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Production numérique éditoriale :

évolution des métiers et renouvellement des médias

Katell Gueguen

Le groupe de travail « Acteurs et production numérique éditoriale », fondé en décembre 2006 et coordonné par Ghislaine Chartron (Conservatoire national des arts et métiers) et Évelyne Broudoux (IUT de Vélizy), fait partie du groupement de recherche TIC & société  1. Il rassemble des professionnels et des chercheurs en sciences de l’homme et de la société et en sciences et technologies de l’information et de la communication. Ils ont pour point commun de s’intéresser aux nouvelles formes de médiations sociotechniques en réseau, selon deux axes de recherche privilégiés : l’évolution des secteurs et des métiers de l’information-communication dans le contexte numérique d’une part, le renouvellement des médias et l’essor des réseaux sociaux d’autre part  2.

Quatre séminaires se sont tenus entre juin 2007 et avril 2008 au Cnam, venant tous éclairer sous un jour singulier cette problématique des nouvelles formes de circulation de l’information à l’heure du numérique. Un public nombreux, composé d’étudiants, d’enseignants, de chercheurs mais également de personnes du monde de l’entreprise, est venu assister à cette pensée en marche.

Avant de relater quelques interventions des deux dernières journées, nous rappellerons les objectifs des deux premières séances – sachant que les programmes, et pour certaines interventions les résumés (notamment celles de la troisième journée), sont accessibles en ligne  3.

Comprendre les transformations

L’objectif du premier séminaire, « Économie du numérique et filières information-communication », le 29 juin 2007, était « de comprendre les transformations en cours des métiers des nombreuses filières de l’information communication », à travers l’analyse de « l’économie numérique, l’économie des réseaux, la stratégie des acteurs, le cycle de vie des produits et services, les technologies associées et la dimension organisationnelle ».

Le deuxième séminaire, « Création et réception en ligne : quels déplacements dans la chaîne éditoriale? », le 5 octobre 2007, a tenté « d’apporter un éclairage sur les déplacements à l’œuvre dans les fonctions de création et de réception de la chaîne éditoriale », en repérant « les pratiques innovantes qui conduisent les acteurs à acquérir de nouvelles compétences, d’en estimer les conséquences d’un point de vue prospectif et organisationnel et de vérifier dans quelle mesure les stratégies d’entreprises en sont modifiées ».

« Réseaux sociaux : des usages et des outils »

La session du 17 décembre 2007 se proposait de faire le point sur la notion de réseau social, à travers différentes approches tant théoriques que pratiques.

Pour Olivier Ertzscheid (IUT de La Roche-sur-Yon), « L’homme est un document comme les autres ». Son idée est que « les réseaux sociaux posent aujourd’hui, au sens propre, la question documentaire appliquée au facteur humain 4 ».

Franck Rebillard (université de Lyon-II) s’est penché sur la notion de web 2.0  5 sous l’angle de la production éditoriale. Trois oppositions binaires relatives au web 2.0 doivent selon lui être dépassées, car simplistes : la verticalité de la diffusion avant, l’horizontalité des échanges aujourd’hui ; la passivité de la consommation avant et une posture active de l’internaute désormais (or les pratiques interactives restent minoritaires et les attitudes de consultation majoritaires) ; le contrôle industriel de la production avant, dépassé par la liberté de la création amateur (dans les faits, cette dernière est loin d’être à l’abri d’une exploitation marchande).

Deux questions ont orienté l’intervention de Dominique Cardon : celle de l’identité numérique qui engendre une multiplication des identités, et celle de la visibilité avec, dans un contexte habituel de micro-audience, les questions « qui voit quoi ? » et « à qui s’adresse-t-on ? » Il a exposé les fruits d’un travail collaboratif tentant de faire une cartographie du web 2.0, une autre intervention exposant par la suite la mise en place d’outils pour observer l’architecture documentaire du web du point de vue des sciences humaines. Évelyne Broudoux est revenue de son côté sur la question de l’amateur, en montrant sa proximité avec l’auteur, la frontière devenant aujourd’hui perméable puisqu’ils utilisent tous deux les mêmes outils et la même scène.

Évolution des métiers

L’objet du quatrième séminaire, « Production numérique éditoriale et évolution des métiers », le 11 avril 2008, était de soupeser les changements résultants du numérique  6.

Christiane Volant (IUT de Tours) pointe le nouvel enjeu pour les professionnels de l’information-documentation : se situer au cœur des activités des organisations. Ce qui implique une quadruple exigence : passer de la posture de technicien expert à celui d’info-manageur (devenir organisateur, médiateur, facilitateur…), en adoptant une position de gestionnaire de l’information ; parler le langage managérial ; se positionner dans le système organisationnel ; et enfin développer des compétences organisationnelles, méthodologiques et communicationnelles. Un très bon exemple pour illustrer son propos est la licence Management de l’information de Tours qu’elle a créée : les étudiants ont pour contrainte de ne pas choisir leur stage dans un centre de documentation, et de démontrer leur utilité à l’entreprise en tant que gestionnaire de l’information.

En illustration de ce repositionnement du métier, Claudine Masse est venue présenter un état des lieux des travaux de l’ADBS sur la cartographie des métiers  7.

Catherine Teillou-Scharf (Institut national de l’audiovisuel) a expliqué que le changement qu’elle perçoit réside dans la domination, aujourd’hui, du point de vue de l’utilisateur, qui veut une indexation personnalisée et un accès sur son iPod. Bruno Bachimont (chercheur à l’université de technologie de Compiègne et à l’INA) préfère quant à lui parler de contexte documentaire numérique plutôt que de document numérique. L’accès aux ressources nécessite une médiation, toute la complexité résidant dans la mise en place des outils de lecture et des interfaces : la nature documentaire vient du paramétrage documentaire, mais pas du document lui-même – d’où l’importance croissante des métadonnées.

Ces quatre séminaires ont éclairé les enjeux qui se dessinent aujourd’hui, à commencer par le changement de statut du document avec le numérique – croisant des problématiques chères aux organisateurs  8. Des journées stimulantes, qui donnent à penser que l’âge d’or de nos professions n’est pas derrière nous.