entête
entête

Le vieil homme et la mère, ou l'assidu et l'occasionnelle

Quatre portraits d'usagers des bibliothèques de lecture publique d'Albi

Ygal Fijalkow

Christophe Jalaudin

Matthieu Desachy

Tout bibliothécaire pourrait décrire à foison les figures les plus marquantes de son établissement : l’homme pressé qui se présente systématiquement quelques minutes avant la fermeture ; l’adolescent turbulent qui fait semblant de lire une bande dessinée auprès de la jeune et studieuse collégienne ; la mamie qui vient pendant les vacances avec ses petits-enfants ; la maman qui ne retrouve toujours pas sa carte de lecteur parmi toutes les cartes de fidélité de son sac à main ; le vieil homme seul qui demande encore les toilettes à la même bibliothécaire, et ainsi de suite…

À l’occasion d’une enquête d’analyse du public menée par le département de sociologie du centre universitaire Champollion d’Albi auprès des usagers des bibliothèques de lecture publique de cette ville, ces impressions de bibliothécaires ont été finement traduites par une étude sociologique qui fait ressortir, à partir du critère de la fréquentation, quatre portraits types : le retraité albigeois qui vient tous les jours dès l’ouverture ; le lycéen qui recherche un espace de travail plusieurs fois par semaine ; la maman débordée qui passe quand elle peut le mercredi après-midi ; enfin, l’étudiant qui s’en revient de Toulouse pendant ses congés.

Cette contribution présente des profils sociologiques d’usagers élaborés d’après l’analyse de la fréquence de leurs visites dans les bibliothèques d’Albi, critère décliné en quatre catégories : « tous les jours ou presque », « au moins une fois par semaine », « une à deux fois par mois », « moins d’une fois par mois ». La procédure statistique mise en œuvre vise à caractériser chacune de ces catégories au moyen de corrélations établies avec certaines modalités de variables renvoyant aussi bien au registre des pratiques déclarées par les personnes interrogées ou à leurs opinions et à leurs attentes qu’à leurs caractéristiques sociodémographiques, ce qui permet ainsi d’isoler et d’organiser les profils les plus significatifs. Au terme de cette procédure, quatre profils idéaux-typiques ressortent comme autant de jalons maîtres au sein d’une galerie de portraits qui déploierait l’éventail des usagers des plus assidus jusqu’aux plus occasionnels.

Méthodologie

Les portraits ici présentés ont été réalisés à partir des résultats d’une enquête quantitative conduite entre le 15 février et le 3 avril 2010 sur les sites des bibliothèques de lecture publique d’Albi, auprès de 2 022 individus : 1 613 questionnaires d’usagers de la médiathèque Pierre Amalric ainsi que 409 d’usagers de la ludo-bibliothèque de Cantepau ont été recueillis et analysés.

Les étudiants chargés de l’enquête sont allés à la rencontre des usagers pour leur administrer un questionnaire comprenant environ 200 questions. Ils étaient présents tous les jours de la semaine et sur l’ensemble des créneaux horaires. Au-delà des aspects mesurables liés à la fréquentation, les questions posées aux enquêtés leur donnaient notamment l’occasion de décrire assez finement leurs usages : du point de vue des documents consultés, des secteurs fréquentés, des accompagnants éventuels, des informations sollicitées, etc. D’autres questions devaient permettre aux usagers d’exprimer leur approbation ou leur désapprobation au sujet des services qui leur sont offerts : fonctionnement général, horaires d’ouverture, dynamisme culturel, etc. Par l’ampleur du dispositif mis en œuvre, il s’agissait de couvrir le public accueilli dans la grande diversité des fractions qui le composent et des usages qui le caractérisent.

Afin d’éviter que l’exploitation des résultats ne se trouve biaisée par un effet de structure, une attention particulière a été portée, au sein de l’échantillon de la médiathèque, à l’équilibre des proportions selon trois variables de contrôle : le sexe de l’individu interrogé, son âge et sa catégorie socioprofessionnelle d’appartenance. Ce même redressement n’ayant pas été possible sur le site de Cantepau, le présent travail s’appuie donc principalement sur les résultats obtenus sur le site de la médiathèque.

La population concernée se compose comme suit :

  • Femmes, 53 % ; hommes, 47 %.
  • Âge : 15 à 29 ans, 32 % ; 30 à 49 ans, 30 % ; 50 ans et plus, 38 %.
  • Catégorie socioprofessionnelle : catégories supérieures, 29 % ; catégories intermédiaires, 28 % ; catégories populaires, 43 %.

    Intérêts et limites d’une analyse par les idéaux-types

    La présentation qui va suivre commande que soient apportées, au préalable, quelques précisions relatives au principe de fonctionnement de la procédure et à ses implicites. Sur un plan méthodologique, il convient de rappeler que les profils issus d’une description statistique par les modalités – communément appelée « tamis » – doivent être appréhendés à la manière des idéaux-types au sens wébérien. Autrement dit, ils ne prétendent livrer ni une esquisse moyenne, barycentrique, de la classe en question, ni davantage un « beau spécimen » parmi les individus réels qu’elle recèle. Ces profils sont en fait le produit d’un travail de recomposition ne retenant que les propriétés les plus significativement corrélées. On a donc davantage affaire à un procédé d’amplification typique qui accumule par construction les traits les plus saillants afin d’aboutir, selon les termes de Max Weber, « à un tableau idéal, à une utopie ».

    En tant que synthèses sélectives, ces portraits limites n’ont pas vocation à restituer le caractère pluriel du public fréquentant la médiathèque, de même qu’ils ne permettent pas de reconstituer en principe le portrait complet de tel usager particulier existant réellement. En outre, l’accumulation de propriétés significatives n’autorise pas, sur le principe, leur superposition. C’est donc par facilité intellectuelle que l’on associe les différentes propriétés les unes aux autres, suggérant ainsi une intersection logique en toutes, alors qu’il conviendrait au contraire de restituer cette juxtaposition à l’aide des opérateurs booléens « ou » – et non pas « et ».

    Autre point de vigilance : chaque profil étant le résultat d’une sélection spécifique de propriétés significatives, la comparaison de deux profils entre eux ne peut légitimement se fonder que sur les seules variables apparaissant de part et d’autre, celles dont les modalités s’avèrent significativement corrélées dans l’un et l’autre cas. Enfin, il va de soi que le critère retenu pour déterminer les classes à décrire conditionne la procédure et donc les résultats obtenus. Ici par exemple, les profils obtenus s’attachent au niveau de fréquentation de la médiathèque et n’ont de validité que rapportés à cet aspect. La figure emblématique de la mère de famille accompagnant le mercredi ses enfants pour passer un moment au secteur jeunesse n’émerge pas, parce qu’elle n’entre pas de manière significative dans l’une des catégories de fréquentation. Le choix d’un autre critère, tel que le type d’emprunts, aurait probablement conduit à l’émergence de profils sensiblement différents. On l’a compris, ces préalables ne remettent aucunement en cause les vertus heuristiques de la procédure. Il convient cependant de les garder à l’esprit afin de se prémunir de tout contresens analytique.

    Portrait de l’usager assidu

    Dans le cadre de cette présentation, on rassemblera au sein de la rubrique « assidu » les deux catégories présentant les niveaux de fréquentation les plus importants. Voyons, l’une après l’autre, comment elles se caractérisent.

    Les usagers les plus assidus sont ceux qui déclarent venir « tous les jours ou presque ». Ces habitués disposent de temps libre, ils n’ont pas d’activité professionnelle. Le plus souvent, ce sont des hommes. La taille de leur foyer de référence n’excède pas deux personnes et ils n’ont pas d’enfants à charge. Âgés de cinquante ans et plus, ces individus sont souvent retraités et résident dans le centre-ville d’Albi. Ils passent généralement plus d’une heure à la médiathèque, pour y lire un quotidien, un magazine ou une revue. C’est d’ailleurs le seul secteur qu’ils indiquent fréquenter souvent. En revanche, ils ne s’aventurent jamais dans le secteur jeunesse ou dans celui des arts. Leur préoccupation première est de venir passer un moment à lire : ils viennent sans intention d’emprunter, et déclarent ne jamais repartir avec un emprunt. Leur fréquentation régulière de la médiathèque s’associe en fait à une pratique culturelle peu diversifiée, dont ils se satisfont pleinement. Le large éventail des lectures disponibles ainsi que la gratuité constituent des facteurs propices à ces visites quotidiennes. Mais si ces « très assidus » reconnaissent toujours trouver ce qu’ils recherchent, c’est aussi parce qu’ils savent à l’avance ce qu’ils sont susceptibles d’y trouver. Leur présence quotidienne leur confère une sorte de familiarité qui aiguise leur regard – parfois critique – sur les lieux investis. Ils sont, par exemple, significativement plus nombreux à ne pas associer l’adjectif « calme » à la médiathèque. Plus curieusement, ils retiennent également le terme de « routine », comme si se rendre souvent à la médiathèque et y rester longtemps finissait par relever d’une forme de banalisation résignée. Dans le cas des publics retirés du monde du travail et peu ou pas concernés par des obligations familiales, on peut penser que la présence à la médiathèque, en venant combler un défaut de sociabilité et imprimer un rythme à l’existence, constitue une forme de participation continuée à l’activité sociale et, du même coup, de maintien d’une vie sociale ordinaire.

    Le deuxième portrait, qui concerne les usagers déclarant venir « au moins une fois par semaine », renvoie notamment aux fractions les plus jeunes (15-19 ans), généralement lycéens, résidant à Albi et se déplaçant à pied, entre leurs heures de cours. Du fait de leurs usages relativement diversifiés, ils se caractérisent tout aussi bien par l’emprunt régulier que par la consultation sur place. Demeurant généralement plus d’une heure à la médiathèque, ils en profitent pour lire un ouvrage, écouter de la musique, visionner un film ou travailler – avec leurs propres documents ou ceux disponibles en rayons. Tantôt lieu de divertissement, tantôt lieu dévolu au travail scolaire, la médiathèque mérite selon eux les qualificatifs de « commode » et d’« agréable ». Ces individus « plutôt assidus » viennent souvent avec l’intention d’emprunter, et lorsque ce n’est pas le cas, il peut leur arriver de repartir avec un document découvert en flânant dans les allées. C’est plus particulièrement dans l’espace « Musique et cinéma » – leur secteur de prédilection – qu’ils se laissent volontiers tenter. Ces emprunts, ils les partagent parfois avec leurs proches – frères et sœurs, parents, amis. À cet égard, leur jeune âge contribue à expliquer l’orientation partageuse et fortement sociabilisée de leur pratique, de même probablement que le fait de recourir spontanément et de manière décomplexée au catalogue informatique mis à la disposition du public, ce qui les constitue en catégorie au sein de laquelle on sollicite le moins le personnel.

    Portrait de l’usager occasionnel

    Deux catégories existent également au sein de la rubrique des usagers occasionnels. D’abord ceux qui déclarent se rendre à la médiathèque « une ou deux fois par mois ». Plus souvent que dans d’autres catégories, ils ne résident pas dans la ville à proprement parler, mais dans l’agglomération, et viennent en voiture. Plus souvent aussi, ces individus sont : des femmes ; âgé(e)s de plus de 30 ans ; diplômé(e)s du supérieur ; vivant maritalement ; exerçant une activité professionnelle en tant que catégorie intermédiaire. Ils (ou elles) ne se rendent pas à la médiathèque pour lire un ouvrage ou un magazine, visionner un film, écouter de la musique ou utiliser internet. Pour eux, la médiathèque n’est pas un lieu où l’on s’installe le temps de boire une boisson ou de manger une collation, pas plus qu’un endroit où l’on rencontre des amis. C’est avant tout un lieu de passage, un espace de service où les usagers « plutôt occasionnels » ne restent pas plus d’une heure. L’aménagement intérieur leur est d’ailleurs indifférent, ou en tout cas, pas suffisamment important à leurs yeux pour qu’il constitue un motif de fréquentation. Lorsqu’ils (ou elles) se rendent à la médiathèque, ils ne recherchent pas un endroit calme et reposant, mais des ouvrages à emprunter : depuis leur première visite et jusqu’à aujourd’hui, ils déclarent ne venir que pour cette raison. Ayant en charge les emprunts pour le compte de leurs enfants et de leur conjoint, ils (et plutôt elles) font souvent profiter la famille de leur passage à la médiathèque, ce qui corrobore leur fréquentation plus marquée des secteurs de livres adultes et jeunesse. Accompagnant parfois progéniture ou conjoint, n’accomplissant de visites qu’occasionnelles et plus spécifiquement durant les jours de congés, elles illustrent la condition commune des mères de famille, tenues à un certain âge de conjuguer charges familiales avec contraintes professionnelles et personnelles.

    Enfin, les usagers « très occasionnels », qui déclarent se rendre « moins d’une fois par mois » à la médiathèque, se composent significativement : de jeunes (15-29 ans) ; de célibataires ; de foyers sans enfant ; d’individus n’exerçant pas encore d’activité professionnelle. Nombre d’entre eux sont des étudiants… toulousains ! Cette curiosité tient au calendrier de passation des questionnaires, qui comprenait les vacances d’hiver, période durant laquelle les étudiants de Toulouse rentrés dans leurs familles ont eu recours aux commodités de travail offertes par la médiathèque d’Albi. N’étant pas inscrits, ils ne disposent pas de carte d’adhérent et ne viennent ni pour emprunter, ni pour lire un quotidien ou un magazine, pas plus que pour écouter de la musique ou repartir avec des DVD. Les manifestations culturelles, les conférences ou les expositions ne les intéressent pas davantage. Ils refusent d’ailleurs d’associer à la médiathèque le qualificatif de « ludique » et déclarent ne jamais fréquenter l’espace « Musique et cinéma » ni le secteur jeunesse. Pour eux, la médiathèque est avant tout un lieu propice à l’étude, bénéficiant d’une atmosphère calme et paisible, nécessaire à la réflexion intellectuelle. Ils y viennent seuls ou à plusieurs, mais quasi toujours pour travailler sur leurs propres documents, même s’ils peuvent à l’occasion consulter certains ouvrages de référence. La médiathèque est donc essentiellement perçue et utilisée comme un lieu d’étude complémentaire à la bibliothèque de leur établissement de rattachement, qu’ils fréquentent le reste du temps.

    L’influence prédominante de l’âge et du sexe

    Au terme de cette analyse, il ressort que, de toutes les variables sociodémographiques impliquées dans la procédure de description statistique, seules l’âge et le sexe témoignent d’une influence suffisamment robuste pour rendre compte des pratiques et des représentations sociales – examinées, répétons-le, par le prisme initial du niveau de fréquentation de la médiathèque. L’âge positionne l’individu dans le cycle de vie et, ce faisant, il traduit l’appartenance à une génération régie par des rythmes sociaux et un rapport spécifique au temps : ce sont les usagers les plus jeunes tout comme les plus âgés, moins contraints par le temps consacré à l’activité professionnelle et aux charges familiales, qui font figure d’assidus et qui restent le plus longtemps dans l’établissement.

    Par ailleurs, et sur un mode tendanciel, l’âge permet également de comprendre les fonctions sociales assignées à la médiathèque par les différents publics, en ce qu’elles reflètent les préoccupations de leur quotidien. Ainsi, chez les plus jeunes, l’identification de la médiathèque à un lieu de divertissement n’est que secondaire : elle apparaît primordialement comme un lieu d’étude. Chez leurs aînés du deuxième âge, elle se pose davantage en tant que lieu d’emprunt modulé par les impératifs de leur activité professionnelle et de leur vie de famille ; et pour les plus âgés, en tant que salon de lecture que rendent possible les temporalités associées à l’âge de la retraite. Enfin, le fait que chacune de ces trois catégories gère en partage – et toujours en tendance – un univers culturel commun renvoyant lui-même, au fil de l’arborescence socio-analytique, à la diversité des goûts et des sous-cultures individuelles (références, domaines, thématiques, etc.), font de l’âge un marqueur générationnel relativement puissant et particulièrement utile dans la compréhension des usages et des pratiques : comme, par exemple, à propos de l’opposition entre la diversification des activités citées par les plus jeunes et le caractère monotâche de la lecture chez les plus âgés  1.

    Venant renforcer l’effet de l’âge, le sexe accuse une influence particulièrement nette au plan des rythmicités sociales et des temps libérés. On l’a vu : si le portrait de l’usager « plutôt occasionnel » s’avère significativement féminin, c’est qu’il est associé à la figure générique de la mère de famille exerçant une activité professionnelle et disposant, par conséquent, de peu de temps libre pour se rendre à la médiathèque. La conciliation entre son appétence pour la lecture, son travail et les charges familiales permet de comprendre qu’elle pratique l’emprunt plutôt que la lecture sur place. C’est donc dans la répartition dissymétrique des tâches au sein du couple  2 qu’il convient de rechercher les raisons pour lesquelles c’est elle, et non lui, qui se trouve missionnée sur la gestion des relations avec la médiathèque. S’il est établi que c’est préférentiellement aux femmes que revient l’organisation des sorties culturelles  3, on peut penser que ce n’est là qu’une modalité parmi d’autres – courses ménagères, relation aux médecins, aux administrations, etc. – de la dimension « expressive » des activités familiales, prioritairement assignée au féminin dans nos sociétés contemporaines.

    À l’autre bout du spectre, le portrait de l’usager « très assidu » est masculin, qui pointe les hommes plus âgés s’adonnant au rituel journalier de la lecture d’un quotidien ou d’un magazine : réexpression de la classique opposition des rapports sexués à l’espace dans l’analyse structuraliste, selon laquelle le dehors (ici, hors du foyer) généralement associé au motif de l’agora (espace public, élaboration du politique) figure au nombre des attributs constitutifs du masculin. Enfin, l’analyse des pratiques selon le sexe permet également d’invoquer une culture de genre à propos des supports utilisés. Certains travaux l’ont déjà démontré : la lecture de livres, qui s’accroît avec l’âge, est une activité à laquelle les filles s’adonnent davantage que les garçons et les femmes davantage que les hommes  4, ces derniers se portant plutôt sur les périodiques ainsi que le confirment nos résultats.

    Au terme de cette analyse descriptive qu’on pourrait rattacher au domaine générique des consommations de masse, il ressort que les comportements et opinions recueillis s’organisent à partir de deux caractères sociodémographiques fondamentaux : l’âge et le sexe de l’usager. Il n’est donc pas inintéressant de noter du même coup le caractère statistiquement secondaire de variables associées aux héritages et aux acquis socioculturels largo sensu, non pas afin d’en récuser l’efficience propre sous telles conditions méthodologiques et dans tel contexte d’investigation, mais plutôt pour rappeler, sur le registre épistémologique, l’influence de trois déterminants opératoires essentiels : l’outil, l’objet et l’approche. Car c’est à chacun pour sa part mais à tous de concert que revient cette minoration heuristique de facteurs tels que le diplôme  5, le milieu familial ou encore la catégorie socioprofessionnelle d’appartenance. À l’outil statistique, dont la conformation ne permet de saisir que certains aspects des usages. À la définition de l’objet, sous l’angle particulier du degré de fréquentation de l’établissement. À l’approche pragmatique, ici privilégiée, et qui invite à rester vigilant à l’égard des dérives essentialistes sur lesquelles menacent de déboucher les théories de l’héritage. Si l’on ajoute par ailleurs que ni l’âge ni le sexe ne renvoient eux-mêmes à des catégories sociales homogènes a priori, il apparaît alors clairement qu’une compréhension affinée des phénomènes, restitués ici à l’échelle de la multitude, requiert qu’on les enrichisse d’observations ethnographiques 6 propres à les saisir dans toute la diversité des usagers qu’ils impliquent et des usages qu’ils traduisent.

    Août 2010