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Ressources documentaires et territoires

Quelles concertations pour les politiques documentaires ?

Françoise Berthomier

Le 11 mars 2010, dans les locaux de l’université Victor Segalen Bordeaux 2, une quarantaine de bibliothécaires, venant de toutes les bibliothèques universitaires d’Aquitaine, étaient réunis pour participer à une journée d’étude autour des politiques documentaires. Coorganisée par Médiaquitaine et le service commun de la documentation de Bordeaux 2, cette journée avait pour ambition de faire le point sur la politique documentaire des bibliothèques universitaires en envisageant tous les aspects et les enjeux les plus actuels.

Conçue à l’origine comme une formation interne à Bordeaux 2, pour faire le point sur l’élaboration d’une charte documentaire et d’un plan de développement des collections, cette journée a été étendue à d’autres participants, d’autres lieux… et d’autres intervenants. Le propos a été élargi à la question de la mise en place de collaborations et de concertations dans ce domaine.

La politique documentaire confrontée au numérique

Pour démarrer la journée, Pierre Carbone, de l’Inspection générale des bibliothèques, après un rappel des grandes étapes de la politique documentaire des universités depuis le milieu des années soixante-dix, ainsi que des quelques principes qui la guident, a axé son intervention sur la difficulté que pose le traitement du document numérique dans les politiques documentaires mises en place jusqu’à maintenant. Un thème qu’il connaît bien, puisqu’il vient de diriger, avec François Cavalier, la rédaction d’un ouvrage sur le sujet  1. Partant du constat que le document numérique, de par ses caractéristiques, conduit à un « brouillage » des paramètres d’élaboration des politiques documentaires, il a rappelé toutes les questions que se posent les bibliothécaires face à l’acquisition de documents numériques. Il a ensuite mis l’accent sur le fait que les niveaux de construction des politiques documentaires évoluent considérablement : de l’établissement, on passe de plus en plus souvent à une politique « de site » et à un nécessaire travail en réseau. Pierre Carbone a conclu son intervention en abordant les sujets les plus en pointe du moment : le plan BU, les licences nationales ou les projets de schéma pour la numérisation du patrimoine.

À la suite de cet exposé, la matinée s’est poursuivie par la présentation de différents projets en cours, qu’ils concernent des établissements en réseau ou seuls.

Jean-Baptiste Raze, conservateur au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, s’est fait l’interprète des bibliothèques universitaires du Quartier latin parisien, pour présenter aux Bordelais le long projet de carte documentaire de la Rive gauche, initié en 2004 et qui est actuellement dans sa troisième phase.

Des multiples points évoqués, on a pu retenir l’ambition des objectifs de départ (construire un outil de diagnostic des collections, tout en instaurant un dialogue avec la communauté universitaire et en faisant se concerter les établissements documentaires du Quartier latin), mais aussi la complexité de l’établissement de la cartographie, et, à l’arrivée, un constat un peu frustrant malgré les incontestables réussites.

Cependant, si le dessin de la carte documentaire apparaissait encore un peu nébuleux, il n’en reste pas moins que ce projet pilote, fortement soutenu par la tutelle, est riche d’enseignements, en attendant que de nouvelles réflexions en cours au sein des groupes de travail (conservation partagée, réflexion sur les ressources numériques, prise en compte des usages) aboutissent à la fin de la troisième phase du projet  2.

Laetitia Jenn, conservateur au service commun de la documentation (SCD) de l’université Bretagne-Sud, a ensuite présenté un autre projet en réseau, celui du PRES (Pôle recherche et enseignement supérieur) de la région Bretagne. Au sein de ce PRES, un groupe de travail, piloté par l’université Bretagne-Sud, vient d’élaborer une carte documentaire régionale permettant de dresser l’état des lieux des formations et de la documentation de l’enseignement supérieur breton. Elle intègre les données des quatre universités bretonnes ainsi que de cinq grandes écoles. Plusieurs documents ont été rédigés : carte des enseignements, carte des publics, carte des monographies et liste des abonnements aux périodiques… Un travail de mutualisation qui n’est pas encore achevé, les perspectives d’élargissement étant encore nombreuses, notamment par le biais d’une politique d’acquisitions ou d’un plan de conservation.

Les plans de développement des collections

Après ces deux exemples de travail en réseau, Lucille Pellerin de la Vergne, conservateur au SCD de l’université de la Méditerranée, Aix-Marseille 2, a ramené l’assistance au niveau des établissements, pour nous relater une double expérience de mise en place de plan de développement des collections, l’une à Reims, l’autre en Provence (cette dernière toujours en cours).

Après le constat des différences importantes qui peuvent exister d’un établissement à l’autre (disciplines, emplacements des sites, habitudes et mentalités parfois, etc.), elle a insisté sur quelques points importants pour tout établissement souhaitant se lancer dans l’aventure. Tout d’abord, il convient de bien définir en amont les besoins réels et l’objet du travail à effectuer. Le point de départ de l’élaboration de ces documents de politique documentaire ne peut être qu’une analyse très pragmatique des collections. Ensuite seulement, on peut passer à l’étape des objectifs. Enfin, il ne faut jamais négliger les problèmes techniques de traitement des données extraites des systèmes informatisés.

Un chantier documentaire à Bordeaux

L’après-midi a été consacrée aux enjeux locaux. Jérôme Poumeyrol, conservateur au SCD de l’université Victor Segalen Bordeaux 2, a présenté le chantier documentaire en cours à l’université. Démarré dans le contexte du contrat quadriennal 2007-2010, le projet de politique documentaire avait deux objectifs : la rédaction d’une charte documentaire et la mise en place d’un plan de développement des collections.

Début 2010, quatre synthèses locales (une par site du SCD) et une synthèse sur la documentation numérique ont été rédigées, et la charte documentaire sera très bientôt validée (tout comme l’ont été en 2008 celles des SCD de Bordeaux 1 et Bordeaux 4). Par contre, la rédaction du plan de développement des collections n’est pas encore finalisée, et d’autres enjeux sont apparus au fur et à mesure : prise en compte de la documentation numérique, mais aussi évolutions institutionnelles et présence dans le paysage du PRES de l’université de Bordeaux.

Les perspectives présentées par Jérôme Poumeyrol ont ainsi fait état du désir du SCD de réfléchir, en partenariat avec les autres universités, à une politique documentaire de site, voire à l’échelle régionale (avec l’université de Pau-Pays de l’Adour).

La transition était toute trouvée pour la table ronde qui clôturait la journée et qui a permis à des bibliothécaires d’horizons divers de confronter leurs points de vue. Autour du thème des partenariats entre bibliothèques municipales et bibliothèques universitaires, Marie-Agnès Ibar, de la bibliothèque municipale de Bordeaux, Christine Roi, de la médiathèque Jacques Ellul de Pessac, Monique Dollin du Fresnel, de la bibliothèque de Sciences-Po Bordeaux, et Anne-Marie Bernard, directrice du SCD de l’université Victor Segalen, ont échangé sur les partenariats possibles entre établissements, notamment autour de l’accueil des publics étudiants.

Un constat unanime

Au final, cette journée très – trop ? – dense et très riche en informations diverses aura permis à tous les participants d’en savoir un peu plus sur des projets en cours, et de réfléchir sur les difficultés de la mise en place de politiques documentaires dans les bibliothèques universitaires, dans une période où les mutations sont si nombreuses : usages de la bibliothèque par les étudiants et les enseignants-chercheurs, transformation de la documentation avec le poids toujours plus important de la documentation électronique, paysage institutionnel qui se renouvelle…

Un constat semble faire l’unanimité : ce n’est qu’en travaillant ensemble (par disciplines, par régions) que les bibliothèques pourront construire demain des politiques documentaires responsables, prenant en compte les besoins des usagers tout autant que la variété et le nombre des documents disponibles.

  1.  (retour)↑   Les collections électroniques, une nouvelle politique documentaire, Éd. du Cercle de la librairie, 2009, coll. « Bibliothèques ».
  2.  (retour)↑   Tous les documents liés à ce projet sont disponibles sur le site de la MISTRD (Mission de l’information scientifique et technique et du réseau documentaire) : http://www.sup.adc.education.fr/bib/