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Vanina Pinter

Michel Wlassikoff

Les plus beaux livres français 2009

Paris, Association Concours des plus beaux livres français, 2010, 119 p., 27 cm
ISBN 978-2-9531464-2-4

par François Rouyer-Gayette

Le concours des plus beaux livres français est organisé par une association indépendante  1 soutenue par le service du livre et de la lecture du ministère de la Culture et de la Communication et par l’imprimerie des Deux Ponts. Ce concours, organisé depuis quatre ans, a pour objet de récompenser les plus beaux livres parus au cours de l’année précédente. Il cherche à valoriser les savoir-faire traditionnels mais aussi l’inventivité, tant du point de vue de la qualité de fabrication que de l’innovation graphique. Au final, l’objectif est d’encourager l’amélioration de la qualité physique des livres en incitant les éditeurs à faire preuve de toujours plus d’exigence dans la fabrication de leurs ouvrages.

La « french touch »

Selon les organisateurs du concours, c’est parce que les impératifs économiques et marketing dictent leurs exigences que, trop souvent, la qualité plastique et la fabrication des livres sont reléguées au second plan. En France, où la production éditoriale est l’une des plus fécondes du monde, la nécessité de mettre en valeur la spécificité française, la beauté de certaines productions comme le savoir-faire des créateurs s’imposent. La mise en page, le choix de la typographie, le choix du papier et de la reliure ne sont pas des étapes anecdotiques de la création éditoriale, elles sont la création. En s’internalisant, la production a eu tendance à se standardiser. Mettre en évidence ce que d’aucuns appellent la « french touch », c’est-à-dire la spécificité d’un savoir-faire, d’un « artisanat », est un moyen pour les éditeurs français de se singulariser et d’occuper une place originale sur le marché mondial de l’édition, tout en affirmant que la forme participe du fond.

Dans trente-trois pays, les plus beaux livres sont récompensés chaque année par des prix dans le seul but de distinguer leurs qualités et de couronner l’objet livre. Composé de sept membres (éditeurs, graphistes, dessinateurs, fabricants, imprimeurs, libraires), le jury français du concours examine pendant une journée entière plus de trois cent cinquante livres qui lui sont adressés par les éditeurs. À l’issue de cette journée « d’observation », il en retient vingt-deux qui sont honorés au moment du Salon du livre de Paris, exposés à la galerie parisienne Anatome  2 mais aussi à l’espace Bouchardon, dans le cadre du Festival international de l’affiche de Chaumont  3 et font l’objet d’une présentation détaillée avec la publication d’un catalogue.

Le bonheur du livre

L’édition 2009 de ce catalogue est à l’image des productions antérieures : soignée, exigeante, belle et sensuelle. Elle est une véritable invitation à découvrir, acheter et lire la sélection. Tout est précis et formidablement mis en page, comme pour déposer dans un écrin chaque livre afin qu’un hommage lui soit rendu. Rien n’est oublié, de la matière aux couleurs, du format à l’impression, du relieur à l’imprimeur, de la conception à l’édition, pas même la présentation formelle qui prend sa place sur trois pages, rendant encore plus charnelle la présence des livres. S’il est vrai que les ouvrages d’art sont les plus représentés, que la littérature de jeunesse avec, par exemple, l’ouvrage de Katsumi Komogata Petit arbre (éd. Les Trois Ourses)  4, joue dans la cour des « grands », la littérature trouve son espace d’intimité avec des ouvrages comme Temps gelé aux éditions Monsieur Toussaint Louverture  5 ou Texte(s), publié par les éditions Loevenbruck  6. Le tout compose ainsi un bréviaire des bréviaires, une bible des bibles, le nectar des nectars dont chaque bibliothèque s’honorerait à disposer. En effet, ces titres n’ont pas pour objet d’être « emmagasinés », mais au contraire partagés, afin que se diffuse la sensualité d’un rêve qui prendrait forme. Complété d’un index des éditeurs, des concepteurs graphiques, imprimeurs, relieurs, papetiers et typographes, cet annuaire ne propose pas une nouvelle typologie du bibliophile d’exception mais bien au contraire celle d’un lecteur ordinaire de livre(s) qui a gardé ses yeux d’enfant et qui pense au plaisir qu’il va prendre à découvrir et à lire un « vrai » beau livre.

En sus de ces découvertes heureuses, signalons qu’un bel hommage est rendu par Michel Wlassikoff à Pierre Faucheux  7, graphiste d’exception, dont l’œuvre s’est déployée des années quarante à la fin des années soixante, et qui a été, entre autres, directeur graphique du Livre de poche et a établi l’incontournable maquette générale de l’Encyclopaedia Universalis 8.