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Le web 2.0 en bibliothèques. Quels services ? Quels usages ?

Sous la direction de Muriel Amar et Véronique Mesguich
Paris, Cercle de la librairie, 2009, 202 p., 24 cm
Coll. Bibliothèques
ISBN 978-2-7654-0976-2 : 34 €

par David Liziard

Une synthèse éclairée

En 200 pages, cet ouvrage propose une synthèse riche et réflexive sur les nouveaux aspects du web de ces dix dernières années. Véronique Mesguich retrace en introduction l’histoire du concept de web 2.0 : simplification des interfaces, personnalisation des recherches, réutilisation des contenus d’un site à l’autre, possibilités d’interactions. Ce sont là des tendances présentes dès les débuts d’internet, mais dont l’accélération a créé des phénomènes économiques et culturels inédits, à travers le développement des réseaux sociaux et des sites de partage multimédia.

Olivier Ertzscheid décrit le succès des blogs et leurs utilisations multiples par des bibliothèques pour publier sur internet. Michel Roland observe que les wikis, technologie pourtant plus ancienne, ne sont pas encore largement adoptés pour leur fonction de prédilection : la gestion de groupes projets. Les réseaux sociaux (Thomas Chaimbault et Élisabeth Noël), ainsi que les catalogues 2.0 (Marc Maisonneuve) sont des moyens pour les bibliothèques de communiquer avec une partie des publics, et de jouer sur leur attractivité en ligne. Mais, pour Olivier Le Deuff, il ne suffit pas aux bibliothécaires de s’insérer dans les tendances préexistantes du web : ils doivent aussi y faire valoir des conseils appuyés sur leurs spécialisations, pour compléter les recommandations quantitatives que rencontrent déjà les internautes.

L’enjeu du web sémantique

Au-delà de ces problématiques de publication et de valorisation, l’enjeu le plus profond réside peut-être dans l’enrichissement des données. Déjà certaines technologies, comme les fils RSS (Serge Courrier), les applications composites (Jean-François Gervais) et les signets collaboratifs (Dominique Filippi) recomposent les informations en fonction de mots-clefs et d’alertes déterminés par leurs utilisateurs. Or, pour Hervé le Crosnier, de nouvelles applications permettent d’aller plus loin et d’envisager ce que sera le web des données (ou web sémantique). Un web où l’interrogation de documents hétérogènes, structurés par des métadonnées harmonisées, permettra de générer de nouvelles informations. Mais, pour que cette base de données globale existe, encore faut-il qu’une large part de « biens communs », de documents publics structurés soient créés et organisés avec l’aide des bibliothécaires. Il est précisé que l’article d’Hervé Le Crosnier est accessible sur le web en « licence Creative Commons by-nc », ce qui n’est pas le cas des autres articles.

La bibliothèque 2.0 en débat

Deux bibliothèques universitaires « 2.0 » sont présentées : celle de Laval au Québec (Pierre Chicoine) et celle de l’Université libre de Bruxelles (Véronique Delannay). La première gère son site de 6 000 pages à l’aide d’un CMS (Content Management System) collaboratif, ce qui lui permet de construire des portails documentaires thématiques appréciés par les étudiants. La seconde présente sa démarche d’adaptation permanente de l’offre physique et virtuelle aux utilisateurs : enquête qualité, formations, diversification des ressources numériques au sein d’interfaces simplifiées.

En conclusion, Bertrand Calenge s’interroge : jusqu’où la bibliothèque peut-elle s’inspirer d’internet, dans sa volonté de s’adapter à l’usager ? Elle gagnera certainement à s’approprier les outils du web 2.0, pour gérer ses projets en interne, pour s’adapter à l’environnement des internautes et pour gérer des aspects participatifs. Mais la métaphore de la « bibliothèque 2.0 » s’arrête là, sous peine de perdre de vue sa mission d’intérêt général dans le cadre d’une institution publique.

Le lecteur pourra regretter la part restreinte accordée aux retours d’expériences, due sans doute au faible nombre d’institutions francophones locales ou nationales ayant développé une stratégie globale sur le web. Ces retours seront pourtant cruciaux pour évaluer la pertinence et le coût de ces projets. Dans l’ouvrage, la seule option 2.0 vraiment rejetée est l’ouverture des commentaires uniquement locaux sur un catalogue (car ils apparaîtront en nombre insuffisant… et accessoirement parce qu’ils seront de mauvaise qualité).

Bibliothécaires, encore un effort !

Au cours de la lecture, on comprend que la réussite des bibliothèques sur le web passera par des facteurs qui dépasseront largement le fait de créer un blog ou de changer de fournisseur d’Opac. Les auteurs appellent en effet de leurs vœux : un immense effort de formation des bibliothécaires ; l’investissement massif d’internet par leurs commentaires et métadonnées ; la création d’un catalogue commun à tous les établissements pour en tirer des mashups ; et le déploiement d’une offre en téléchargements attractive pour le grand public. Par optimisme et par volonté, ce livre convaincra les professionnels qu’ils doivent faire les choix qui les rapprochent le plus des usages quotidiens des utilisateurs et des non-utilisateurs de bibliothèques.