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3es Rencontres Henri-Jean Martin

Odile Decré

Étienne Burgy

Placées sous l’égide de l’association Bibliopat, les troisièmes Rencontres Henri-Jean Martin se sont tenues à l’Enssib les 12 et 13 octobre 2009. Elles ont permis d’entendre des communications de qualité, desquelles n’était pas absente la question si largement médiatisée des « bibliothèques numériques ».

Quelles stratégies pour la numérisation du patrimoine ?

L’expression « bibliothèque numérique » désigne aussi bien des fonds patrimoniaux numérisés qu’une bibliothèque multisupports, axée sur les usagers et les services. Entre autres, une page du site Bibliomédia est consacrée au sujet  1, et un site  2 recense les initiatives du genre. Dans un contexte d’expansion, la moitié des documents numérisés ne sont pourtant pas accessibles en ligne, alors que les documents numériques sont toujours plus demandés. Le manque de ressources techniques, financières et humaines, est un des freins à la mise en place de projets qui doivent tenir compte de paramètres variés et complexes.

Après un premier échec, faute de communication et de collaboration, la bibliothèque Cujas a revu sa politique en la matière en dialoguant avec la Bibliothèque nationale de France (BnF), et en sous-traitant une partie de sa numérisation. Une équipe de dix personnes a mis en ligne des polycopiés de cours et une sélection de titres en sciences juridiques destinés à des chercheurs débutants. La numérisation proprement dite ne représente qu’une heure sur les vingt nécessaires au traitement complet d’un livre de 300 pages.

La Parisienne de photographie est une société d’économie mixte, mandatée pour la numérisation des collections iconographiques de la ville de Paris, dispersées entre une vingtaine d’établissements et comprenant aussi la collection Roger-Viollet. Elle travaille à la demande des institutions, commercialise les reproductions et met en valeur les collections. Les images sont accessibles par plusieurs portails, dont un destiné aux clients de l’agence Roger-Viollet, et un autre librement accessible au public  3.

La bibliothèque municipale de Besançon a quant à elle misé sur une large collaboration : l’université de la ville met à disposition un scanner, et la ville, la région, la direction régionale des affaires culturelles, la BnF et la MRT (Mission de la recherche et de la technologie) financent le projet. Plans et cartes postales, le journal Le Petit Comtois, manuscrits de Proudhon et livres d’architecture seront prochainement mis en ligne.

Afin d’établir un schéma directeur pour le numérique, la BnF a pour sa part mandaté un groupe chargé d’établir un état des lieux et d’envisager des moyens de collaboration, notamment entre secteurs public et privé. Ce groupe s’est penché sur les programmes de numérisation, les acquisitions électroniques, la conservation et l’évaluation. Il fournira des recommandations visant à développer les acquisitions et la mise à disposition du public de livres numériques, et à mettre en place une coordination nationale pour l’évaluation de l’offre et la demande, ainsi que pour la conservation.

Public, services et pratiques professionnelles

La bibliothèque municipale de Bernay, dans l’Eure, met en valeur sur le plan régional ses fonds patrimoniaux, et mise sur le partenariat local. Chercheurs locaux et généalogistes constituent l’essentiel du public, mais les étudiants pourraient aussi trouver des sujets de travaux dans les fonds issus des confiscations révolutionnaires.

Pour préparer l’ouverture d’un nouveau bâtiment, les Archives municipales de Bordeaux ont lancé une enquête approfondie afin de définir le profil et les attentes d’un public qui se renouvelle. Étudiants, universitaires et généalogistes souhaitent un élargissement de l’ouverture et des accès aux documents, ainsi qu’une amélioration des aménagements.

Dans le même esprit, le service de l’action pédagogique de la BnF sensibilise le public scolaire au patrimoine en proposant une stratégie visant à le dédramatiser et à le désacraliser, pour le rendre accessible. En approchant le patrimoine à partir de la matérialité du livre, on aiguise la curiosité des jeunes et on les sensibilise à la nécessité de l’apprentissage.

Toujours à la BnF, la transmission des savoirs entre professionnels est au cœur d’une expérience menée auprès d’un groupe de volontaires, qui ont été filmés durant des entretiens de référence. Le débat qui s’en est suivi a rappelé le sens de la communication de nos métiers, et la nécessité d’un apprentissage permanent, où l’échange d’expériences est aussi important que la mise à jour des connaissances.

Les collections photographiques : traitement et valorisation

De nombreuses collections photographiques sont conservées dans des musées ou gérées par des groupes commerciaux. Mais on en trouve aussi dans les bibliothèques patrimoniales et les archives, qui doivent apprendre à préserver et à mettre en valeur ce patrimoine.

La conservation de la photographie demande de maîtriser des questions de chimie complexes, les techniques étant nombreuses et pas toujours faciles à reconnaître, car conserver de la photographie signifie souvent que l’on possède des tirages papier, mais aussi leurs négatifs.

Pour la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, les collections photographiques sont lourdes à gérer par la quantité des pièces qu’elles contiennent. Il s’agit aussi, en plus de la question des locaux, de savoir comment inventorier ces photographies. Entre le traitement à la pièce ou par lots – question également soulevée par la Bibliothèque historique de la ville de Paris – et les problèmes d’indexation iconographique, l’objet photographique est très éloigné des documents habituellement traités dans les bibliothèques ou les archives.

Les questions des droits d’auteur, des droits d’exploitation et de mise à disposition du public – comme l’a montré un chercheur auprès de la mission photographique initiée par la Datar (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire – et à l’attractivité régionale) sont, parfois, plus complexes avec la photographie qu’avec un ouvrage.

Enfin, des photographies de nature documentaire à l’origine deviennent parfois des œuvres d’art : c’est le cas dans la collection de photographies conservée au musée Rodin, dont l’accès a été limité. La collection concernée a été transmise du département d’études à celui de la conservation restauration. Quand l’original doit être préservé, la numérisation devient alors une étape nécessaire pour accéder à l’image.