entête
entête

Gérer les périodiques

Sous la direction de Géraldine Barron
Villeurbanne, Presses de l’Enssib, 2008, 166 p., 21 cm
Coll. La Boîte à outils, no 16
ISBN 978-2-9102-2771-5 : 22€

par Danielle Laurent

Écrit par une quinzaine de professionnels, le volume 16 de « La Boîte à outils » fait le point sur les périodiques conservés dans les bibliothèques. Qu’il soit imprimé ou en ligne, le périodique est un document complexe : son identification, ses filiations, sa répartition en fascicules, son signalement et son traitement physique exigent du temps, des manipulations lourdes et des budgets conséquents. L’arrivée du périodique électronique n’a pas fait disparaître pour autant le périodique imprimé : la constitution de collections, la gestion et la conservation des deux supports incitent à une réflexion croisée. Ce volume explore quelques pistes...

Édition électronique et bouleversement des pratiques

Observée à partir du dépôt légal, la production française de périodiques imprimés s’élève à 40 000 titres vivants, mais la création de nouveaux titres diminue et la publication mixte (papier et en ligne) progresse, surtout pour l’information scientifique et technique.

Depuis quinze ans, l’édition électronique a profondément modifié le paysage : les éditeurs ont fusionné, les agences d’abonnement ont envahi le marché, les produits se sont enrichis et des nouveaux services sont proposés (alertes par mél, bibliographies, envoi d’articles). La pratique des chercheurs change : ils échangent via internet et publient sur archives ouvertes sans comité de lecture. Le métier des bibliothécaires évolue : pour maîtriser ces changements, ils doivent acquérir des notions d’économie et de droit et surtout apprendre à coopérer.

Acquérir à des tarifs préférentiels par le biais des consortiums

La procédure des marchés publics a renforcé le pouvoir des agences d’abonnement, intermédiaires entre éditeurs et bibliothèques.

L’augmentation des coûts (documentation, équipements, haut débit) risquait de provoquer des désabonnements : au milieu des années 90, des consortiums, encouragés par les pouvoirs publics, se sont constitués pour mutualiser les ressources électroniques afin de négocier des accords avantageux. Le consortium Couperin, né en 1999 autour de quatre universités, regroupe, fin 2007, plus de 200 établissements d’enseignement supérieur. Initié par la BPI, le consortium Carel se propose de faire de même pour les bibliothèques de lecture publique.

Placer le périodique au centre des collections…

Oser bouleverser la présentation des collections, c’est ce qu’a entrepris la bibliothèque municipale de Mulhouse en 2006 pour réagir à la désaffection de son public : redéployées en douze pôles thématiques, les collections rassemblent les supports, mais distinguent les publics et les niveaux de documents.

Les périodiques – considérés comme un produit d’appel – font l’objet d’une politique soutenue : les abonnements imprimés ont été complétés par les périodiques en ligne ; un agrégateur de liens facilite la recherche ; des dossiers de presse et le dépouillement d’articles dans l’Opac attirent les lecteurs ; le prêt à domicile des périodiques a été introduit et le libre accès a remplacé le stockage en magasins. Ce choix délibéré est couronné de succès : alors que le prêt des autres supports baisse, le prêt des périodiques est en hausse.

Signalement des ressources

Un outil unique de localisation pour les périodiques manquait cruellement. Le CCN-PS (Catalogue collectif national des publications en série), créé en 1981, va permettre aux bibliothèques et aux centres régionaux de signaler et d’enrichir le catalogue. Myriade puis le catalogue collectif de l’enseignement supérieur Sudoc (Système universitaire de documentation) sont devenus des outils de référence. Le succès du Sudoc est incontestable et dépasse largement le cadre des bibliothèques universitaires : 338 000 titres de périodiques et plus de 3 000 bibliothèques y figurent.

Le Sudoc – seul outil de recensement des ressources continues sur le territoire national – est ainsi né de la participation active et répétée de toutes les bibliothèques, coordonnées par une structure nationale soutenue par une volonté politique.

La conservation partagée : une idée qui fait son chemin…

Les exemples présentés dans l’ouvrage attestent de la diversité de la conservation partagée : la médecine en Île-de-France est pilotée par la Bium et le CTLes ; la conservation partagée en Aquitaine rassemble lecture publique et bibliothèques universitaires ; la presse quotidienne régionale réunit, autour de la BnF, les bibliothèques de dépôt légal imprimeur et les archives départementales.

Les contraintes sont cependant identiques : saturation des magasins, augmentation des coûts ; des extensions impossibles et des collections redondantes et lacunaires.

Après quelques années d’exercice, les résultats sont concluants : les collections sont complétées, le signalement des catalogues enrichi, de l’espace de stockage est libéré. Chaque partenaire s’investit, de nouveaux établissements rejoignent le projet. La politique documentaire des établissements est infléchie : la numérisation, la rétroconversion, la documentation électronique s’imposent.

Les bibliothèques Cadist et les pôles associés BnF participent également à la conservation partagée en acquérant et conservant, grâce à des crédits spécifiques, des titres peu représentés.

 

Complété par de nombreux encadrés chiffrés, un glossaire, un répertoire de sigles, l’ouvrage précise en note de bas de page les sites web des organismes cités et les enquêtes utilisées. Un ouvrage clair et facile à lire pour remettre à jour ses connaissances sur les périodiques.