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Technologies de l’information et intelligences collectives

Sous la direction de Brigitte Juanals et Jean-Max Noyer
Paris, Hermès-Lavoisier, 2010, 280 p., 24 cm
Coll. Systèmes d’information et organisations documentaires
ISBN 978-2-7462-2361-5 : 69 €

par Olivier Le Deuff

Un ouvrage collectif ambitieux et de niveau recherche

Ce livre rassemble les contributions de plusieurs auteurs dignes d’intérêt qui viennent éclairer les mutations actuelles des technologies du numérique. L’ouvrage est une entreprise collective de haut niveau, qui nécessite souvent des connaissances préalables et une réflexion, voire une pratique, déjà affirmées. Les contributeurs sont pour la plupart chercheurs.

L’ouvrage conviendra à toute personne et étudiant désireux d’aborder la question de l’évolution des objets techniques et des potentialités offertes par le numérique pour le développement des intelligences collectives. Le choix a été fait ici de mettre au pluriel le concept développé notamment par Pierre Lévy, qui est d’ailleurs l’un des auteurs. Le projet est ambitieux, et sa lecture peut être parfois complexe. L’ouvrage se subdivise en huit chapitres, comme autant d’essais, écrits par un ou deux auteurs.

De l’émergence de technologies intellectuelles…

Brigitte Juanals et Jean-Max Noyer, qui ont dirigé cet ouvrage et l’introduisent, nous font rentrer dans le vif du sujet par un long premier chapitre clef sur l’émergence de nouvelles technologies intellectuelles. Ce chapitre constitue une somme de réflexions et de références indispensables à quiconque souhaite s’informer de l’évolution de ces domaines et des réflexions scientifiques.

… au nouveau modèle de l’individuation…

Bernard Stiegler revient ensuite sur les images et les vidéos en décrivant ses expérimentations, notamment au sein de l’Institut de recherche et d’innovation  * (IRI) – avec le logiciel « Ligne de temps » par exemple –, et en développant ses concepts habituels, particulièrement opérants. Il rappelle l’importance des réseaux, qui permettent l’échange et le développement individuel (individuation) comme nouveaux modèles devant remplacer ceux issus du monde des industries de services et de la publicité. Pierre Lévy développe son projet de langage sémantique adapté aux environnements numériques. Une entreprise parfois complexe et encore théorique, mais qui ne peut que susciter des réflexions et inciter à des expérimentations.

… et aux techniques d’apprentissage

François Bourdoncle rappelle l’intérêt de développer des applications qui permettent une interopérabilité entre les données, et surtout de prendre en compte l’usager pour développer une « intelligence collective d’usage » basée sur des approches bottom up. Il s’agit selon lui de mixer deux approches entre des corpus de données normalisées et des techniques d’apprentissage automatique utilisées notamment dans la traduction. Cette prise en compte du contexte rejoint les remarques de Manuel Zacklad sur les ontologies du web sémantique aux références parfois trop strictes, qui préfère évoquer un « web socio-sémantique ».

La place de l’usager

La prise en compte de l’usager au sein des dispositifs est fréquemment soulignée, en rappelant l’importance d’une réelle autonomie de ce dernier dans ses choix, ce que montrent particulièrement Jean-Luc Minel et Isabelle Garron à propos des parcours de lecture et de navigation dans les environnements numériques. Une prise en compte démontrée également par William Turner dans le cas des « objets à intelligence incorporée » qui peuvent enregistrer et analyser les usages, notamment dans les pratiques télévisuelles. La réflexion finale de Gabriel Gallezot et de Jean-Max Noyer sur les dispositifs de production numérique de la recherche interpellera particulièrement ceux qui s’intéressent à la production scientifique.

L’intérêt de cet ouvrage est bien de montrer l’importance de la technique comme condition des intelligences collectives. La complexité des applications à l’œuvre et les enjeux sociopolitiques et économiques rappellent la nécessité pour l’individu de préserver son autonomie notamment intellectuelle pour prendre part en toute indépendance à la mise en place d’intelligences collectives efficientes et créatives.

  1.  (retour)↑   En 2006, le Centre Pompidou, sous l’impulsion du philosophe Bernard Stiegler, a créé en son sein l’Institut de recherche et d’innovation pour anticiper les mutations de l’offre et de la consommation culturelle permises par les nouvelles technologies numériques : http://www.iri.centrepompidou.fr/outils/lignes-de-temps/