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Architectures numériques d’informations : usages, contenus et technologies

Anila Angjeli

Cécile Kattnig

La journée d’étude du laboratoire de recherche « Document numérique et usages  1 », le 2 juillet 2010 à Paris, s’est intéressée aux usages, non-usages ou mésusages des TIC (technologies de l’information et de la communication) à l’ère du numérique, où des systèmes d’information s’agrègent au sein d’architectures numériques complexes sans que de réelles stratégies humaines ne soient la clef de l’unification fonctionnelle. Les interventions abordent donc cette question sous des angles divers, sans dissocier le document numérique des dispositifs techniques qui contribuent à sa création, sa gestion ou son exploitation.

Évolution des technologies de recherche d’information

Deux exposés portent l’un sur les applications innovantes et l’autre sur le développement de la recherche multilingue. Luc Grivel  2 met l’accent sur les évolutions marquantes que connaissent les technologies de recherche d’information, notamment avec les fonctions sémantiques. Il illustre ses propos en présentant la solution d’analyse sémantique Luxid® de Temis, l’interface de recherche par facette Infomagie de Cap Digital, ou le moteur d’analyse et de recherche Lingway KM. Ces outils, qui permettent un traitement de plus en plus intelligent, sont fondés sur l’indexation plein texte filtrée par critères statistiques et sur l’indexation par extraction d’entités selon des critères linguistiques (lexicaux, syntaxiques). De plus, l’utilisation des technologies sémantiques leur donne une autre dimension. Christian Fluhr  3 explicite les difficultés existantes dans la recherche multilingue sur internet. Il insiste sur l’environnement linguistique international dans lequel l’exploitation des entités nommées (noms de personnes, lieux, produits, etc.) et des ontologies géographiques, comme aide à la contextualisation, prennent une importance stratégique. En effet, les internautes produisent de plus en plus d’information dans leurs langues locales. La maîtrise de celles-ci devient un enjeu pour les applications en développement dans les domaines de la veille, de la sécurité nationale, de la surveillance d’opinion, de la lutte contre les trafics ou du partage d’information dans les sociétés multinationales. Ainsi l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers)  4 a-t-il introduit en 2010 une extension permettant de désigner l’adresse web d’un pays dans l’alphabet ou l’écriture locaux.

Regards sur l’usager professionnel

Deux regards, deux vigilances au point de vue de la conception des systèmes et de la gouvernance des développements. Alexandra Ciaccia  5, docteur en psychologie cognitive, expose les travers du « sur-outillage » avant de décrire un processus de conception centrée utilisateur normé ISO 13407  6. Elle préconise plusieurs méthodes dont trois sont illustrées : les tests utilisateurs, les observations in situ et l’analyse des traces. À travers l’observation des différents modèles de gouvernance des développements de système d’information et de gestion des bibliothèques, libres ou open source – l’éditeur libre avec des partenariats (OpenFlora), l’éditeur libre avec une communauté de clients (PMB) ou encore l’éditeur libre avec une communauté de prestataires et de clients (Koha) –, Claire Scopsi  7 montre qu’ils visent à contrôler et préserver la cohérence du développement, à se garantir d’intrusions de prédateurs et à réguler plutôt que multiplier les contributions au sein des communautés de clients.

Mettre le numérique au service de l’usager

Les interventions de Bernard Michon et de Marc Maisonneuve mêlent témoignages et préconisations. Pour Bernard Michon  8, il est nécessaire d’intégrer l’usage du numérique dans la production scientifique des humanités tant au niveau de la recherche qu’au niveau de la formation. Problème disciplinaire ou tradition française d’enseignement ? Fort est de constater que les humanités laissent peu de place à la technologie. En référence à Bourdieu, il insiste sur l’urgence à construire des stratégies de transmission pour réduire la fracture à la connaissance en insistant sur quelques principes édictés à l’Université ouverte des humanités : analyser les publics, préserver la qualité et produire des « essentiels » aux contenus courts.

Avec quelques statistiques et beaucoup d’humour, Marc Maisonneuve  9 brosse la situation des bibliothèques en matière d’usages en insistant sur l’écart croissant entre offre et demande. L’apport du numérique doit s’intégrer dans deux nouveaux modèles : la bibliothèque de loisir et la bibliothèque hors les murs, pour tenter de rajeunir et élargir les publics et démocratiser la culture numérique. De nouvelles compétences sont à développer, car la fracture numérique sociale pourrait être réduite par de véritables actions d’orientation, de formation et d’information : service de médiation, développement de ressources numériques multimédias, accès à un catalogue informatisé nouvelle génération, mais aussi en prenant en compte les nouvelles pratiques culturelles et informationnelles des publics et les nouveaux équipements.

Services et usages innovants ?

Bruno Hénocque dresse un historique du développement des architectures numériques à très haut débit et des usages possibles : services d’aide à la personne, explosion de contenus multimédias, développement du travail collaboratif entre universités et entreprises, etc. Annoncée comme la 5e révolution après le web, le mobile, le haut débit et la convergence des réseaux de télécommunication et de télévision, « la fibre optique devrait équiper 50 % du territoire français en 2015 ». Les questions sur les effets dans les organisations et chez les particuliers restent ouvertes : opulence communicationnelle ? Infobésité ? Culture de travail collaboratif ? La question reste ouverte…

  1.  (retour)↑   Depuis 2004, le laboratoire de recherche « Document numérique et usages » de l’université Paris 8 organise régulièrement des journées d’étude avec d’autres partenaires. Le SCD de l’université de l’Artois est l’un de ses collaborateurs privilégiés. Les présentations sont consultables en ligne à l’adresse : http://docnum.info/je/2010/2juillet/#programme
  2.  (retour)↑  Évolutions sociotechniques des bibliothèques numériques : traité des sciences et techniques de l’information, série « Environnements et services numériques d’information », 2010, Hermès Lavoisier, sous la direction de Fabrice Papy.
  3.  (retour)↑   Directeur de recherche, spécialiste en ingénierie de la connaissance multimédia multilingue.
  4.  (retour)↑  http://www.icann.org
  5.  (retour)↑   Consultante en ergonomie, société DIXID, http://www.dixid.com
  6.  (retour)↑   ISO 13407 : 1999 réactualisée en 2009 à travers la norme ISO/DIS 9241-210 (ergonomie de l’interaction homme-système – Partie 210 : Conception centrée sur l’opérateur humain pour les systèmes interactifs).
  7.  (retour)↑   Coauteure de Mener un projet Open Source en bibliothèque, documentation et archives, Éd. du Cercle de la librairie, 2007. Son intervention au symposium Koha des 27 et 28 mai 2010 est accessible en ligne : http://www.dailymotion.com/video/xdp34d_le-logiciel-libre-claire-scopsi
  8.  (retour)↑   Chargé de la mise en place du projet de l’Université ouverte des humanités, http://www.uoh.fr.
  9.  (retour)↑   Page de veille sur les mutations en bibliothèque : http://www.toscaconsultants.fr/veille