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Bibliothèques et personnes handicapées

Luc Maumet

La Bibliothèque publique d’information a organisé à Paris les 15 et 16 octobre 2007 un séminaire de travail intitulé « Bibliothèques et personnes handicapées ».

Une première journée d’ateliers était réservée aux chargés d’accueil et aux acteurs du projet Alphabib 1. Ce wiki a pour objectif de favoriser la constitution d’un réseau de professionnels des bibliothèques en charge de services dédiés à l’accueil des personnes handicapées. Les participants étaient invités à échanger à partir d’expériences et de pratiques concrètes autour de trois grands axes de travail.

Accueil en bibliothèque

Le premier atelier concernait les aides techniques en matière d’accueil en bibliothèque des personnes handicapées moteur, handicapées mentales et des personnes sourdes et malentendantes. L’accueil des publics déficients visuels a été volontairement mis de côté. Son objectif était de recenser les réalisations intéressantes, de faire un bilan des manques afin de poser aux intervenants de la table ronde du lendemain des questions et de leur proposer des pistes de réflexion.

Des expériences d’une grande diversité ont été présentées : accueil d’adolescents déficients mentaux à Gonfreville-l’Orcher, utilisation du service d’interprétariat à distance en Langue des signes française de Websourd 2 à la médiathèque José-Cabanis de Toulouse, demi-journées de présentation des outils adaptés à destination du personnel de la Bibliothèque nationale de France, expérimentation d’un tourne-page électrique à Bordeaux, numérisation de documents pour les passer en synthèse vocale à Montpellier... Deux problématiques principales se sont détachées de ces interventions : celle du droit d’auteur et de sa nécessaire évolution et celle de l’emploi des personnes handicapées en tant que personnels de bibliothèques.

Documents numériques accessibles

Le deuxième atelier traitait des bibliothèques numériques et des formats de documents numériques accessibles. Plusieurs réalisations très avancées ont été présentées : la bibliothèque numérique Sésame 3, maintenant accessible en ligne et qui se lance dans la production de livres audio au format Daisy ; la Bibliothèque numérique du handicap 4 et son partenariat avec l’hôpital de Garches ; l’utilisation de Daisy par l’Association Valentin-Haüy 5 et le GIAA 6 (Groupement des intellectuels aveugles ou amblyopes) ; l’utilisation des services de Numilog par la médiathèque Kateb-Yacine à Grenoble. Marie-Noëlle Andissac a rendu compte de l’étude menée par la médiathèque José-Cabanis sur les bibliothèques numériques accessibles aux personnes déficientes visuelles en insistant sur leurs défauts respectifs encore rédhibitoires. Camille Degez, de la Direction du livre et de la lecture, a, quant à elle, rappelé l’état d’avancement des décrets d’application de la loi Dadvsi en soulignant les changements que pouvait amener cette nouvelle loi, tout en admettant que cette période d’attente, peu propice aux nouvelles initiatives, était difficile.

Enfin, le troisième atelier a abordé les possibilités de collaboration entre bibliothèques. Deux pistes de travail ont été retenues : la sélection de ressources à l’usage des personnes sourdes et des personnes ayant des difficultés et la coproduction d’expositions ou d’animations.

Expertise et mutualisation

La seconde journée, ouverte à tous les professionnels de la culture et du handicap, a permis à des experts issus des mondes associatif, culturel et médico-social, d’apporter leurs points de vue et d’alimenter la réflexion des bibliothécaires.

Elle s’est ouverte sur une présentation d’Alphabib par Ramatoulaye Fofana-Sevestre, qui a précisé les objectifs de cet outil : être un lieu de centralisation de l’information, un lieu d’échange qui ne pourra vivre que grâce aux contributeurs qui voudront bien l’animer.

Une première table ronde, autour des bibliothèques numériques, a ensuite réuni Alain Patez pour la Bibliothèque numérique du handicap, Catherine Desbuquois en charge de la bibliothèque et du serveur Hélène 7 et Guillaume du Bourguet, du GIAA. Une conversation, particulièrement animée, a amené ces intervenants à préciser leur conception de ce que doit ou peut être une bibliothèque numérique au service des publics empêchés de lire. L’importance des choix techniques et la nécessité d’un travail de médiation constant entre l’usager potentiel et les solutions techniques proposées ont été les points centraux de cette discussion.

La deuxième table ronde a réuni Thierry Danigo, de l’Association des paralysés de France 8, Clairette Charrière, ergothérapeute à la Cramif 9 (Caisse régionale d’assurance maladie d’Île-de-France) et Martine Brusque, de Websourd. Leurs interventions, embrassant des champs d’expériences très différents, ont permis d’initier un dialogue constructif autour de la complexité des aides techniques disponibles et de la difficulté d’accès à la documentation ou au conseil nécessaire pour les exploiter pleinement.

Enfin, la troisième table ronde, autour des projets collaboratifs, a réuni Christina Perez, qui a présenté la Base de données de l’édition adaptée 10, Hoëlle Corvest, de la médiathèque de la Cité des sciences 11, Nathalie Muratet, du Centre des monuments nationaux 12 et Karine Franques, des Éditions du patrimoine 13. Cet échange a mis en évidence la nécessité de mutualiser les énergies, mais aussi de provoquer la mise en situation en allant au devant des usagers pour éviter de proposer des solutions inefficaces ou dépourvues d’intérêt.

Ces deux journées ont permis de confronter des expériences très différentes et d’en tirer de nombreux enseignements. Gageons qu’elles ne resteront pas sans suite puisque le wiki Alphabib est là pour permettre une mutualisation des savoirs et des expériences. Charge à ceux qui le peuvent de l’enrichir et à tous ceux qui ont besoin d’informations -d’aller le consulter.