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Dictionary of Seventeenth-Century French Philosophers

Edited by Luc Foisneau
London, Thoemmes Continuum, 2008, 2 vol., 1313 p., 24 cm
ISBN 978-0-8264-1861-6 : 350 £

par Anne Kupiec

Rendre compte de l’édition, en langue anglaise, d’un dictionnaire des philosophes français du XVIIe siècle pourrait surprendre le lecteur d’autant que cet ouvrage a été dirigé par un directeur de recherche au CNRS : Luc Foisneau. Cette entreprise, qui n’a pas d’équivalent en langue française, a été menée à bien grâce au concours d’une équipe éditoriale d’une dizaine de personnes  1.

L’ambition de ce dictionnaire biographique – dont la structure des notices n’est pas sans évoquer celle des dictionnaires biographiques de Michaud et Hoefer – est finalement de faire valoir la diversité de l’histoire intellectuelle de ce siècle qui ne peut évidemment pas se résumer à Descartes.

Histoire intellectuelle plutôt qu’histoire philosophique au sens plus étroit où nous entendons désormais le terme. Et c’est là une qualité significative de cet ouvrage qui recense des auteurs que nous qualifierions, aujourd’hui, de littéraires ou de scientifiques. Ainsi, Molière, Corneille sont-ils présents tout comme Furetière, Fénelon, La Bruyère, La Fontaine mais aussi le mathématicien Roberval, le juriste Domat. L’on est tenté de poursuivre les exemples, aussi fragmentaires soient-ils : Sully et Richelieu, Gassendi et Mersenne, Bayle et Pascal, Arnauld et Saint-Cyran, Bossuet et Bérulle figurent dans l’ouvrage. Quelques (rares) femmes, dont Madeleine de Scudéry, font l’objet d’une notice. Plus connus des bibliothécaires, apparaissent également Gabriel Naudé et Jacques-Auguste de Thou. Ces noms, parmi les plus reconnus, sont présents aux côtés de ceux qui sont méconnus, voire anonymes (cf. Theophrastus redivivus). Cette très brève énumération ne reflète que très imparfaitement la richesse du dictionnaire qui, cependant, ne prétend pas à l’exhaustivité.

Les auteurs qui figurent dans ce dictionnaire, c’est l’un des critères de sélection, ont publié au moins un texte entre 1601 et 1700, soit une période qui couvre les règnes de Henri IV à Louis XIV. Aussi ne sont-ils pas tous nés en France : le tracé des frontières ne fut pas immuable durant le siècle. Ils n’ont pas tous vécu en France, c’est évidemment le cas des protestants forcés à l’exil (cf. révocation de l’édit de Nantes). Le français n’est pas la langue exclusive de rédaction : le latin conserve encore une place importante.

Chacune des six cents notices, qui peut comporter plus d’une demi-douzaine de pages pour un auteur célèbre, commence par une partie biographique (avec d’éventuels renvois à d’autres notices du dictionnaire). Elle est suivie d’une présentation de l’œuvre, puis d’une bibliographie de l’auteur et d’une bibliographie secondaire mentionnant des références contemporaines de l’auteur ou plus récentes (jusqu’à 2008) qui permettent d’approfondir et d’élargir la recherche. Ces notices ont été rédigées par près de cent quarante universitaires, français pour les trois quarts (par exemple Robert Damien, Jean-Fabien Spitz), mais aussi américains, canadiens, italiens, tchèques, hollandais, britanniques.

Un index très complet (auteurs, lieux, institutions) permet une consultation aisée de l’ouvrage. Une liste des auteurs répartis par thèmes  2 reconstitue de manière plus fine le paysage intellectuel de la période.

Outre l’intérêt et la commodité de ce dictionnaire biographique, son apport réside plus fondamentalement dans la restitution d’une vie intellectuelle où la théologie occupe une place saillante, mais où de nouvelles disciplines, telle l’économie politique, émergent, où les alchimistes et les cabbalistes se font entendre. Les querelles du siècle (cf. par exemple le jansénisme) sont présentes, les évolutions politiques et religieuses sont perceptibles (libertinage érudit, critique biblique, par exemple), tout comme le sont les diverses tendances de la république des lettres. Le rôle des institutions religieuses ou séculières (académies) est particulièrement visible à la lecture des notices. Certes rédigées en anglais, les pages de ce dictionnaire passionnant permettent de saisir les aspects pluriels du Grand Siècle et de discerner les prémices du siècle des Lumières.

  1.  (retour)↑   Marie-Luce Demonet, Emmanuel Faye, Christiane Frémont, Thierry Gontier, Philippe Hamou, Martine Pécharman, Sylvain Matton, Jacob Schmutz, Carole Talon-Hugon.
  2.  (retour)↑   Libres-penseurs, cartésiens et anti-cartésiens, pensée politique, controverses religieuses, humanisme, auteurs scientifiques, Port-Royal, sciences occultes (alchimie, cabbalisme, astrologie), moralistes et théoriciens de la littérature.