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Congrès Bobcatsss 2011

De nouvelles voies ?

Raphaëlle Bats

Le 19e Congrès Bobcatsss  1 s’est tenu du 31 janvier au 2 février 2011 à Szombathely en Hongrie. C’était ma première participation à Bobcatsss et je dois avouer qu’un mois auparavant je n’en avais jamais entendu parler. Pour ceux qui, comme moi, en ignorent tout, Bobcatsss  2 est un congrès, international et anglophone, sur les sciences de l’information et des bibliothèques, organisé par des étudiants dans cette discipline et pour un public d’environ 300 personnes composé en majeure partie par des étudiants et des enseignants venus d’une quinzaine de pays. Le symposium s’inscrit sous les auspices d’Euclid (European Association for Library and Information Education and Research) 3. Les étudiants de Szombathely et d’Oslo, organisateurs de l’édition 2011, ont retenu pour thème central : « Trouver de nouvelles voies  4 ». Les interventions s’articulaient en trois grandes catégories : « Nouvelles méthodes de travail », « Nouveaux groupes d’utilisateurs » et « Professionnels de l’information et des bibliothèques ». Trois autres thématiques ont été abordées : « La bibliothèque comme lieu social  5 », « La bibliothèque hongroise » et « La bibliothèque et les services numériques innovants  6 ». Pendant trois jours, trois salles ont été simultanément occupées par des conférences ou des ateliers. Vous l’aurez compris, ce congrès est riche en interventions.

La plupart des intervenants sont des chercheurs ou des doctorants en sciences de l’information et des bibliothèques. Ce congrès est vraiment l’occasion pour ces chercheurs de présenter des travaux en cours, des interrogations, des doutes… remettant en cause l’image habituelle de l’enseignant dispensant un savoir. L’ambiance à Bobcatsss est clairement au partage d’idées, de projets, de questions. Il est vrai que la thématique s’y prêtait bien et offrait la possibilité d’intervention sur des outils à mettre en place (QR Code), des formations à repenser (évaluation des formations en sciences de l’information et des bibliothèques) 7, des services à proposer (Community Manager), des approches à renouveler (vision ethnologique des bibliothèques)… Mais il me semble qu’au-delà de la thématique, le congrès Bobcatsss lui-même crée une dynamique de recherche très positive. Une dynamique d’enseignement aussi, puisque le public est composé pour la plus grande part d’étudiants. Ceux-ci découvrent de nouvelles voies (Finding new ways), certes, mais aussi de nouvelles voix, au sens où l’enseignement et ses méthodes diffèrent vraiment d’un pays à l’autre de l’Europe.

Une ambiance stimulante

Soyons clairs, ce n’est pas un congrès de bibliothécaires, mais bien de chercheurs et d’étudiants en sciences de l’information et des bibliothèques. J’ai parfois constaté un décalage entre le titre, qui laissait entendre que l’on parlerait de bibliothèques, et l’intervention elle-même, qui dressait des portraits (celui de l’utilisateur de Facebook, celui de l’usager mécontent…) ou des analyses (celle des sites web type « my library thing ») pouvant servir aux bibliothèques pour réfléchir sur leurs services. Mais pas un mot sur comment la bibliothèque se saisit de ces analyses : Bobcatsss n’est pas le lieu pour des réponses et des retours d’expériences menées en bibliothèque. Ceux qui y parlent de bibliothèques le font avec un regard distancié, celui du chercheur, et non pas avec le regard de celui qui pratique, qui manage une équipe et doit gérer aussi bien le budget que les relations avec la présidence de l’université… En d’autres termes, ça manquait un peu de concret ; mais pour une fois, que d’enthousiasme ! Certes, le congrès vise à passer en revue des idées et des réflexions ; et la pratique réelle dans toute sa complexité, parfois désolante, est mise à l’écart pour mieux se concentrer sur la beauté du métier. Mais finalement, on y retrouve les questions qui secouent le monde des bibliothécaires : nouveaux services, nouveaux métiers… Si le bibliothécaire n’est pas un pur esprit, il n’est pas non plus un besogneux praticien ne s’autorisant aucune excursion vers les abîmes épistémologiques des LIS. Il reste donc deux positions : soit les bibliothécaires y assistent pour fonder leur pratique sur ces recherches européennes, soit ils participent pour transmettre leur expérience d’une pratique en action. Dans tous les cas, il me semble que pour les étudiants la présence des bibliothécaires est nécessaire, au même titre que celle des chercheurs.

Pour finir ce compte rendu, j’ajouterais que les étudiants présentent des posters, très variés en matière de contenus et de forme, sur des sujets comme : animer une communauté en ligne, la bibliothèque comme troisième lieu, les livres audio… Les étudiants proposent aussi des ateliers, avec une présentation générale d’un outil suivie d’exercices à mener en petits groupes. J’ai ainsi travaillé dans un premier atelier sur les usages possibles de la réalité augmentée, puis, dans un atelier joliment nommé « Buy my candy ! » sur le marketing (qui finissait sur une vidéo d’Amsterdam au son de Candy shop de 50 Cents). Ces ateliers, très vivants et sympathiques, sont vraiment une bonne idée à prendre à la fois pour des formations, des cours ou pour des congrès de bibliothécaires. Au fond, aussi sérieux soit notre métier, il n’empêche pas de s’amuser un peu.

Chercheurs, étudiants et bibliothécaires, je vous donne donc rendez-vous pour la 20e édition du congrès Bobcatsss à Amsterdam du 23 au 25 janvier 2012 (http://www.bobcatsss2012.org) sur le thème de l’e-motion. •