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Internet en bibliothèques

Recherche documentaire et formation des usagers, outils du web 2.0 et leurs usages en bibliothèque

Agnès de Saxcé

L’Auditorium 70 de la Bibliothèque nationale de France suffisait à peine pour accueillir tous les participants à la journée d’étude « Internet en bibliothèques : recherche documentaire et formation des usagers, outils du web 2.0 et leurs usages en bibliothèque », organisée le mardi 15 décembre 2009 par le groupe Paris de l’Association des bibliothécaires de France.

En attendant le moteur idéal…

D’emblée, Véronique Mesguich, directrice de l’infothèque du Pôle Léonard de Vinci, posa l’une des questions fondamentales, au cœur des préoccupations des professionnels : quels moteurs de recherche pour faire face à une information abondante, hétérogène, multilingue, fragmentée, non structurée et en renouvellement perpétuel ?

Depuis une quinzaine d’années, les internautes ont connu plusieurs générations de moteurs : Altavista, Voilà, Yahoo, Ask, moteurs puissants mais basés sur des index et des algorithmes peu explicites. Au début du XXIe siècle, se développent des moteurs spécialisés : pour la recherche scientifique (Scirus, Google Scholar, Medworm) ; pour la recherche des personnes (123people) ; pour la recherche des documents multimédias (Truveo ou Bing développé par Microsoft, alias « But It’s Not Google » ironisent certains) ; des outils sémantiques qui s’ouvrent sur le langage naturel (Powerset, True Knowledge) et le multilinguisme (Google Traduction) ; des moteurs analysant les données du web (WolframAlpha). Parallèlement au développement des réseaux sociaux, apparaissent des moteurs de recherche en temps réel (Twitter, Friendfeed) et des fonctionnalités de personnalisation. Exalead et Kartoo, deux moteurs d’origine française, proposent de trier les résultats par catégories et par cartographie. Des moteurs « solidaires » émergent (Hooseek). La technologie « speech to text » (recherche par le texte oral plutôt que par les métadonnées) progresse (Voxalead), ainsi que la recherche d’images par similarité, tandis que les moteurs de type annuaire (Yahoo, Nomade, Opendirectory, répertoires de signets) tendent à disparaître.

Les moteurs de l’avenir seront, eux, sémantiques. Ils analyseront le sens des mots et mettront en relation des concepts (« ontologies »). En attendant le moteur du futur, intelligent, pertinent, puissant et multimédia, exploitons les extensions (« add-ons ») telles que « Customize Google », pour filtrer les bandeaux publicitaires, ou « Domain Details » pour vérifier l’origine des sites.

Devant cette complexité mouvante, la « génération Y » aura encore besoin de formation, d’outils et de produits documentaires pour trouver des informations fiables et pertinentes.

Méthodologie de recherche documentaire, quelle utilité ?

À quoi bon, avec les moteurs de recherche, enseigner encore la méthodologie de recherche documentaire ? Tony Faragasso, formateur, répond à cette question en pointant les limites et les pièges de la recherche en ligne. Il « démonte » les moteurs pour mieux comprendre leur fonctionnement. Les règles syntaxiques traditionnelles, disponibles dans les écrans de « recherche avancée », restent pertinentes. L’utilisation des signes diacritiques génère des résultats différents selon qu’on les utilise ou pas chez Google, tandis qu’ils ne sont pas reconnus par Exalead – qui par contre maîtrise la troncature. Si la casse est ignorée des moteurs, l’ordre des mots peut impacter les résultats. Dans les syntaxes avancées, le moteur est capable de chercher les mots dans les url (« allinurl: »), dans le titre de la page web (« intitle: »), dans le nom du domaine (« site: »), et de distinguer les types de fichiers (« filetype: »).

Savoir reconnaître la typologie des sources d’information est essentiel. Suis-je dans un répertoire ouvert (Opendirectory, Clusty) ou sélectif (signets de la BPI, de la BnF ou de l’Enssib) ? Dans un portail de revues universitaires (Persée, DOAJ) ou dans une banque d’images (base Joconde, banque d’images BnF, Flickr) ? Quelle est l’extension du domaine géographique (.fr, .eu) ou générique (.com, .net), le nom du « dossier » et du « fichier » ? Une enquête sur le site de l’Afnic pour connaître le nom du propriétaire du domaine complète le dispositif de recherche.

À la bibliothèque municipale d’Issy-les-Moulineaux, François Clavel a choisi d’organiser, pour le grand public, des formations aux technologies de l’information… dont l’Opac (catalogue en ligne accessible au public) est exclu ! Sont privilégiées des sessions courtes pour initier les usagers à internet, aux outils bureautiques, à la messagerie. La recherche documentaire est abordée via les recherches avancées de Google. Les formateurs s’adaptent ainsi aux besoins des usagers, souvent des seniors et des adultes en formation continue, qui attendent des réponses concrètes. Pour toucher ces publics, les formations se tiennent aussi le samedi et le mardi en nocturne.

Mais l’usager est-il vraiment autonome face aux outils mis à sa disposition ? Jean Bouyssou, chef de projet pour le service de réponses à distance Rue des Facs, s’interroge. Les étudiants maîtrisent-ils les outils que nous leur fournissons : catalogues « googlelisés », compte lecteur, automates de prêt, etc. ? Savent-ils bien formuler leurs questions ? Savent-ils analyser les réponses ? 65 % des étudiants se satisfont de la première page de résultats, les 35 % restant s’arrêtent à la deuxième. Sur ce point, les services de recherche en ligne ont permis aux bibliothécaires virtuels de renouer une relation avec les usagers centrée sur l’activité de renseignement bibliographique, où l’aide à la recherche documentaire retrouve tout son sens.

Le web 2.0 en bibliothèque, pour quoi faire ?

Clotilde Vaissaire, consultante dans les métiers des bibliothèques et de l’information, ne voit pas dans le web 2.0 une si grande innovation, mais plutôt une évolution d’internet offrant une convivialité améliorée et une interactivité facilitée. Si révolution technologique il y a, ce sera celle du web 3.0 et du « cloud computing », lorsque les applications déserteront les disques durs pour migrer vers des serveurs en ligne.

Après avoir explicité les fonctionnalités de nombreux outils aux noms étranges venus d’ailleurs (blogs, wikis, flux RSS, mashups, widgets, microblogging, etc.), C. Vaissaire nous interpelle : quels outils, pour qui et pour quels usages ? Quels sont nos objectifs ? Partager, collaborer, diffuser, publier, collecter, acquérir, « réseauter » ?

Elle démontre que plusieurs outils peuvent servir pour un même usage. Ainsi, le partage d’information peut se faire autant sur un blog que sur un wiki ou un site. « Figoblog » est un blog où se partage une expertise bibliothéconomique tout autant que sur le wiki « ALPHABib », destiné aux professionnels des bibliothèques impliqués dans l’accueil des publics handicapés. Le site des bibliothèques universitaires de médecine de Lausanne est en fait un wiki alimenté par l’ensemble du réseau.

À l’heure où l’on constate de fortes évolutions des pratiques des internautes avec les outils du web social (YouTube, Dailymotion, Delicious, Flickr, etc.), C. Vaissaire recommande de ne pas céder aux effets de mode. Il faut avant tout raisonner en termes d’usages : nouveaux outils, nouveaux usages. Mais, avant de former les publics, ne faudrait-il pas penser à former les professionnels des bibliothèques ?