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Numérisation patrimoniale : initiatives locales ou nationales, privées ou publiques

Juliette Doury-Bonnet

L’espace Lectures de dem@in a accueilli une table ronde consacrée à des expériences de numérisation patrimoniale.

La revue Esprit a confié à Isako, société de services en ingénierie informatique, la réalisation de l’édition électronique, sous forme de DVD, de ses archives depuis sa création en 1932 jusqu’en 2006  1. Shalev Vayness insista sur l’importance du projet éditorial qui consistait à faire redécouvrir le contenu de la revue en permettant « une lecture à trois dimensions » dans le format d’origine, donc en mode image.

À travers certains projets de numérisation, bibliothèques, chercheurs et éditeurs sont associés afin de donner des outils pour mieux explorer les textes. Ainsi, en collaboration avec des chercheurs, les Presses universitaires de Caen constituent un fonds de textes encodés en XML selon les recommandations de la TEI (Text Encoding Initiative), diffusés sous forme imprimée, en ligne ou en version cédérom selon les projets éditoriaux et scientifiques. Pierre-Yves Buard cita plusieurs projets dont les Chroniques latines du Mont Saint-Michel en édition bilingue sur trois supports de diffusion, en coédition avec le Scriptorial d’Avranches.

Carole Dornier, professeur à l’université de Caen, donna le point de vue du chercheur sur le projet Montedite  2, édition d’un cahier de travail de Montesquieu conservé à la bibliothèque municipale de Bordeaux.

Patrick Bazin, directeur de la bibliothèque municipale de Lyon, considère que son établissement a une responsabilité de mise à disposition de son patrimoine. « L’opération Google, ce n’est pas du sponsoring. » Elle résulte d’un appel d’offres en 2007 : une numérisation gratuite en échange d’avantages pour l’entreprise retenue. Elle concerne 450 000 à 500 000 volumes antérieurs au XXe siècle et libres de droit, « choisis par la bibliothèque qui connaît son environnement historique ». Conjuguant le mode texte et le mode image, elle s’échelonnera sur une dizaine d’années. La mise en ligne par Google permettra de participer à Google Recherche de livres, « une cohabitation avec les plus grandes bibliothèques du monde », de créer « notre propre bibliothèque numérique », un sous-ensemble propre à la BM de Lyon, et visible sur internet, « utilisable par les chercheurs, mais aussi par les professionnels ». Le prestataire jouira de l’exclusivité commerciale pendant une quinzaine d’années.

Patrick Bazin regretta la « fausse polémique » lancée par Jean-Noël Jeanneney qui déplorait que la BM de Lyon n’ait pas fait appel à Europeana. Soulignant qu’une bonne partie de l’édition européenne se trouve dans les bibliothèques américaines, il rappela enfin l’intérêt que présente pour les historiens du livre la numérisation de plusieurs exemplaires issus de différentes bibliothèques.

Philippe Colombet (Google Recherche de Livres) expliqua le partenariat avec la BM de Lyon par le fait que « le français est une des principales langues de questionnement dans Google »/.

Pour Arnaud Beaufort, directeur général adjoint de la Bibliothèque nationale de France, « le patrimoine est dans l’ADN de la BnF ». La sauvegarde du patrimoine (avec la numérisation de la presse de la Troisième République) et la recherche (Gallica donne accès au plein texte) sont au cœur des projets de numérisation de la BnF. Il insista sur la coopération avec les autres bibliothèques et les partenariats avec l’édition contemporaine.

On entre dans un work in progress qui n’aura pas de fin, conclut Patrick Bazin. Ce sont les universitaires qui s’intéressent aujourd’hui à la numérisation, mais il y a beaucoup d’autres usages, de la « dentelle » à la masse. « L’enjeu culturel de demain, ce sera une mémoire non plus de stock, mais une mémoire en évolution. » Les notions d’œuvre et d’auteur vont évoluer, de même que la question du droit d’auteur. L’accédant deviendra auteur.