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Andrew Dalby

The World and Wikipedia. Confessions of a contributor

Somerset, Siduri Books, 2009, 256 p., 24 cm
ISBN 978-0-9562052-0-9 : 14, 99 £

par Rémi Mathis

Andrew Dalby est sans doute plus connu comme historien de l’alimentation que comme wikipédien. Auteur d’une quinzaine de livres, ancien bibliothécaire à Cambridge et à Londres, cet anglais vit en France et, en plus d’écrire, trouve le temps de produire son propre cidre et donc de collaborer à la Wikipedia anglophone et d’être administrateur de sa version latine, la Vicipædia.

Un collaborateur de l’encyclopédie libre

L’ouvrage possède de ce fait une très grande qualité : il est écrit par un collaborateur de l’encyclopédie libre. Andrew Dalby sait comment se passe le travail pour l’avoir lui-même pratiqué de l’intérieur. Cela lui confère une sensibilité nonpareille aux faiblesses et aux qualités de l’outil, bien loin des idées reçues parfois colportées par des journalistes qui n’ont visiblement, parfois, guère fait d’effort pour se renseigner.

Sa connaissance des mœurs et coutumes des contributeurs permet à l’auteur de s’appuyer sur un grand nombre d’exemples, qui lui servent à introduire idées et analyses. Cela rend le propos extrêmement vivant et la lecture à la fois divertissante et pleine d’intérêt. Car, fait à peu près unique en son genre, Wikipédia est une formidable masse d’archives sur elle-même. La nécessité de pouvoir contrôler à tout moment le travail des autres et de comparer les versions successives d’un article fait que tout est enregistré et proposé en ligne. Il suffit donc de savoir où chercher pour retirer de l’oubli et présenter au public les pépites de la vie wikipédienne. A. Dalby tire essentiellement ses exemples de la version anglophone, mais ne s’interdit pas de faire des emprunts aux versions germanophone, francophone, italophone, hispanophone… voire latinophone.

Le plan employé est assez lâche, car le livre n’est pas tant une argumentation qu’une présentation, une promenade guidée dans les arcanes du projet. Bien sûr, l’auteur ne cache pas ses a priori favorables, mais il distille arguments en faveur et en défaveur de Wikipédia au fil de ses huit chapitres.

Les mécanismes de Wikipedia

Après avoir expliqué le fonctionnement général à partir de quelques exemples précis, souvent liés à l’actualité (« Wikipedians at work »), A. Dalby sacrifie à un passage obligé : un retour sur les encyclopédies, de Rome à nos jours, et sur l’histoire de wikipédia, de sa fondation et de son développement (« Where it comes from »). « Why they hate it » reprend à travers quelques exemples bien choisis les critiques les plus courantes faites à Wikipédia : articles constitués de jugements mis les uns au bout des autres sans plan d’ensemble, erreurs, voire falsifications volontaires. Et cependant, malgré tous ces défauts, le succès est irréfutable – ce qu’analyse l’auteur dans le chapitre suivant (« Why you use it »). Non seulement des gens l’utilisent, mais certains y passent leurs nuits et y trouvent une grande satisfaction à la fois comme lecteur et comme contributeur (« Why we love it » et « Chaos and beyond : why we love it version 2.5 »). Utiliser un outil, voire en aimer certaines facettes, ne signifie pas se bander les yeux. Aussi l’auteur revient-il sur la question de fiabilité de l’information (« Why you don’t trust Wikipedia »), non pour se plaindre mais pour y trouver des solutions (« Why you will trust Wikipedia »).

Le livre ne se veut certainement pas un ouvrage de fond ou un essai universitaire sur ce qu’est l’encyclopédie libre. Il est certes rédigé avec grand sérieux, cite ses sources et ses références, mais tout est fait pour que sa lecture soit aisée et agréable. Œuvre d’un bibliothécaire, il apporte ce qui manque à beaucoup de professionnels de l’information : une connaissance de l’intérieur de Wikipédia, afin d’en comprendre les mécanismes et les ressorts. Le livre devrait ainsi contribuer à faire disparaître peurs et phantasmes et à davantage impliquer les lecteurs dans le projet. Car comme le rappelle Andrew Dalby : « Puisque j’utilise Wikipédia, toute erreur qui s’y trouve est de ma faute. »