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Pour une histoire de l'audiovisuel éducatif (1950-2007)

Cécile Kattnig

Le 14 novembre 2007, le Centre national de documentation pédagogique (CNDP) et la Bibliothèque nationale de France organisaient une journée d’étude sur les grandes périodes de l’audiovisuel éducatif depuis un demi-siècle. Voyage en quatre temps dans cette histoire à travers exposés de chercheurs, témoignages de praticiens et militants d’une « pédagogie par l’audiovisuel », histoire illustrée de nombreux extraits d’archives cinématographiques et télévisuelles.

Quelles archives audiovisuelles ?

Laurent Garreau, du service des archives audiovisuelles du Scérén-CNDP, a exposé l’historique des collections dont les prémices remontent à 1945 avec la création d’une section de la télévision française, section qui s’organise dès 1951 sous l’autorité du ministère de l’Éducation nationale. À compter de 1962, les services de radio et de télévision scolaires sont rassemblés en une structure unique, la RTS, dirigée par Henri Dieuzeide. Ce regroupement a permis la mise en place d’une politique audiovisuelle en matière de production, formation et diffusion. Les productions destinées à trois publics – les élèves, les enseignants et les adultes en formation – traitaient de toutes les disciplines. Elles étaient accompagnées de publications destinées aux enseignants dont Télédoc 1 est la dernière en date. Parallèlement à la production, le CNDP avait constitué une cinémathèque centrale de distribution des films d’enseignement qui fonctionna de 1960 à 1991. Cette cinémathèque -comprenait des films produits par le CNDP pour 30 % mais également des films de producteurs privés ayant reçu le visa « Film d’enseignement et d’éducation » qui étaient loués aux établissements scolaires. La politique de numérisation engagée depuis 2 ans en complément d’un traitement documentaire précis va permettre prochainement un accès à une sélection de 1 600 documents significatifs 2.

Alain Carou, du service Images animées de la BnF, a mis l’accent sur les corpus de documents issus du CNDP ou relevant de l’audiovisuel éducatif conservés au titre du dépôt légal ou acquis par convention. Ces documents traversent les collections audiovisuelles (images animées pour l’essentiel mais également cédéroms, multisupports, documents sonores). Il a précisé la volonté de la bibliothèque de compléter « rétrospectivement » les collections en rappelant la politique actuelle de préservation. Ainsi plus de 80 % des documents sur support analogique ont-ils été numérisés et une plate-forme intégrant des logiciels simulant le fonctionnement de micro-ordinateurs devenus obsolètes a-t-elle été réalisée.

Ce premier temps s’est clos sur l’exposé de Françoise Thibault, de la Fondation Maison des sciences de l’homme. Elle présenta le projet Thematice, engagé par un groupe de chercheurs de plusieurs institutions, dont l’objectif est d’aborder l’étude des TICE par l’image sur la radio et la télévision scolaires dans une perspective historique accompagnée d’une mise en ligne des travaux scientifiques enrichis de liens. Ainsi le premier témoignage filmé de la collection « Des machines et des hommes » porte sur Robert Lefranc, un des pionniers de la télévision scolaire. Il est dès à présent disponible sur Canal-U 3, la vidéothèque numérique de l’enseignement supérieur.

L’histoire de l’audiovisuel éducatif en trois époques

La journée s’est ensuite déroulée en trois sessions consacrées aux problématiques propres à chaque époque, en articulant des projections, des interventions de chercheurs et de témoins : « du cinéma éducateur à la télévision scolaire », session animée par Béatrice de Pastre, du Centre national de la cinématographie, « l’âge d’or de la télévision scolaire », animée par Jacques Wallet, de l’université de Rouen et « les mutations actuelles du paysage audiovisuel » par Geneviève Jacquinot-Delaunay, de l’université Paris-8.

Béatrice de Pastre fit un rappel historique des premières initiatives du cinéma éducateur développées sur un terreau associatif, de l’implication des enseignants, de leur souci pédagogique et de la lente prise en charge institutionnelle dans les années 1920. Son propos fut illustré de dates et d’exemples resituant les conditions de ces précurseurs. La télévision s’est inscrite dans cette succession de médias utilisés dans la classe, de la plaque de lanterne magique au cinéma.

Jacques Wallet a introduit cette deuxième période par une analyse historique et critique des grilles horaires de la RTS et de leur volumétrie de 1950 à 1980, au plus fort de sa diffusion. Les trois interventions, qui se sont succédé, portaient respectivement sur les programmes engagés dans cet « âge d’or » : Radio télévision promotion, Ateliers de pédagogie pour la formation des adultes et expérience de Marly-le-Roi, le collège audiovisuel. Ces témoignages très vivants nous rappelèrent que l’histoire de la télévision scolaire était traversée par l’histoire de la France et très liée aux positions des acteurs politiques et des acteurs « militants ».

La troisième période a déroulé les incidences des transformations du paysage audiovisuel français dans le domaine éducatif – éclatement de l’ORTF, suppression du monopole, création de la Cinquième… – en regard de l’évolution de la société. Les pratiques de coproduction avec France 5, le développement de lesite.tv 4 et celui de productions de documents d’accompagnement pédagogique ont clôturé cet historique.

Objet d’étude

L’audiovisuel éducatif, partie intégrante de l’histoire du cinéma et de la télévision, s’est alimenté de personnalités marquantes comme Éric Rohmer, Nestor Almendros, Jean Douchet, Jean Benoît-Lévy, Jean Painlevé, Georges Rouquier et d’autres.

Cette journée en a dévoilé de nombreux extraits. La suite reste à faire, celle des chercheurs qui exploiteront ces documents. Citons, en conclusion, Françoise Massit-Folléa, enseignante chercheuse de l’École nationale supérieure lettres et sciences humaines de Lyon, « Ces archives sont vivantes tout en étant un produit du passé […] De la lanterne magique aux campus numériques en passant par le centre audiovisuel de Saint-Cloud, on peut suivre un fil discontinu mais bien réel d’inventions et de promesses, d’efforts et d’échecs, d’ambitions et d’illusions. Il incombe aux producteurs et transmetteurs de connaissance d’en éclairer le sens 5 ».