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Les éditeurs québécois et l'effort de guerre : 1940-1948

Sous la direction de Jacques Michon
Québec : Presses de l’université de Laval, 2009, 180 p., 30 cm
ISBN 978-2-7637-8961-3 : 47,95 $ canadiens

par François Rouyer-Gayette

Du 22 septembre 2009 au 28 mars 2010, la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a présenté une exposition d’envergure sur le livre et l’édition, mettant en lumière le rôle exceptionnel et peu connu que les éditeurs québécois ont joué pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Le très beau catalogue publié par Les Presses de l’université de Laval reprend le fil chronologique de cette exposition, tout en proposant de nombreuses notes permettant de mieux appréhender l’histoire intellectuelle des années 1940-1948 du Québec.

Effervescence éditoriale

Alors qu’en 1939 le Canada déclare la guerre à l’Allemagne nazie, les forces d’occupation ont limité la capacité de production des maisons d’édition françaises en les empêchant d’expédier leurs ouvrages hors des frontières, permettant ainsi aux éditeurs du Québec de prendre la relève et d’assurer la diffusion du livre en langue française dans le monde. Cette aventure éditoriale se prolongera après la guerre, jusqu’à ce que l’édition parisienne regagne sa position sur les marchés internationaux. « Dans un climat d’effervescence et de créativité exceptionnel, les éditeurs québécois se sont approprié la littérature mondiale et ont proposé à leurs lecteurs une bibliothèque d’ouvrages où les nouveautés, québécoises comme françaises, côtoyaient les plus grandes œuvres du répertoire de l’humanité », souligne Jacques Michon, professeur à l’université de Sherbrooke, créateur du Groupe de recherche sur l’édition littéraire au Québec (Grélq), commissaire de l’exposition et auteur du catalogue.

Les grandes maisons d’édition comme Granger et Beauchemin voient bientôt apparaître de petites « concurrentes », dynamiques et ouvertes, des « étoiles dans le brouillard » qui, pendant que l’Europe brûle, font de la Province de Québec la plaque tournante de l’édition de langue française. En se soustrayant à la censure du clergé catholique et « grâce » à la guerre, tout Victor Hugo est désormais disponible, comme Baudelaire, Proust, Colette, Gide, Malraux et bien d’autres. Cette période est à plusieurs égards annonciatrice de la Révolution tranquille que connaîtra le Québec jusqu’en 1960. Parallèlement, et dans ce contexte de lutte contre le fascisme en Europe, on assistera à la suspension de la censure et à l’ouverture du Québec à tous les courants de pensée et à toutes les formes littéraires.

Émergence d’une littérature nationale

Le parti pris chronologique de l’exposition comme du catalogue facilite la compréhension de cette histoire éditoriale et intellectuelle qui nous est moins familière. Ainsi s’amorce l’émergence d’une littérature véritablement québécoise, indépendante de ses sources européennes, avec, par exemple, les premiers ouvrages d’Anne Hébert. Mais le lien avec le vieux continent, loin d’être coupé, donne à découvrir le foisonnement et la richesse d’un Québec qui s’ouvre à tous les courants de pensée, à toutes les littératures.

La grande qualité iconographique de ce catalogue, sa construction visuelle, la précision de son appareil critique, en font un ouvrage remarquable, car il peut se feuilleter comme le catalogue d’exposition qu’il est et, aussi, se lire comme un roman.