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Réunion annuelle des directeurs de bibliothèques universitaires

Thierry Ermakoff

Le 25 mars dernier, s’est tenue l’annuelle et traditionnelle réunion des directeurs de bibliothèques universitaires et de l’information scientifique et technique (IST), dirigée par Michel Marian, chef de mission.

Cette journée est toujours importante : pour les informations qui sont collectivement dispensées, et par les rendez-vous plus ou moins secrets qui s’y fixent, les rencontres qu’elle produit… C’est une sorte de marché persan, chacun venant solliciter qui pour une intervention, qui pour une synthèse, qui pour une négociation de la plus haute importance sur les demandes de mutation.

Patrick Hetzel, directeur général pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle, a prononcé l’allocution d’ouverture, en rappelant, essentiellement, les propos de la ministre de l’Enseignement supérieur, tenus peu de temps auparavant, lors de son déplacement à l’université de Paris 13.

L’économie de la connaissance

Bruno Sire, président de l’université Toulouse 1, et François Weil, président de l’École des hautes études en sciences sociales, ont vanté les mérites des bibliothèques universitaires. Le premier pour souligner qu’à l’heure désormais planétaire (ces propos étaient tenus avec, en perspective, les conclusions du rapport de Suzanne Jouguelet et Claire Vayssade) 1, la norme française est dépassée et qu’elle doit se mesurer à ce qui se fait (de mieux) à l’étranger. Le second, pour souligner l’importance, au sein du campus Condorcet, d’une (future) bibliothèque unique, qui bénéficiera d’une ligne documentaire, et impliquera les chercheurs et les bibliothécaires.

Claude Jolly a replacé son propos dans celui, plus général, de l’économie de la connaissance : il a rappelé que la production, la transmission des savoirs sont la clé de la compétitivité, et que les objectifs aujourd’hui affichés sont d’atteindre 50 % d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur, dès 2012 : soit donc 120 000 diplômés supplémentaires, sur 400 000. Cette volonté s’appuie sur une politique de qualité (enseignement, recherche, formation) et d’attractivité.

La qualité implique des évaluations (de la recherche, des formations), et un souci permanent d’insertion : « Il faut inverser la tendance : les enseignants ne doivent pas seulement dispenser ce qu’ils savent, mais aussi s’insérer dans une formation qui a une finalité, des objectifs. » Le bilan du « plan licence » est aujourd’hui en demi-teinte. L’attractivité, quant à elle, est tributaire des politiques de sites, de regroupements, de coopérations.

Les bibliothèques ont ainsi pleinement leur rôle à jouer, dans ces deux domaines : en aidant les étudiants à acquérir une autonomie documentaire, et en mettant en œuvre des outils collectifs (catalogues, collections, mutualisations).

Un portail pour la formation continue

Michel Marian a ensuite fait le point sur les chantiers en cours : l’ESGBU  2 continue et, même, va s’améliorer. Nous en sommes tous repartis rassurés. La formation continue bénéficiera d’un portail commun, fruit d’un groupe de travail piloté par l’Enssib  3, et comprenant les Centres régionaux de formation aux carrières des bibliothèques, la Bibliothèque nationale de France, le Service du livre et la lecture, l’École des Chartes et les Urfist (Unités régionales de formation à l’information scientifique et technique). L’appel d’offres qui désignera l’opérateur technique est lancé, l’ouverture du service est prévue pour novembre.

Les archives ouvertes continueront à bénéficier de l’œil bienveillant de la Mission de l’information scientifique et technique et du réseau documentaire : elle soutiendra le protocole CPU/CGE/CNRS  4. Le pilotage partagé de la plateforme pourrait même voir le jour, avec comme objectif d’être une vitrine pour la production scientifique.

Les Cadist (Centres d’acquisition et de diffusion de l’information scientifique et technique) font l’objet d’attentions particulières tant en matière de crédits (le fléchage des crédits reste l’exception), que sur l’évaluation de leur action – en particulier entre la documentation papier et électronique, dans un monde et un système éditorial dominés par le numérique –, ainsi que sur le prêt.

L’État souhaite intervenir pour l’acquisition des licences nationales, pour les achats définitifs (livres numériques, archives) ou pour les abonnements courants.

La nouvelle formation des bibliothécaires

Au nom de l’Inspection générale des bibliothèques, Daniel Renoult, doyen, a rappelé que le décret statutaire pour les conservateurs devrait être publié en juin. Pierre Carbone a détaillé la nouvelle formation des bibliothécaires d’État, qui seront affectés six mois à l’Enssib, et ensuite en établissement. Cette réforme entrera en application à la rentrée 2011. Il a ensuite fait part de ses entretiens avec l’AERES (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur), avec, entre autres, les liens organiques qui se créent (échanges de rapports, participations aux travaux de l’Agence : c’est une bonne nouvelle, la bibliothèque ne sera peut-être plus limitée dans le secteur de la « vie étudiante »). Un groupe de travail concernant les statuts des bibliothèques interuniversitaires va être programmé.

Enfin, au chapitre des « bonnes pratiques », Daniel Renoult a insisté sur les nouvelles orientations que devraient prendre les bibliothèques : davantage tournées vers les usagers, la pédagogie, les ressources, à l’image des désormais célèbres learning centres (voir à ce sujet le rapport de Suzanne Jouguelet) 5. Il a rappelé qu’il ne saurait y avoir de modèle unique, qu’il y a une sorte de droit à l’expérimentation juridique, et que les bibliothèques doivent s’investir dans des pratiques innovantes, que ce soit dans la formation des usagers, dans l’organisation des ressources documentaires, ou dans les modèles d’organisation de service public, en lien avec les bibliothèques municipales.

L’emprunt national

Claire Giry, chef du service de la coordination stratégique et des territoires, a développé longuement et (trop) rapidement les règles de l’emprunt national. Rappelons les données : 35 milliards d’euros, dont 16 milliards pour l’enseignement supérieur et la recherche ; il s’agit d’investir (dans le même temps, l’État fait des économies sur les dépenses courantes) ; le principe est celui d’appels à projets, et c’est l’ANR (Agence nationale de la recherche) qui les lance. Concernant directement nos paroisses, les campus d’excellence seront au nombre de 5 à 10, devront avoir une taille critique, être à un grand niveau d’excellence, intégrer universités et grandes écoles. La dotation sera (en tout) de 7,7 milliards d’euros en capital non consomptible (c’est-à-dire que ne seront utilisables que les intérêts, il faut bien rembourser, et seulement au bout de trois ans), en complément des fonds privés et des fonds d’autres collectivités qui seront levés, et auxquels s’adjoindront quelque 5 milliards d’euros au titre de l’opération Campus, sur le même principe. Les appels à projets pourraient être lancés avant l’été, pour un retour à l’automne, sous toutes réserves. Elle a ensuite évoqué les autres axes : équipements d’excellence, économie numérique, numérisation, avec la lancinante question du « modèle économique » (dont la publicité pourrait être : stupeur et tremblements dans l’assistance).

La journée, déjà bien remplie, s’est achevée, avant qu’elle n’achève le rédacteur, par une table ronde sur la numérisation, le signalement, les pratiques, les techniques, le métaportail, l’archivage (pérenne), l’enquête, et nous en passons.

Pendant ce temps-là, l’orage grondait au dehors : nul ne doute que l’emprunt national, sourcilleux, testait la solidité de l’amphithéâtre Poincaré. Mais nous étions venus pourvus d’un solide parapluie (d’Aurillac).