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La coopération numérique

12es Journées des pôles associés et de la coopération

Laurent Delabouglise

La Bibliothèque nationale de France a souhaité cette année mettre ses désormais traditionnelles « Journées des pôles associés et de la coopération », tenues les 25 et 26 juin, sous le signe de la coopération numérique, avec une préoccupation : dans un contexte de « numérisation de masse », comment mieux articuler les projets entre eux, avec quelle cohérence, pour quelle complémentarité ?

Gallica, bibliothèque et plateforme numériques d’accès à des livres sous droits

Dès l’ouverture des débats, Bruno Racine, président de la Bibliothèque nationale de France, a placé la réflexion dans la perspective de Gallica. Objectifs 2011 : 50 millions de pages disponibles pour la plupart en modes image et texte avec un plan de numérisation de masse de 100 000 imprimés par an pendant trois ans. Trois axes documentaires sont retenus : le patrimoine national, les programmes à vocation internationale (droit, histoire, etc.) et l’Europe. La numérisation des documents spécialisés (audiovisuel, manuscrits, estampes, musique, etc.) fera l’objet d’un programme en 2012.

Un bilan de l’expérimentation en cours a été réalisé en mars 2009. Le programme de mise en ligne d’ouvrages sous droits, en partenariat avec le SNE (Syndicat national de l’édition), permet l’accès à environ 12 000 titres aujourd’hui (6 000 en mars 2009), par l’intermédiaire d’e-distributeurs. Le peu d’ouvrages numériques disponibles et une certaine frilosité des éditeurs ont freiné la montée en charge du programme. Beaucoup de livres pratiques, 20 % de littérature, 102 éditeurs représentés, mais peu de majors de l’édition française, et très peu d’achats en ligne, même après feuilletage. « Cependant, estime Laurent Bouvier-Ajam, du cabinet Orouk, cette expérimentation aura contribué à une prise de conscience des professionnels du livre, apportant la preuve qu’il est possible d’offrir au public un service de recherche bibliographique, y compris en texte intégral, sur des ouvrages de l’édition contemporaine, de feuilleter des extraits sélectionnés par leurs éditeurs, et ce dans le strict respect du droit des auteurs et des ayants droit. »

Schéma numérique des bibliothèques

La réflexion sur le numérique passe bien sûr par le Conseil du livre, instance de concertation nationale mise en place le 30 juin 2008. Le groupe « Schéma numérique des bibliothèques », animé par Bruno Racine, a trois objectifs : établir un bilan de l’action, des moyens et des besoins des bibliothèques dans le domaine ; étudier les conditions d’une plus grande harmonisation des politiques nationales et d’une mise en réseau ; favoriser le développement de coopérations entre secteurs public et privé. Constitué depuis le mois d’octobre 2008, le groupe de travail a émis quelques premières ébauches de recommandations : constituer un noyau commun d’indicateurs sur l’offre et sur l’usage, développer l’analyse des pratiques des publics, inciter à signaler les actions de numérisation dans les bases interopérables, etc.

Le livre numérique

Le groupe « Livre numérique », sur la base du rapport de Bruno Patino  *, étudie comment promouvoir une offre légale attractive (interopérabilité des formats et supports), défendre la propriété intellectuelle (interopérabilité du marquage), permettre aux détenteurs de droits d’avoir un rôle central dans la détermination des prix, etc. Un objectif : faire émerger un format ouvert, interopérable et normé. Face au PDF en perte de vitesse, le format XML e-Pub semble vouloir s’imposer. Pour la génération des métadonnées, la norme Onix (Online Information eXchange), compatible avec les formats Marc en usage dans les bibliothèques, tient la corde. Autre piste : trouver un nouveau modèle économique pour la base Électre. Reste à définir ce qu’on entend par « livre numérique », vaste chantier… La Direction du livre et de la lecture et le Centre national du livre ont lancé en juin 2009 une étude sur « Les publics du livre numérique en France » afin de mieux identifier la demande actuelle de livres sous format numérique, avec la volonté à terme de constituer un baromètre de la pénétration du livre numérique en France (premières conclusions début 2010). Une seconde étude sera lancée dans la foulée afin d’étudier « Les perspectives des modèles économiques du livre numérique ».

Arrow sur les ayants droit

À cette occasion était présenté le projet européen Arrow (Accessible Registries of Rights Information and Orphan Works towards Europeana). Lancé en septembre 2008, il regroupe des bibliothèques nationales et universitaires, des éditeurs, des e-distributeurs, des organismes de gestion de droits et des organisations européennes et internationales avec pour objectif de permettre à tout utilisateur, via une interface développée au niveau européen, de vérifier si une œuvre est disponible, épuisée ou orpheline, et d’obtenir des informations sur les détenteurs de droits. En ligne de mire : démontrer la faisabilité d’intégrer des collections sous droits dans Europeana. La fin des travaux est prévue en février 2011.

L’intervention d’Yves Alix, directeur de l’information bibliographique et numérique à la BnF depuis le 1er septembre 2009, sur le thème « Le droit d’auteur, frein ou chance », apportait un éclairage très documenté sur les relations complexes des bibliothèques avec les détenteurs de droits.

Les pôles associés nationaux

Les Cadist (centres d’acquisition et de diffusion de l’information scientifique et technique) s’orientent vers une politique d’acquisition numérique renforcée, avec licences nationales à la clef si les concertations en cours aboutissent. Des projets de numérisation concertée dans le cadre du pôle associé BnF permettront de mutualiser les ressources en intégrant dans le champ du partage documentaire de nouveaux partenaires. La numérisation du patrimoine des bibliothèques universitaires (5 700 000 livres recensés) est un enjeu majeur. Les Cadist devraient à l’avenir être adossés aussi bien aux centres de recherche qu’aux BU.

A également été évoqué le pôle associé de la mémoire audiovisuelle des arts du spectacle avec le Centre national des arts du cirque qui était l’invité d’honneur de ces deux jours de débats.

Les pôles associés régionaux

Paradoxalement, les pôles associés régionaux ont été peu évoqués au cours de ces rencontres, sinon en fin de première journée. Philippe Lablanche, conseiller livre et lecture à la direction régionale des affaires culturelles de Franche-Comté, a présenté un état des lieux de la numérisation dans sa région où, dans le cadre du PAPE (Plan d’action pour le patrimoine écrit), un pôle associé documentaire régional a été créé. En introduction, il a estimé qu’il fallait rendre tangible la profusion de l’offre : « La Franche-Comté est une petite région, avec peu de spécialistes du patrimoine ancien, nous avons besoin que la BnF valide nos choix. » Un programme régional de numérisation dans le cadre d’un contrat de projet Ètat/Région a permis de mobiliser plus de deux millions d’euros en six ans. L’agence régionale de coopération est chargée du recensement et de l’évaluation des fonds patrimoniaux. Un portail régional est envisagé, dont l’ouverture est prévue en 2011. Philippe Lablanche se réjouit de la proposition faite par la BnF de fournir des notices, réutilisables par les partenaires en région pour leur portail : « C’est un plus, les élus y sont attentifs. »