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Bibliothèques, partenaires de la réussite dans la formation ?

Christophe Pavlidès

«Bibliothèques, partenaires de la réussite dans la formation ? » Tel était le thème de la table ronde Formist. Comme le soulignait d’entrée la modératrice, Élisabeth Noël, il s’agissait de débattre bien au-delà des frontières de la seule « formation documentaire » – l’objectif de Formist couvre d’ailleurs bien l’ensemble de la « formation à la formation » (formation tout au long de la vie, apprentissage des langues, etc.). Reformulée, la question centrale était au fond la suivante : quelle place les bibliothèques accordent-elles à la réussite des publics ?

Carine El Bekri-Dinoird, directrice du SCD de l’université de Reims-Champagne-Ardennes (Urca), décrit le fameux public « captif » des étudiants comme un public qui « en fait, a souvent tendance à nous échapper », préférant Google aux portails documentaires des professionnels ; comme ailleurs, la fréquentation croît, le prêt d’ouvrages décroît et l’usage des ressources en ligne devient massif. Très opportunément, les nouvelles maquettes de diplômes sont l’occasion de fortement prendre en compte les formations d’usagers, dont on sait, depuis les travaux d’Alain Coulon, qu’elles sont un facteur de réussite. Les dispositifs mis en place reposent sur l’implication des enseignants comme des bibliothécaires, et supposent des collections actualisées (nombreux manuels) dans des locaux centraux et adaptés.

L’expérience présentée par Isabelle Peeters, travaillant dans une bibliothèque de quartier de la ville de Liège, de très mauvaise réputation selon elle, était l’occasion de rappeler qu’en Belgique également on s’inquiète de travailler toujours pour le public déjà acquis et trop peu pour les autres – or cette bibliothèque en milieu défavorisé n’a justement pas de public acquis, et le vit comme une chance. Dans un pays où la bibliothèque publique est, juridiquement, « celle ouverte à tous » et qui doit « répondre aux besoins d’éducation permanente », le choix a été fait de travailler avec d’autres opérateurs socioculturels du quartier, et de mettre en place une dizaine d’activités : animations avec les classes, ateliers pour adolescents, ateliers informatiques, etc. avec, comme effet, la hausse de fréquentation (et de durée de passage). Ce sont finalement les aptitudes relationnelles qui doivent le plus être mises en avant par les bibliothécaires, et qui dans ce cas ont permis, à travers l’offre de nouveaux services, de maintenir la bibliothèque et même de l’ouvrir plus.

Pour Caroline Wiegandt, les évolutions à la médiathèque de la Cité des sciences de la Villette, à Paris, qu’elle dirige depuis fin 2006, vont tout à fait dans le même sens. Longtemps érigée en modèle, la médiathèque avait connu une lente érosion de sa fréquentation, ajoutant aux facteurs constatés ailleurs la spécifité d’une médiathèque publique dotée de collections très spécialisées. Il a fallu faire l’analyse des publics réels et de l’adéquation entre l’offre et leurs attentes : la bibliothèque accueille surtout un public de proximité assez jeune, particulièrement demandeur d’autoformation, et étranger aux codes de la recherche documentaire. Afin d’améliorer le service à ces usagers, l’évaluation passe par une batterie d’« indicateurs d’impact social » bien éloignés du seul nombre de prêts : mesurer le qualitatif est aussi difficile qu’indispensable.

Pour les trois intervenantes, il est clair que les bibliothèques ont un rôle à jouer dans la formation de l’usager apprenant, et que ce rôle est très largement reconnu et désiré des mêmes usagers ; en revanche, la discussion avec la salle, notamment autour des espaces Emplois qui se multiplient, traduit l’interrogation de nombreux collègues(« Est-ce (encore) notre rôle de... ? », etc.), au risque de laisser penser que certains préfèrent presque des « vrais » lecteurs certes moins nombreux à des usagers inclassables qui, souvent, attendent (presque) tout de la bibliothèque ; c’est là qu’il convenait, et ce fut fait, de rappeler que la formation fait bel et bien partie des missions statutaires des bibliothécaires, et que selon le manifeste de l’Unesco l’une des premières missions de la bibliothèque est de « soutenir à la fois l’autoformation et l’enseignement conventionnel à tous les niveaux ». Mais la prise de conscience des professionnels relève elle aussi de l’autoformation, et cette table ronde y aura ainsi utilement contribué.