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Les doctorants et l’information scientifique

10es rencontres Formist

Aurélie Hilt

Les 10es Rencontres Formist et les 3es Journées d’étude du réseau des Urfist (unités régionales de formation à l’information scientifique et technique) se sont associées cette année, les 3 et 4 juin derniers, pour aborder un sujet cher aux professionnels de la documentation : les doctorants et l’information scientifique.

Les besoins spécifiques des doctorants

La formation du public universitaire se limite souvent aux étudiants de niveau licence alors que les pratiques de recherche documentaire des niveaux avancés ne sont pas meilleures.

Thierry Ermakoff, de l’Enssib, et Michel Roland, président de l’Association du réseau des Urfist, ont insisté sur les besoins de formation des doctorants et sur le rôle à jouer des services communs de la documentation (SCD) et des Urfist. Après un bref rappel du contexte institutionnel, Joachim Schöpfel, de l’université Lille 3, a souligné comment les changements induits par le développement des ressources électroniques et d’internet pour l’IST (information scientifique et technique) appellent la création de nouveaux services, tels que la veille et l’évaluation. Francis Grossman, de l’université Grenoble 3, a fait le point sur les spécificités disciplinaires de l’écriture scientifique, qui rendent nécessaires des formations dès les années de master.

Une enquête menée par le SCD de Clermont-Ferrand 1 sur les pratiques documentaires des doctorants révèle que ces derniers utilisent massivement Google et ne connaissent pas ou n’utilisent pas un certain nombre d’outils de recherche documentaire avancés et spécialisés.

Une offre de formation globalement satisfaisante à institutionnaliser

Plusieurs SCD ont mis en place des formations à la recherche d’information pour les doctorants de leurs universités. Les exemples des bibliothèques de l’université Paris 6, de l’Institut national de recherche agronomique et de Cujas ont souligné la nécessité de proposer des contenus sans se couper des disciplines étudiées. Les séances proposées couvrent les champs de la recherche documentaire, les bases de données, les outils du web 2.0, les logiciels de gestion de références bibliographiques, en passant par des formations plus ciblées : le circuit de la thèse et la feuille de style par exemple.

À la demande de doctorants en sciences de l’éducation, le Conservatoire national des arts et métiers dispense une formation sur la communication scientifique (comment écrire et publier un article scientifique).

Ces savoirs, dont la maîtrise nous semble indispensable pour de futurs chercheurs, ont pourtant du mal à trouver leur place au sein de l’université. Les formations spécifiques sont souvent absentes des catalogues des écoles doctorales. Christophe Boudry (Urfist de Paris) a pointé les difficultés rencontrées pour faire valider une formation à destination des doctorants par les responsables des écoles doctorales. Ces derniers ne semblent pas toujours sensibilisés aux problématiques de la compétence informationnelle. Néanmoins, des partenariats avec les enseignants et les écoles doctorales sont établis par les bibliothécaires-formateurs. La mise en place de formations en présentiel ne peut s’affranchir d’une validation par les instances universitaires.

L’autoformation apparaît aussi être une option intéressante pour les doctorants. Le projet de tutoriel Form@doct 2, élaboré conjointement par les SCD de Bretagne et l’Urfist de Rennes, a vocation à proposer aux doctorants des guides pratiques sur les outils de recherche documentaire. Son objectif est de répondre à la problématique de formation des doctorants selon les spécificités disciplinaires.

Les offres de formation présentées pendant ces journées offrent un bilan globalement satisfaisant. Évalués en fin de stage, les doctorants se disent contents des enseignements reçus et estiment que les compétences acquises leur serviront dans leurs études. Marie-France Andral (Urfist de Bordeaux) propose de publier les résultats des évaluations qualitatives afin de valoriser les actions de formation assurées par les SCD auprès des instances universitaires. L’idée d’une enquête nationale sur les pratiques des doctorants a également émergé des échanges entre les participants afin de souligner les besoins spécifiques et essentiels de ce public en matière de recherche informationnelle.

Problématique internationale et nationale

Les 10es Rencontres Formist se sont achevées par une conférence de Maria-Carme Torras i Calvo de la bibliothèque de l’université de Bergen (Norvège). Les constats sur les pratiques de recherche des publics avancés sont les mêmes : utilisation massive de Google et confiance limitée dans l’expertise des bibliothécaires. Pour relever le défi de la formation des étudiants à la recherche documentaire, les bibliothécaires norvégiens essaient de connaître leurs publics et d’identifier leurs besoins. Différents types de formation sont alors proposés en fonction des attentes des doctorants : sur place, à distance à l’aide de tutoriels, personnalisées.

Une table ronde finale, animée par David Aymonin, a réuni des doctorants et des professionnels de la documentation sur la question de la formation à l’IST. Tous sont d’accord pour dire que les niveaux des doctorants sont très hétérogènes et que les formations doivent se plier aux contraintes de temps et aux spécificités disciplinaires. L’idéal – inaccessible ? – restant la formation individualisée et donc une grande disponibilité des bibliothécaires…