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« Learning centres : vers un modèle à la française »

Journées d’étude organisées par Médiat Rhône-Alpes et le SCD de l’université de Lyon 1

Laurence Tarin

Les journées sur les learning centres organisées par Médiat Rhône-Alpes et le SCD de l’université de Lyon 1 ont été introduites par Suzanne Jouguelet, auteur du rapport « Les learning centres : un modèle international de bibliothèque intégrée à l’enseignement et à la recherche  1 ». Elle s’est risquée à proposer une définition, en rappelant que learning signifie apprentissage mais aussi appropriation des savoirs, et que le terme center implique qu’il s’agit d’un lieu central. En effet, un learning centre est un lieu que l’on se préoccupe d’aménager de façon accueillante et d’ouvrir largement, mais aussi un ensemble de services qui visent à faciliter l’acquisition de connaissances. Elle a rappelé également que le créateur du premier learning centre, Graham Bullpitt, considère que l’anticipation des besoins des usagers est fondamentale et que, par conséquent, il ne peut y avoir de modèle « prêt-à-porter ». La diversité des expériences présentées au cours des deux journées de décembre 2010 lui donnera amplement raison.

De multiples comptes rendus d’expérience

Dominique Wolf, directrice du SCD de Lyon 1, avait tenu à s’interroger sur l’adaptabilité de la notion de learning centre au contexte français. Pour cela, elle a fait appel à des collègues français et étrangers, venus de Suisse bien sûr – David Aymonin n’a pas manqué de présenter le Rolex Learning Centre de Lausanne  2 –, mais aussi exerçant dans des établissements du Royaume-Uni et des Pays-Bas.

Quant à Marie-Madeleine Saby et Sylviane Tribollet de Médiat  3, elles avaient souhaité que l’aspect méthodologique de la mise en place d’un learning centre soit abordé. Elles ont donc sollicité la société Cap-Tic  4, qui a été chargée par la Caisse des dépôts et la Conférence des présidents d’université d’une étude sur ce sujet. Véronique Cox a expliqué que l’étude était encore en cours, mais elle a pu présenter une méthodologie de projet en insistant sur l’importance du volet pédagogique et sur la nécessité de penser le learning centre en lien avec la stratégie de l’établissement.

Pour traiter justement de la question pédagogique, les conceptrices des journées avaient invité des étudiants à faire état de leurs besoins en matière d’acquisition de compétences utiles pour mener à bien leurs études. Elles avaient aussi fait appel à la conseillère pour l’enseignement de l’université de Lyon 1, qui a expliqué que sa mission consiste à tenter de faire évoluer les pratiques d’enseignement vers l’apprentissage. Enfin, elles avaient suggéré à Cherifa Boukacem, maître de conférences en sciences de l’information à Lille 3, de faire le point sur l’état de la recherche en sciences cognitives en lien avec les learning centres.

Les différents comptes rendus d’expérience qui faisaient tout l’intérêt de ces journées ont permis de prendre conscience de la diversité des learning centres, qui sont dans leur grande majorité considérés comme des structures d’appui à la pédagogie, mais qui peuvent aussi s’intéresser à la valorisation de la recherche.

Un concept développé en premier lieu dans les universités scientifiques ?

Ce qui frappe tout d’abord après avoir écouté ces différents retours d’expérience, c’est que ce type de projet s’est d’abord épanoui dans un environnement scientifique et plus particulièrement dans le contexte d’écoles d’ingénieurs. C’est le cas du Rolex Learning Centre mais c’est aussi celui de l’Institut national polytechnique de Toulouse (INPT) et, dans une certaine mesure, celui de l’université d’Avans aux Pays-Bas  5, spécialisée dans les sciences appliquées.

Le tout-électronique, plus prégnant en sciences dures qu’en sciences humaines, a très certainement amené ces services documentaires à se remettre en cause avant les autres. Sandrine Malotaux, de l’INPT, le dit clairement : le nombre d’usagers diminue et la tentation de remplacer la bibliothèque par des salles informatiques est grande, il s’agissait donc aussi, à travers le projet de learning centre, de prouver l’utilité du service documentaire en tant que lieu. L’idée d’une nécessaire rematérialisation de la bibliothèque, qui est aussi un lieu d’étude et de vie, a également été développée par Odile Grandet, qui a présenté le projet du campus Condorcet  6.

Mais surtout, dans les écoles et les universités spécialisées dans les sciences appliquées, les liens entre les enseignants et les chercheurs, d’une part, et les services de documentation, d’autre part, se développent sans doute plus facilement que dans les autres universités. Les enseignants d’Avans University reçoivent leurs étudiants à la bibliothèque, le Rolex Learning Centre accueille en son sein le centre de ressources formation technologies, et le learning centre de l’INPT se donne comme objectif de remettre la bibliothèque au centre des missions des écoles et d’assurer la diffusion des savoirs produits par l’INPT à travers des archives ouvertes.

Pédagogie, recherche et documentation

La question des liens entre pédagogie, recherche et documentation aura été le fil rouge des deux journées.

Alain Fernex, vice-président de l’université de Grenoble 2  7, a insisté sur une nécessaire réflexion sur le travail des étudiants et sur la didactique des disciplines dans le supérieur. Le projet de Grenoble, présenté à trois voix – celles des deux directeurs des services interuniversitaires de la documentation et celle du vice-président –, entre dans le cadre du volet Equipex du grand emprunt  8 et est piloté par le Pôle régional d’enseignement supérieur.

La même préoccupation pour les étudiants se dégage du projet Musil de l’université de Haute-Alsace  9, qui intègre le centre d’innovation pédagogique et développe des partenariats avec le service responsable des certifications en langues et du certificat informatique et internet C2i.

On retrouve aussi cette préoccupation pour les besoins des étudiants à l’Imperial College de Londres  10 dont on soulignera le pragmatisme. Avec des moyens pas si importants que cela – on connaît les actuelles difficultés financières des bibliothèques anglaises –, l’Imperial College a réussi à rénover une partie de sa bibliothèque pour créer un espace dédié aux technologies informatiques mais aussi un library café, lieu de détente et de convivialité. Le tout est ouvert 24 heures sur 24, avec toutefois une fermeture hebdomadaire du vendredi soir au samedi matin pour éviter que les étudiants ne s’installent à demeure !

Le projet de Lille 3 en revanche semble plus intéressé par la recherche et par l’ouverture sur le monde économique. Son initiateur, Julien Roche, insiste sur l’aspect innovation du learning centre de Lille qui entend faciliter l’articulation entre recherche universitaire et développement économique. On retrouve d’ailleurs là une logique proche de celle de l’INP de Toulouse.

Ces journées auront donc bien permis d’appréhender la diversité des learning centres, et elles ont d’ailleurs suscité un grand intérêt, plus de 200 personnes y ayant assisté et les débats dans la salle ayant été particulièrement riches. •