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Les médiathèques françaises dans l’Europe des 27

Laurence Eme

« Nous, représentants d’États membres de l’Union européenne, convaincus que la culture est à l’origine de l’Europe dans laquelle nous vivons et qu’elle représente une dimension fondamentale de l’identité et de la citoyenneté européennes, nous engageons à faire de la culture une priorité de la construction européenne […]. Nous réaffirmons que la protection de la richesse de la diversité culturelle et linguistique constitue un objectif fondamental de notre action conjointe, comme le signale la devise de l’Union : “Unie dans la diversité ”. »

Déclaration en faveur d’une charte pour l’Europe de la Culture.

Rencontres pour l’Europe de la Culture, Paris, mai 2005.

C’est dans cet esprit que le réseau culturel français dans l’Europe des 27 mène des actions visant à promouvoir la langue et la culture française, autour des valeurs de rencontre et de partage.

Missions

Concrétisation de cette politique des établissements culturels français, les médiathèques sont des centres d’information sur la France contemporaine axés sur trois missions principales : l’information sur la France et la diffusion de la culture française ; l’accompagnement des activités culturelles et de l’apprentissage du français ; la coopération avec les bibliothèques locales.

Une mission spécifique

L’objectif prioritaire est l’information sur la France contemporaine dans tous les domaines, y compris sur les études en France, les cursus des différentes universités et écoles et les modalités d’admission. Cette vocation à informer doit être renforcée par des actions volontaristes en vue de promouvoir les auteurs, intellectuels et créateurs français.

Pour ce faire, les médiathèques-centres d’information sur la France constituent un lien permanent avec l’actualité intellectuelle et culturelle en France, à travers une offre de documents, d’informations, de services et d’espaces conviviaux et attrayants. Ces prestations sont similaires dans leurs pratiques à celles que l’on trouve dans les médiathèques françaises, mais ont pour caractère particulier de s’adresser à un public non francophone. Les fonds de documents traduits du français, ou sous-titrés, dans la langue du pays d’accueil seront donc développés. De même le bilinguisme est de rigueur dans les documents de communication et doit être pratiqué par les bibliothécaires.

Une mission transversale

Dans les établissements culturels, les médiathèques-centres d’information sur la France contemporaine sont au carrefour de toutes les activités et contribuent fortement au succès de la programmation culturelle et au développement de l’apprentissage de la langue française.

De par la nature de son offre, la médiathèque accompagne les manifestations culturelles de diverses façons, en donnant à lire, à entendre ou à voir les œuvres des auteurs invités, en sensibilisant sur un courant artistique, un mouvement littéraire, un genre musical dont ils en sont les représentants. Il s’agit également de favoriser le débat d’idées, au cœur de l’action du ministère des Affaires étrangères et européennes. La médiathèque effectue un travail de veille sur les principaux événements, publications, thèmes d’actualité en Europe et fait connaître les prises de position en France. Force de proposition et lieu de ressources pour l’organisation de colloques ou tables rondes, la médiathèque apporte aux partenaires et aux publics visés les informations nécessaires à leur préparation, et prolonge et complète, sur différents supports, les idées débattues.

En Europe, comme dans la plupart des pays développés, le système éducatif remplit pleinement son rôle dans l’apprentissage des langues étrangères. Les cours proposés par l’établissement culturel concernent prioritairement un français de spécialité. La médiathèque positionnera son offre en fonction de ce public, mais aussi en direction du milieu scolaire et universitaire, en tant que lieu de ressources culturelles adaptées aux apprenants. C’est ainsi que se mettent en place des « bibliothèques de l’apprenant ». Bâties en collaboration avec les équipes pédagogiques des établissements culturels, elles sont composées d’une sélection de documents culturels tous supports sur l’actualité française, présentés par niveau d’apprentissage de la langue. Cet environnement culturel en français, sur la France d’aujourd’hui, accessible quel que soit le niveau de langue, complète et enrichit l’apprentissage.

Une mission de coopération

Inscrites dans le paysage documentaire local, les médiathèques-centres d’information sur la France contemporaine participent aux portails communs, aux catalogues collectifs, aux organisations et associations professionnelles de leur pays d’accueil. Outre les objectifs traditionnels de l’insertion dans un réseau documentaire, les médiathèques peuvent ainsi être des relais entre de grands établissements français tels que la Bibliothèque nationale de France, la Bibliothèque publique d’information, ou des bibliothèques territoriales françaises et leurs homologues étrangers, pour faciliter des rencontres, identifier des partenaires, relayer des programmes de formation et d’accueil.

Elles peuvent également intervenir auprès des médiathèques locales – universitaires et autres – en tant que conseils pour la constitution ou l’enrichissement de fonds en langue française.

Un réseau, des réseaux

Le réseau culturel français est présent dans 92 pays à travers 445 établissements culturels, dont 107 dans l’Europe des 27.

À titre de comparaison, le Goethe Institut est présent dans 78 pays avec 142 établissements, dont 34 dans l’Union européenne (5 en France) ; il y a 67 Instituts Cervantès dans le monde, dont 32 dans l’Union européenne (4 en France).

Les 107 établissements culturels français de l’Europe des 27, étroitement associés aux Services de coopération et d’action culturelle des ambassades, sont de dimensions diverses et de statuts différents. 46 d’entre eux sont des services extérieurs des ambassades (Instituts français, centres culturels français, maisons de France) et 61 sont des alliances françaises, associations de droit local, bénéficiant d’une aide du ministère des Affaires étrangères et européennes.

Ce réseau important représente 24 % des établissements culturels français à l’étranger. On notera que 24 % des Goethe Institut et 48 % des Instituts Cervantès se trouvent en Union européenne.

Certains pays, comme l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie et le Royaume-Uni accueillent des réseaux relativement importants. D’autres, comme l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovaquie ou la Slovénie n’ont qu’un seul centre culturel abritant une médiathèque de 100 à 250 m2.

La moyenne des surfaces dédiées au public dans l’Union européenne est de l’ordre de 230 m2 (surface légèrement supérieure à la moyenne mondiale), ce qui peut sembler peu au regard des chiffres des bibliothèques en France. Il faut cependant considérer que d’une part ces médiathèquessont au sein d’établissements culturels disposant d’espaces d’exposition et d’auditorium non comptabilisés dans ce chiffre et que d’autre part, il s’agit de centres de ressources spécialisés sur l’actualité française. Il faut donc les comparer aux bibliothèques des centres culturels étrangers en France. Cinq médiathèques-centres d’information sur la France contemporaine dépassent les 600 m2, il s’agit de Londres, Vienne, Madrid, Bucarest et Prague.

Le personnel est recruté localement, à l’exception de huit professionnels français détachés de leur administration d’origine pour le ministère des Affaires étrangères et européennes. Ces agents sont en poste à Londres, Madrid, Athènes, Rome, Lisbonne, Berlin, Prague et Budapest. Ils ont en charge non seulement la médiathèque dans ces capitales, mais également la coordination du réseau local et une compétence régionale en tant qu’expert sur les pays avoisinants.

Des formations de plusieurs niveaux destinées aux agents des médiathèques-centres d’information sur la France sont régulièrement mises en place par le Ministère en France, ou par ces professionnels dans leur pays d’expatriation. L’objet est d’atteindre une qualité de prestation de haut niveau, et de répondre à des besoins spécifiques au contexte d’établissements français à l’étranger. Il est effectivement difficile de recruter des personnes alliant une parfaite maîtrise de la langue, une bonne connaissance de la culture française et un diplôme en bibliothéconomie.

La diversité

L’histoire politique, économique, des pays et de leurs relations avec la France et la francophonie a dessiné un paysage très diversifié du réseau culturel français dans l’Union européenne.

Ainsi l’Allemagne possède un réseau de 10 établissements culturels ayant une médiathèque de plus de 100 m2, l’Italie, 6 ; l’Espagne, la Roumanie, la Pologne et le Royaume-Uni, 4 ; la Grèce, l’Autriche, la République tchèque et la Bulgarie, 2 ; les autres pays, 1, à l’exception de Malte et de la Belgique qui n’en ont pas.

De même les superficies sont inégales, variant de 1 à 10 (Londres, 1 000 m2 ; Copenhague, 100 m2).

1 354, c’est le nombre moyen d’inscrits, ce qui correspond à la moyenne du réseau mondial. Les écarts sont là encore importants entre Tübingen qui a 200 inscrits, Nicosie, 354 inscrits et Sofia qui en compte 7 000 ou Bucarest 3 600 et Budapest 3 000.

L’analyse des catégories socioprofessionnelles de ces inscrits montre que le public étudiant est très présent en République tchèque (60 %), et en Roumanie (50 %), alors qu’en Allemagne (27 %) et aux Pays-Bas (23,5 %), il est beaucoup moins représenté. Sur le réseau mondial, cette catégorie représente une moyenne de 38,78 % des inscrits, 38 % en Union européenne.

C’est dans l’Union européenne que la catégorie professionnelle « adultes en activité » est la plus élevée avec 31 % des inscrits, alors qu’elle est de 25,67 % dans le monde. Elle est particulièrement présente en Finlande (56 %), en Lettonie (51 %), en Italie (50 %) et en Allemagne (40 %).

Les inscrits de nationalité française sont présents à hauteur de 17 %, la moyenne mondiale étant de 10,8 %. C’est en Allemagne, au Danemark, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni que ce public est le plus nombreux (jusqu’à 30 %), alors qu’en Roumanie, Pologne et Lettonie, il représente moins de 10 %.

Les enfants de moins de 12 ans représentent 4,5 % du public, 10 % dans le réseau mondial. C’est au Royaume-Uni (13 %), en Roumanie (7,5 %), en Espagne (6,25 %), et en Grèce (6,5 %), que le pourcentage est le plus élevé.

C’est en Europe du Nord que les chiffres des activités traditionnelles sont les plus bas ; ces médiathèques, étant donné la richesse et la qualité de l’environnement documentaire, sont centrées sur l’animation culturelle et drainent un public plus restreint d’intellectuels ou de binationaux.

L’Europe du Sud se caractérise en revanche par une activité importante, particulièrement en direction des scolaires et des enseignants.

L’Europe centrale montre une activité remarquable par le nombre de prêts, le plus élevé par rapport au nombre d’inscrits, c’est également dans cette zone que le public des étudiants est le plus élevé.

Les médiathèques des États baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), par leur nombre d’habitants et leur superficie, s’adressent également majoritairement aux étudiants et, comme en Europe du Nord, aux adultes en activité. On notera que le public féminin, majoritaire en Union européenne comme dans le reste du monde, l’est particulièrement dans cette zone.

En Europe de l’Ouest se trouvent la plus grande des médiathèques-centres d’information sur la France, celle de Londres, et trois établissements faisant partie de la moyenne inférieure. C’est dans cette région que le taux de fréquentation du public français et binational est le plus élevé, ainsi que celui des enfants.

Les médiathèques des pays qui ont rejoint l’Union européenne en 2004 ont, en moyenne, des fonds moins importants, mais un nombre d’inscrits et de prêts plus élevé.

Le public majoritaire est celui des scolaires, étudiants et enseignants, comme dans l’Europe des 15. En revanche, les adultes en activité y sont nettement moins présents.

En 2007, deux nouveaux pays sont entrés dans l’Union européenne : la Roumanie et la Bulgarie.

La Roumanie

Notre coopération culturelle et linguistique est particulièrement intense en Roumanie et s’appuie sur un réseau composé d’un Institut français à Bucarest, trois centres culturels (Cluj-Napoca, Iasi et Timisoara), et cinq alliances françaises (Brasov, Constantza, Craiova, Pitesti, Ploiesti).

À cela s’ajoutent des sections bilingues dans l’enseignement secondaire (59), des filières francophones (10), des modules d’enseignement francophone de 3e cycle (17) et dans le supérieur (70), le tout appuyé par un important programme de bourses d’études.

Le français est aujourd’hui étudié par plus de la moitié des élèves (alors qu’un tiers apprend l’anglais) et parlé par un Roumain sur cinq. La Roumanie étant membre à part entière de la Francophonie, elle a accueilli à Bucarest le XIe Sommet de la Francophonie les 28 et 29 septembre 2006.

L’Institut français de Bucarest, installé dans une maison prestigieuse, est l’élément le plus ancien (1923) et le cœur du réseau culturel français en Roumanie. Pendant les années noires de l’après-guerre, l’Institut entra dans un « sommeil intellectuel » qui le réduisit au rôle d’une « petite bibliothèque », dont les lecteurs téméraires furent souvent inquiétés par le régime en place. Ce n’est qu’en 1990 que l’Institut français de Bucarest rouvrit réellement ses portes.

Entièrement rénové depuis mars 2000, l’Institut français de Bucarest dispose d’une médiathèque-centre d’information sur la France qui possède quelque 35 000 documents tous supports sur 600 m2 et propose son catalogue en ligne et un blog sur ses activités et services, ainsi que des photos 1.

Créé en octobre 1990, le centre culturel français de Timisoara s’installe dans la plus belle demeure du prestigieux Boulevard Loga, le 17 février 1992, où il devient une référence majeure pour la vie culturelle de la ville. La médiathèque, d’environ 150 m2, compte près de 1 100 adhérents et contient à ce jour environ 15 000 documents tous supports.

Voilà déjà dix ans que la France a créé, à Iasi, une antenne culturelle et linguistique qui abrite une médiathèque de 150 m2, qui compte aujourd’hui 2 000 inscrits et 20 000 documents.

Le centre culturel de Cluj-Napoca est installé dans des bâtiments appartenant à l’université Babes-Bolyai, au centre de la ville : l’ancien palais Béldi. La médiathèque, avec 2 000 inscrits, propose près de 20 000 documents sur 300 m2. Les quatre alliances françaises de Brasov, Constanta, Pitesti et Ploiesti ont de modestes médiathèques avec une moyenne de 700 inscrits, 15 000 documents et des superficies variant de 45 à 120 m2.

La Bulgarie

La Bulgarie est membre à part entière de l’Organisation internationale de la francophonie et la présence culturelle française bénéficie d’une longue tradition remontant au Moyen Âge. Près de 10 000 élèves sont accueillis dans 41 lycées bilingues et il existe 6 filières universitaires francophones.

Aujourd’hui le dispositif de coopération culturelle repose sur l’Institut français de Sofia et le réseau des six alliances françaises de province (Bourgas, Pleven, Plovdiv, Stara-Zagora, Varna, Veliko-Tarnovo).

Seules les alliances françaises de Plovdiv et Varna et l’Institut français de Sofia proposent une médiathèque-centre d’information sur la France contemporaine.

La médiathèque de Sofia accueille dans un espace convivial mais restreint (150 m2), plus de 7 000 inscrits qui empruntent par an quelque 41 000 documents et une collection tous supports de 32 000 documents, consultable sur leur catalogue en ligne 2. On trouvera également sur le site de l’Institut le programme des manifestations proposées à la médiathèque, pour les enfants et les adultes.

La médiathèque de l’alliance française de Plovdiv propose, sur 100 m2, une collection tous supports de 18 000 documents à environ 500 inscrits et réalise plus de 6 000 prêts, celle de Varna offre environ 9 000 documents sur 60 m2.

2008

La Saison culturelle européenne qui se tiendra lors de la présidence française de l’Union européenne au second semestre 2008, sera l’occasion de mettre en valeur la vitalité du réseau culturel et le dynamisme des médiathèques. Cet événement mettra à l’honneur, à travers une série de projets, la créativité et le patrimoine européen dans tous les domaines.

Les médiathèques-centres d’information sur la France poursuivront le développement d’une offre toujours plus riche et diversifiée d’informations et de services en ligne, contribuant de façon significative au rayonnement de la culture et de la langue françaises, tout en développant une qualité d’accueil dans leurs espaces inspirée par la valeur d’échange et de partage des cultures.

Novembre 2007