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Les bibliothèques bulgares dans le nouveau millénaire

Margarita Nestorova

La Bulgarie est un petit pays des Balkans (111 000 km2) , mais, depuis des millénaires, elle est présente dans l’Histoire, pas seulement de l’Europe du Sud-Est, mais de tout le continent. Créée au viie siècle, soumise pendant deux siècles (xe-xiie) à l’occupation byzantine et sous le joug turc pendant cinq siècles, du xive au xixe, la Bulgarie moderne se construit à partir de 1878. Pendant les 125 dernières années, l’État est passé de la monarchie constitutionnelle à la république populaire socialiste. Depuis 1990, la Bulgarie est une république parlementaire et une démocratie à l’occidentale. Aujourd’hui, la population s’élève à 7,5 millions d’habitants, d’origines ethniques et de religions différentes. Le bulgare, langue slave, est la langue officielle. Plus de 85 % des citoyens sont chrétiens orthodoxes, 8 % musulmans, le reste se répartissant entre catholiques, protestants, juifs et autres. Après les Bulgares, les communautés ethniques les plus importantes sont les Turcs, les Tziganes et les Arméniens. Le peuple bulgare est connu pour sa tolérance ethnique et religieuse.

Les bibliothèques en Bulgarie : un peu d’histoire

La naissance au ixe siècle des premières bibliothèques, royales ou de monastiques, est liée à l’œuvre des saints frères Cyrille et Méthode, qui créent l’alphabet slave et traduisent les livres saints en slavon d’église pour les populariser auprès des peuples slaves. Les premières bibliothèques scientifiques et académiques voient le jour juste après la création de l’Académie bulgare des sciences en 1869 et de l’université de Sofia en 1888. Parmi les premières institutions culturelles créées par les Bulgares après la libération des Turcs, la Bibliothèque nationale Saints-Cyrille-et-Méthode est inaugurée le 10 décembre 1878.

La Bibliothèque nationale Saints-Cyrille-et-Méthode

Quelques dates

1878, en plein hiver. Aux pieds de la montagne Vitocha, Sofia, libérée depuis peu. Le vent glacial couvre de neige les petites maisons et les ruelles étroites. Triste tableau de cinq cents ans d’esclavage ! Comme si l’Empire ottoman avait gommé de l’Histoire la culture bulgare pourtant millénaire.

Le 28 novembre, le gouverneur de Sofia, Petar Alabin, Marin Drinov et une vingtaine de citoyens, après des débats passionnés, signent le Protocole instaurant une Bibliothèque publique à Sofia. Six mois plus tard, elle est transformée en institution publique, en devenant la Bibliothèque nationale de Bulgarie. À partir de 1963, elle porte les noms des saints frères Cyrille et Méthode, créateurs de l’alphabet slave, le cyrillique.

Février 1897. L’écrivain bulgare Konstantin Vélitchkov, ministre de l’Éducation nationale, propose un projet de loi imposant le dépôt d’exemplaires de chaque édition imprimée en Bulgarie. La Bibliothèque nationale devient bibliothèque dépositaire de ce qui va constituer les archives de l’écrit bulgare. Au fil des ans, elle enrichit ses collections avec les bibliothèques privées de personnalités illustres.

Février 1944. Sofia est sous les bombes américaines bien que la Bulgarie n’ait pas envoyé un seul soldat au front. Une bombe détruit la bibliothèque. Tous les catalogues et une partie du fonds brûlent dans l’incendie qui suit.

Pourtant, la Bibliothèque nationale a survécu. Le roi Boris ayant fait don d’un terrain au centre ville, un projet de nouveau bâtiment est dessiné par les architectes Vassilyov et Tzolov. Destinée à abriter 1 000 000 de documents et à héberger 100 employés, la construction est achevée en 1956.

Au fil du temps et aujourd’hui

C’est la plus grande bibliothèque du pays, avec plus de 8 000 000 de documents : livres, périodiques, manuscrits, livres anciens, documents graphiques, cartes et plans…

La bibliothèque collecte, catalogue, conserve et met à la disposition des citoyens bulgares et étrangers les documents imprimés et audiovisuels édités en Bulgarie.

Institué depuis 100 ans, le dépôt légal a permis à la Bibliothèque nationale de constituer les archives de l’écrit bulgare. Une nouvelle loi, votée en 2000, inclut les documents électroniques.

Les agences nationales ISBN et ISSN sont installées à la bibliothèque. Elle édite et actualise les catalogues, traditionnels et électroniques  *.

La précieuse collection des manuscrits slaves est constituée de 1 500 documents, des gramoti et des fragments du ix au xixe siècle et 150 manuscrits grecs du xe au xixe siècle. Le plus ancien des manuscrits bulgares est L’apôtre d’Enine, un livre religieux qui date du xie siècle. D’autres titres, comme Le recueil du pope Pountcho avec son autoportrait, Le triod d’Argire (XIe), le dernier manuscrit bulgare, L’histoire slavobulgare et sa première copie de Sophroniï (1765), font partie de ce fonds de manuscrits.

La collection d’imprimés anciens compte 1 670 titres bulgares et 25 000 exemplaires, dont 6 700 imprimés étrangers.

Le fonds des Archives historiques bulgares est constitué de 1 400 000 documents et 80 000 photos.

Le fonds du service oriental conserve 350 000 documents, plus de 1 000 000 de pages en turc ottoman et en arabe. Ce sont les archives de l’Empire ottoman après le xvie siècle. 3 748 manuscrits en arabe, en perse et en turc ottoman y figurent. Parmi les plus précieux : la copie du manuscrit d’Al-Jami Al-Sahih du xie siècle et les écrits des voyages d’Al Idrissi de 1556, la dernière copie, mais l’une des quatre au monde contenant toutes les cartes.Et encore : 2 000 volumes de 1729 à la fin du xixe siècle, parmi lesquels La loi de la médecine d’Avicenne et les premières éditions de Ibrahim Muteferika, devenu rare déjà au xviiie siècle.

Le fonds musique est unique, permettant de connaître les premières éditions de musique en Bulgarie.

Plus de 9 850 atlas, des cartes, des cartes anciennes, des reproductions des cartographes Peter Apian, Abraham Ortélius, la Cosmographie de Munster de 1550, constituent une petite partie des richesses de la collection cartographique.

Un service spécial, doté d’une salle de lecture, gère les éditions officielles des organisations internationales, et, à partir de janvier 2007, il a le statut de Centre de documentation du réseau Europe Direct.

La bibliothèque est à la recherche de nouvelles approches pour l’enrichissement des collections. Des projets sont en cours visant les possibilités d’acquisition de multimédia. Une attention particulière est portée à l’acquisition des livres d’auteurs bulgares traduits et édités à l’étranger.

La bibliothèque accueille dans ses 10 salles de lecture plus de 15 000 lecteurs, et 100 000 visiteurs par an. Des postes de travail informatiques assurent l’accès des lecteurs aux ressources électroniques.

La Bibliothèque nationale a le statut d’institut scientifique. Divers travaux de recherches sont effectués, en bibliographie, bibliothéconomie, archivistique, restauration et conservation. Les résultats de ces recherches sont publiés dans sa revue spécialisée Bibliothèque et dans des ouvrages scientifiques.

La Bibliothèque nationale est également un acteur actif dans la vie culturelle du pays. Tous les ans, elle organise des expositions. Quelques exemples : dans le cadre du projet « Les techniques en héritage culturel », avec le soutien de la Commission européenne, le programme « Culture 2000 », l’exposition Léonard de Vinci.

Les relations internationales

La Bibliothèque nationale est membre de l’Ifla, de la BIEF (Banque internationale d’information sur les États francophones ), d’Unal (Réseau Unesco de bibliothèques associées), des centres ISBN et ISSN.

En 2007, Boryana Hristova, professeur, docteur en philosophie, directrice de la Bibliothèque nationale, a présenté à Paris, au Centre culturel bulgare, le « Saint Graal », produit multimédia avec des manuscrits slaves du xe au xviiie siècle, illustrant la tradition manuscrite cyrillique.

Les grands projets

Deux grands projets sont à l’ordre du jour.

* Le projet « Bibliothèque virtuelle », en partenariat avec sept bibliothèques bulgares, a pour objectif la création d’un système national des bibliothèques et de la documentation pour le partage d’informations bibliographiques dans le cadre du système informatique Cobiss.Net.

* Le projet « Centre numérique » vise la numérisation des documents importants et des collections uniques. Les documents numériques seront en accès gratuit et disponibles sur le site de la Bibliothèque numérique européenne (le programme eContentPlus de la Commission européenne). Partie intégrante du projet, un projet national, Dapis (archives et documents numériques), financé par le ministère de l’Éducation, a débuté en 2007 et prendra fin en 2009. 11 000 documents sont déjà numérisés : des manuscrits, des livres rares et anciens, plus de 3 000 photos, des journaux. Le pilote, qui compte plus de 150 documents, est disponible sur le réseau depuis le 1er novembre 2007.

  1.  (retour)↑  www.nationallibrary.bg

Les bibliothèques publiques et scolaires apparaissent au milieu du xixe siècle. La tradition des bibliothèques publiques bulgares est unique : elles naissent au sein des « tchitalichta » (en bulgare « tchitalichte » est un néologisme dérivé du verbe « tchéta », lire). Les « tchitalichta » sont créées à l’initiative privée d’intellectuels patriotes, soucieux du développement de l’éducation et de la culture, de la sauvegarde de l’identité culturelle et de la langue maternelle des Bulgares. À côté des bibliothèques, ils développent des activités culturelles et éducatives, des clubs, des ateliers et des cours de langues, de danses folkloriques, de théâtre, etc. Les « tchitalichta » sont remarquables par leurs traditions démocratiques et leurs bibliothèques fonctionnent comme des bibliothèques publiques accessibles à tous. Ces bibliothèques sont aujourd’hui encore très importantes dans les communes.

Un système bibliothécaire unique, fondé sur les principes territorial et thématique, avait été mis en place pendant le totalitarisme. Le système était hiérarchisé, directement dirigé par l’État, c’était un instrument de propagande de l’idéologie communiste. En 1989, on comptait 10 000 bibliothèques publiques, scolaires, universitaires, spécialisées et même syndicales. L’État consacrait des moyens publics considérables pour les bâtiments, le matériel, les acquisitions, la formation et la qualification des bibliothécaires, la gestion méthodique, les bibliothèques étant considérées comme des institutions idéologiques importantes, élément de base dans la réalisation des politiques éducatives, culturelles et scientifiques.

À partir de 1990, date qui marque la transition vers l’économie de marché et la démocratisation de la société, les bibliothèques entrent dans une période difficile, marquée par leur « désidéologisation » et la décomposition du système bibliothécaire unifié. La crise économique et financière vécue par le pays a touché de plein fouet les bibliothèques : plus de 3 000 ont été fermées, en grande partie des bibliothèques syndicales et spécialisées, jugées inefficaces.

Pour beaucoup de bibliothèques scolaires et pour les « tchitalichta », ce fut une période de simple survie. La suppression massive des emplois publics toucha sérieusement les personnels des bibliothèques. La Bibliothèque nationale a vu son personnel réduit de 40 % par rapport à 1989, ce qui a conduit à la réduction de certaines de ses fonctions. Les relations entre les bibliothèques qui reposaient sur le principe territorial et thématique du système communiste ont cessé d’exister. Les budgets de fonctionnement et d’acquisition ont subi des diminutions drastiques. Les fonds vieillissants ne correspondent plus aux besoins des lecteurs, des jeunes en particulier. En outre, la crise financière a retardé l’implantation des nouvelles technologies.

Harmonisation européenne et normalisation

La législation bulgare est en cours d’harmonisation avec la réglementation européenne, mais le fonctionnement des bibliothèques n’est pas encore modernisé. Cependant, sur une initiative législative de l’Association des professionnels de l’information et des bibliothèques *, une nouvelle loi sur le dépôt légal a été adoptée. En 1999 a été promulguée la « loi de protection de la Culture », concernant le statut des instituts culturels publics, dont les bibliothèques font partie.

Ces dernières années, la politique et le soutien de l’État se sont traduits par des actions diverses :

  • la publication de documents et textes normatifs pour le statut des bibliothèques régionales en 2000 et 2006. Elles sont définies comme des points cruciaux du développement du réseau territorial, avec des fonctions de référence et de coordination, des missions de développement de projets de réseaux informatisés, de développement de fonds patrimoniaux et de bases de données de l’histoire du patrimoine et de l’édition, de formation continue des personnels ;
  • un financement complémentaire du ministère de la Culture pour leur permettre de remplir ces fonctions ;
  • l’élaboration de critères de certification des bibliothèques universitaires ;
  • l’élaboration de normes de financement des bibliothèques publiques, et la standardisation des procédures de financement par des budgets délégués ;
  • des financements ciblés d’aide aux acquisitions et au développement des collections par des concours du ministère de la Culture.

Défis contemporains

D’après les statistiques, en 2005, en Bulgarie, le nombre des bibliothèques avec des fonds de plus de 2 000 documents s’élève à 4 552, dont 27 bibliothèques régionales, 2 695 communales et « tchitalichta », 1 465 scolaires, 184 spécialisées et 81 universitaires. Malgré la crise économique, elles sont restées vivantes, grâce à la détermination des bibliothécaires. L’Association des professionnels de l’information et des bibliothèques, créée en 1990, à l’aube des changements, joue un rôle important dans ce dynamisme.

Les bibliothèques et la société de l’information

L’informatisation des bibliothèques en Bulgarie a commencé vers la fin des années 1980. En 1993, un projet, initié par l’Association des professionnels de l’information et des bibliothèques et intitulé « Réseau national bibliothécaire informatisé », est lancé. Très rapidement, les grandes bibliothèques scientifiques et les bibliothèques publiques régionales ont été les bénéficiaires de l’informatisation. Les bibliothèques universitaires ont pu intégrer les nouvelles technologies de l’information, car leurs projets ont été financés par de nombreux programmes internationaux. La Bibliothèque nationale a fini la rétroconversion du répertoire des livres bulgares de 1878 à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les notices bibliographiques sont mises à la disposition de toutes les bibliothèques, ce qui a facilité la rétroconversion sur le plan national.

D’après les données d’une enquête nationale, la Bibliothèque nationale, 90 % des bibliothèques régionales, 68 % des bibliothèques universitaires, 57 % des bibliothèques scientifiques et 27 % des bibliothèques spécialisées du pays ont des catalogues informatisés.

Ces dernières années, la priorité a été donnée à l’accessibilité des fonds les plus importants sur internet. La Bibliothèque nationale édite le Catalogue de l’édition nationale et le Catalogue des périodiques étrangers d’une vingtaine de bibliothèques scientifiques. Plusieurs projets ont comme objectifs l’informatisation des catalogues, comme à la Bibliothèque numérique de Plovdiv, deuxième ville de Bulgarie. Ce projet a pour objectif l’édition d’un catalogue informatisé commun à trois bibliothèques universitaires.

L’accessibilité aux bases de données référentielles et textuelles constitue l’occupation principale des bibliothécaires. Les premiers projets nationaux, en format cédérom, ont commencé en 1995. Le Consortium informationnel bulgare, regroupant quarante bibliothèques, a été créé en 2002. Il représente la Bulgarie dans le projet eIFL (ressources électroniques pour les bibliothèques) et assure l’accès aux bases de données Ebsco Publishing, Oxford Reference On-line, Emerald Fulltext, InfoTrac Custom Journals, etc. Le Consortium gère les abonnements aux périodiques étrangers et l’accès partagé aux ressources.

Les bibliothèques académiques, régionales et scientifiques utilisent beaucoup le système de fourniture de documents électroniques aux lecteurs, le prêt électronique, les commandes en ligne de références bibliographiques. Des services en ligne sont proposés aussi par les bibliothèques publiques.

Une étude réalisée par l’Association des professionnels de l’information et des bibliothèques, intitulée Les bibliothèques bulgares sont-elles prêtes pour leur transformation en centres du savoir et de la société de l’information ? a suscité l’intérêt des experts et a accéléré la création du réseau national de l’information et des bibliothèques. Des mesures d’urgence pour la modernisation ont été prises.

Les bibliothèques, centres de diffusion de l’information de l’Union européenne

Les bibliothèques, réputées les institutions culturelles les plus démocratiques, accessibles à tous, développent des actions d’information sur l’Union européenne, destinées aux citoyens bulgares. Pour assumer les fonctions de centres d’information européenne, elles se sont préparées dès la phase de pré-adhésion. Une formation des bibliothécaires a été organisée par l’Association des professionnels des bibliothèques publiques, sous forme de six séminaires régionaux avec plus de 150 spécialistes. Des informations européennes en bulgare ont été mises à disposition du public dans 300 bibliothèques. Beaucoup de bibliothèques ont créé des centres d’information européenne pour leurs lecteurs.

L’amour de la lecture et des livres

Les nouvelles technologies ne suppriment pas la fonction traditionnelle des bibliothèques liée à l’écrit. En 2006, un mémorandum pour une politique nationale de la lecture a été signé. Il vise le développement de toute la chaîne du livre, de l’édition à la distribution, en passant par le commerce de librairie et les bibliothèques, dans les conditions de l’adhésion à l’Union européenne. Un programme national a été adopté : « La Bulgarie lisant ».

En novembre 2005, la conférence « La lecture, un investissement pour l’avenir : encouragement de la lecture en Allemagne et en Bulgarie » a été suivie par de nombreux bibliothécaires jeunesse. Des travaux pratiques avec des experts étrangers ont été menés.

Dans les bibliothèques publiques, une attention particulière est portée à la lecture des jeunes. Beaucoup de projets sont développés ; citons, à titre d’exemple, à la bibliothèque régionale de la ville de Pazardjik, « Sauvegarder l’amour de la lecture des enfants », programme consacré à l’animation des secteurs jeunesse : mise en scène d’œuvres littéraires, rencontres d’auteurs, discussions autour des livres. Ce projet réunit les efforts volontaires de créateurs et d’artistes pour transformer le secteur jeunesse en un endroit attractif pour les enfants, en passant par le réaménagement des locaux.

Les bibliothécaires jeunesse recherchent les formes les mieux adaptées pour attirer l’attention des enfants, par exemple des pages web attractives pour présenter les nouveautés, des calendriers culturels, l’organisation de différents concours.

Beaucoup de bibliothèques jeunesse ont des programmes spéciaux pour les vacances d’été, tel « L’atelier des idées » de la bibliothèque régionale de Roussé. Il s’agit d’un programme de lecture, de concours de dessins sur l’asphalte, de soins aux « livres blessés ». De tels programmes existent dans d’autres villes : à Stara Zagora et à Varna, c’est le « Marathon de la lecture », pendant lequel les plus grands apprennent aux petits et le maire et des personnalités de la ville lisent aux enfants. L’événement le plus attractif pour les jeunes est assurément la « Nuit dans la bibliothèque », proposant des expériences intéressantes et secrètes.

Depuis deux ans, le Marathon national de la lecture a lieu le 23 avril, journée mondiale du livre. Cet événement, sous le patronage de Zorka Parvanova, épouse du président de la Bulgarie, rassemble les différents partenaires professionnels du livre, éditeurs, libraires, bibliothécaires. On lit partout. Tous les citoyens sont invités. La journée commence avec une lecture par le maire ou une autre personnalité ; viennent ensuite des lectures dans les bibliothèques, les écoles, les galeries, les hôpitaux, les prisons.

La bibliothèque régionale de Sliven est l’initiatrice du Salon international du livre jeunesse, manifestation biennale depuis 1999. Pendant le salon, différents événements sont organisés : bazars du livre, présentations d’auteurs et d’éditions, tables rondes des problèmes du livre jeunesse, concours, expositions, carnavals.

Les bibliothèques, gardiennes du patrimoine écrit

Les bibliothèques bulgares ont acquis des traditions dans la préservation du patrimoine, la restauration et la conservation. En 1997, l’Association des bibliothécaires a proposé un projet pour un programme national de sauvegarde des fonds des bibliothèques. Aujourd’hui, les efforts des grandes bibliothèques scientifiques sont concentrés sur la numérisation des exemplaires du patrimoine écrit afin de les rendre accessibles au plus large public.

La Bibliothèque nationale s’est équipée d’un centre de numérisation afin de rétroconvertir sa collection de manuscrits, d’archives et d’imprimés anciens, la plus riche des Balkans. D’autres projets sont en cours, à la bibliothèque de l’Académie bulgare des sciences et dans les bibliothèques régionales. Expérience unique, la bibliothèque régionale de Varna édite des cartes numériques de la vieille ville. Un projet de loi sur le patrimoine est en cours, les bibliothèques y auront certainement un rôle à jouer.

« Globalisation, numérisation, accès et sauvegarde du patrimoine », tel était le thème de la conférence internationale qui a eu lieu à Sofia, en novembre 2006. 150 participants de 30 pays se sont réunis, plus de 120 rapports ont été présentés, des discussions, des bonnes pratiques, des nouveautés, ont nourri les débats pendant trois jours.

La Bibliothèque centrale scientifique et technique

La Bibliothèque centrale scientifique et technique, créée en 1962 avec le statut de Bibliothèque nationale des sciences et des techniques, fait partie de l’Institut national d’information et de documentation. Au fil des ans, un fonds riche a été constitué, avec des collections uniques dans les domaines des sciences de la vie, des techniques, de l’économie, des références et de la littérature scientifique spécialisée. Le fonds compte aujourd’hui plus de 4 millions de documents, papier et électroniques. La bibliothèque conserve le fonds national des thèses et travaux de recherche, des publications scientifiques ; elle est dépositaire des manuscrits scientifiques non publiés.

Le catalogue en ligne intègre les documents de la collection à partir de 1984. La numérisation en cours permettra l’accès à l’ensemble du fonds.

La bibliothèque offre l’accès en ligne aux centres d’information du monde entier, dans tous les domaines du savoir, elle a deux salles de lecture et une salle informatique avec des bornes d’accès internet et des photocopieuses.

À côté des services traditionnels sont offerts des services électroniques, avec la fourniture de documents numériques.

L’architecture du bâtiment a été adaptée pour permettre l’accès des handicapés et une borne de travail est spécialement équipée pour l’accès des déficients visuels à internet. La bibliothèque essaie de répondre aux défis du monde contemporain. Elle a un rôle important à jouer pour le développement de la société du savoir en Bulgarie.

    Les bibliothèques et le droit d’accès à l’information pour tous

    Ces dernières années, beaucoup de bibliothèques universitaires et publiques ont développé des projets d’accessibilité pour les handicapés, et de services pour tous. Ces projets sont menés en partenariat avec des organisations non gouvernementales. Les bibliothèques régionales de Montana, Varna et Pazardjik ont ainsi un projet de livres parlants, et travaillent sur un système de fourniture de livres à domicile, sur des accès aménagés pour les handicapés et sur des bornes électroniques. Le projet « L’accès des handicapés à l’information électronique », prévoyant la création d’un portail internet, en versions graphique et textuelle, pour les malvoyants, a réuni les efforts de 31 bibliothèques. Le portail a gagné le prix national de la Société bulgare d’information. Dans le cadre du projet, six bornes électroniques ont été installées dans plusieurs bibliothèques, avec un logiciel facilitant l’accès des malvoyants à internet.

    Les bibliothèques, centres publics d’information

    C’est une nouvelle idée pour les bibliothèques bulgares et, pour la populariser, un projet d’échange entre 18 bibliothèques bulgares et 18 bibliothèques des États-Unis s’est mis en place. Il a débuté en 2003 et pris fin en 2007. Dans le cadre du projet, un site web d’information publique a été ouvert, proposant des liens thématiques. Des centres pilotes ont été créés dans sept bibliothèques publiques. Des séminaires régionaux de formation des bibliothécaires ont été organisés.

    Les objectifs du projet visaient à aider les bibliothèques publiques à développer des services en ligne pour l’administration et les citoyens, à sensibiliser le gouvernement et l’opinion publique au rôle des bibliothèques dans la société démocratique et à développer un réseau de partenaires.

    La semaine nationale des bibliothèques

    Ces dernières années, les bibliothécaires ont pris conscience de la nécessité d’attirer l’attention des pouvoirs législatifs et exécutifs, de sensibiliser l’opinion publique au rôle des bibliothèques dans la société de l’information, pour le développement de la formation tout au long de la vie, pour la société du savoir et la réalisation du projet de gouvernement électronique. L’Association des bibliothécaires organise chaque année une campagne de lobbying, la « Semaine nationale des bibliothèques ». La date choisie est le 24 mai, journée de la culture bulgare. En 2006, la journée était intitulée « La bibliothèque, un investissement dans l’avenir » et placée sous le patronage du président de l’Assemblée nationale, Guéorgui Pirinski. Une exposition, « La bibliothèque bulgare moderne », a été inaugurée le 15 mai à l’Assemblée nationale, suivie de discussions sur le manque de stratégie nationale de développement des bibliothèques, la faiblesse de la législation, le retard technologique des standards de la société d’information… Des personnalités politiques participaient à ces rencontres. Dans plusieurs villes ont été organisées des rencontres de spécialistes, de députés, et de représentants de l’administration. Beaucoup de bibliothèques ont pu bénéficier des résultats concrets de l’opération. Pendant les journées portes ouvertes, 4 800 lecteurs se sont inscrits, et beaucoup ont eu droit à un accès internet gratuit.

    Le résultat le plus important de cette sensibilisation est le lancement du projet « Régulation juridique des bibliothèques bulgares », en partenariat avec le ministère de la Culture, l’Association des professionnels de l’information et des bibliothèques et la participation d’experts britanniques. Les spécialistes espèrent que ce projet permettra l’adoption de lois modernes garantissant le développement des bibliothèques.

    Beaucoup d’autres activités importantes sont menées en parallèle, des programmes d’initiation informatique, d’animation culturelle, de création de produits multimédias, ou d’édition.

    Même si cela se fait plus lentement et plus difficilement que nous pourrions le souhaiter, les bibliothèques bulgares se modernisent et tentent de se mettre à la hauteur, de s’inscrire dans les tendances et les perspectives contemporaines, elles participent aux projets européens et aux initiatives internationales, comme @votrebibliothèque.

    L’avenir des bibliothèques bulgares dépend de la motivation des spécialistes de concrétiser le changement, pour affronter les défis du futur.

    Décembre 2007

    L’Association des professionnels de l’information et des bibliothèques

    Créée en mars 1990, juste après la chute du régime communiste, cette association est la réalisation des rêves des professionnels, impossible dans la Bulgarie socialiste. Aujourd’hui, elle compte plus de 1 200 membres individuels et 200 membres collectifs. En Bulgarie, les organisations non gouvernementales ont un grand rôle à jouer.

    Au sein de l’association, plusieurs sections ont été créées : bibliothèques scolaires, sociologie, bibliologie, spécialistes des programmes des États-Unis, antennes régionales. Un centre de formation continue a été créé en 2001 en partenariat avec l’université de Sofia. Des cours de courte durée sont organisés sur les thèmes des nouvelles technologies de l’information, de la gestion des bibliothèques, ou d’internet.

    Depuis 2006, les professionnels organisent des campagnes nationales de sensibilisation à la lecture et aux problèmes des bibliothèques, le « Marathon de la lecture » et la « Semaine nationale des bibliothèques ». Des conférences nationales, « Les bibliothèques et la globalisation », sont aussi organisées tous les deux ans.

    L’Association édite un bulletin d’information en formats papier et électronique, des rapports des conférences et des éditions pratiques pour les bibliothécaires.

    En 2002, la conférence nationale de l’association a voté en faveur d’un Code de déontologie du bibliothécaire, se rangeant parmi les premiers groupements professionnels en Bulgarie dotés d’un code éthique. Depuis 2006, les bibliothécaires bulgares ont leur jour de fête, le 11 mai, la fête des frères Cyrille et Méthode, patrons de la Bibliothèque nationale.

    Membre de l’Ifla, l’Association entretient des contacts professionnels avec d’autres associations de bibliothécaires. La présidente, Vanya Grachkina, a participé à la conférence internationale pour les 100 ans de l’Association des bibliothécaires de France, à Paris en 2006.

    L’Association est partenaire de plusieurs projets européens : Pulman (Bibliothèques publiques gérant des réseaux avancés), Calimera (Culture et technologies de l’information et de la communication), Certidoc (système européen de certification des professionnels de l’information-documentation) et @votrebibliothèque, projet commun de l’Ifla et de l’Ala, l’association américaine des bibliothécaires.

    Remerciements à la présidente de l’association, Vanya Grachkina, directrice de l’Institut national d’information et de documentation.