avec des professionnels du libre »,remarquablement modérée par François Élie, de l’Association des développeurs et des utilisateurs de logiciels libres pour l’administration et les collectivités territoriales  3 a donné la parole aux prestataires français : Biblibre  4 Ploss-RA  5, Progilone  6 et Tamil  7.

Le premier débat a été consacré à la question de la rédaction des appels d’offres dans le cas d’un logiciel libre. Il faut savoir, par exemple, qu’on peut alors se contenter de faire un marché de services, ce qui permet de citer expressément le logiciel dans le cahier des clauses techniques particulières.

La pertinence de développements multiples et non coordonnés a fait l’objet d’un second débat. En effet, la compatibilité entre la version communautaire et les développements spécifiques financés par les établissements rencontre déjà des difficultés. Il est important que les établissements ayant investi dans des développements particuliers, comme par exemple la Bulac pour les écritures non latines, puissent continuer de bénéficier des évolutions de la version communautaire. D’autres développements futurs, potentiellement utiles à tous, seront de plus en plus difficiles à intégrer à la version officielle.

Enfin, les formes de la mutualisation ont fait l’objet d’un dernier échange. Ainsi, les services communs de la documentation (SCD) de Lyon 2, Lyon 3 et Saint-Étienne se sont répartis les coûts de développement de trois modules et ont demandé leur reversement pour en faire bénéficier d’autres établissements. La coopération, jusqu’ici informelle, nécessite sans doute d’être formalisée, par exemple par la création d’une fondation. Enfin, la communauté française des utilisateurs de Koha s’exprime encore très peu au niveau international alors même qu’elle pourrait peser beaucoup plus.

Une dynamique de « work in progress »

Les six ateliers ont fait l’objet d’une forte demande : certains étaient très techniques (feuilles de style XSLT et langage de requêtes SQL), et d’autres plus abordables : l’installation de Koha sur serveur, l’utilisation de logiciels de statistiques  8. L’install party permettait à chacun d’expérimenter les nombreuses options de paramétrage du logiciel. Une quatrième séance était consacrée aux changements dans l’organisation du travail : Koha est apparu comme un logiciel intuitif et rapide à prendre en main, qui induit une dynamique de « work in progress » et amène à changer ses habitudes, souvent dans le sens d’une simplification des tâches.

Enfin, trois retours d’expérience clôturaient le symposium : la bibliothèque municipale de Nîmes, la bibliothèque de l’École nationale supérieure d’architecture de Nantes et le SCD de Lyon 2. Les intervenants ont souligné les difficultés rencontrées : mise en place chronophage, accompagnement nécessaire, développements coûteux, données à reprendre après migration… Mais ils ont aussi exprimé leur satisfaction : ergonomie du nouveau système, bons retours des utilisateurs, économies à long terme, mutualisation des compétences, motivation des équipes, etc. C’est bien la satisfaction et l’optimisme qui ressortent de ce symposium : Koha n’est certes pas le SIGB parfait, mais il fonctionne plutôt bien et, surtout, il permet aux bibliothèques de s’inscrire résolument dans la culture du libre. •