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Le bibliothécaire est-il un médiateur ?

Olivier Chourrot

« La médiation n’est pas une tâche mais une mission,

un tout, une conception transcendantale, un postulat de départ et d’arrivée 1. »

« Les médiateurs sont partout mais personne ne sait à quoi

ils servent 2. »

Depuis qu’il n’est plus absolument indispensable de recourir à son truchement pour accéder aux documents, le bibliothécaire aime à se présenter comme un « médiateur ». La tendance s’est fortement accélérée depuis une dizaine d’années. Indice parmi d’autres, le terme apparaît 134 fois dans les articles du Bulletin des bibliothèques de France entre 1996 et 2006, sous des formes diverses, parfois fleuries, toujours soucieuses d’ancrer le métier dans une légitimité culturelle ou sociale.

Ici, on défend la nécessité « d’un médiateur pour que les enfants s’approprient l’outil », en l’occurrence un document électronique ; là, le bibliothécaire est qualifié de « médiateur entre des lecteurs et des œuvres », même si certains préfèrent écrire « passeur » ; les associations professionnelles multiplient colloques et journées d’étude sur ce thème et le ministère de l’Éducation nationale leur emboîte le pas, en créant un profil de « médiateur documentaire » dans le référentiel métier Bibliofil’.

Mais si la médiation est partout, elle demeure largement impensée. Ses buts, ses méthodes, son objet même varient selon qui parle, et les bibliothécaires peineraient sans doute à se reconnaître dans une théorie unique de la médiation. Notion fédératrice parce que vague, la médiation n’est devenue objet de discours bibliothéconomiques que pour avoir acquis, depuis une vingtaine d’années, un statut de remède universel aux maux de la société postmoderne. Véritable pandémie, la médiation s’est répandue dans tous les champs professionnels, publics et privés : « Il y eut un moment, écrit Jean-François Six, où le terme de “médiateur” s’est imposé, de façon fulgurante, comme le rock ou le jean 3. »

Ce phénomène n’est pas exempt d’ambiguïtés. Inscrites dans une société individualiste dans laquelle l’autorité n’est plus naturelle, toutes les formes de médiation régulent – ou tentent de réguler – des rapports humains horizontaux autrefois soumis à la loi et aux convenances. À la culture de l’obéissance, elle tente de substituer une logique du compromis et, à ce titre, tente de donner à l’intervention humaine une légitimité a-hiérarchique.

La médiation, ou les ambiguïtés d’un universel remède

Selon le Trésor de la langue française, le terme de médiation a deux sens proches, l’un très général, l’autre codifié. Il peut désigner n’importe quel être ou objet placé en situation d’intermédiaire, ou se définir comme une entremise destinée à concilier ou à faire parvenir à un accord, à un accommodement des personnes ou des parties ayant des différends. La première de ces acceptions est tellement large qu’elle peut, à la limite, s’appliquer à toute situation : aucune interaction ne se peut concevoir sans médiateurs, fussent-ils symboliques. Au contraire, la seconde a un sens très précis, encadré par les lois ou la coutume. Que ce soit en droit international, des affaires ou de la propriété intellectuelle, le recours à la médiation comporte des traits communs : l’existence d’un différend entre deux parties, qui décident de recourir à un tiers afin de le trancher pacifiquement, avant toute démarche juridictionnelle.

Appelé médiateur, ce tiers doit être neutre quant à la solution, impartial dans ses intérêts, indépendant dans ses relations et capable de garantir la confidentialité du processus (et non de la procédure, publique par nature). Du point de vue conceptuel, ces deux significations de la médiation ont peu de choses en commun, sinon l’existence d’une entremise. Et pourtant, l’émergence de la médiation comme paradigme professionnel emprunte de manière ambiguë aux deux définitions.

Par exemple, la création de postes de « médiateurs du livre » dans le cadre du dispositif « emploi-jeunes » est emblématique de cette hésitation entre mission culturelle et médiation sociale. Derrière le légitime souci d’amener de nouveaux publics à la bibliothèque (SDF, gens du voyage, jeunes défavorisés…), le déploiement des emplois-jeunes eut aussi pour fonction de « socialiser » des visiteurs peu au fait des normes du lieu : « S’agit-il pour eux de faire médiation entre les livres et les publics ou entre les bibliothèques et les quartiers 4? » s’interroge Nassira Hedjerassi, citant une bibliothèque dans laquelle les rapports entre le personnel titulaire et certains groupes de jeunes sont tellement tendus que la médiatrice se présente, à tort ou à raison, comme l’arbitre des relations inter-personnelles.

Quand les codes de comportement du public s’éloignent des normes d’usage du lieu, l’objet de la médiation se déplace du livre vers la production de règles communes, et au besoin vers la sanction. Bibliothécaire, emploi-jeune, agent de sécurité… à sa manière, chaque acteur de la bibliothèque peut se dire médiateur, alternativement dans les deux sens du mot. À l’inverse, certains médiateurs effectivement recrutés à des fins de contrôle social, comme les 145 « blousons rouges » de Roubaix, ont tellement peiné à voir leur mission de maintien de la tranquillité reconnue par la population, notamment en raison de leur connivence excessive avec certaines de ses fractions, que la Ville a laissé s’éteindre le dispositif pour lui préférer la mise en place d’une police de proximité.

Ces deux exemples révèlent toutes les ambiguïtés de la médiation. Face à l’incapacité de la caractériser par un corpus théorique et un ensemble de pratiques formalisées, c’est la somme des expériences de chacun qui fait loi et l’on assiste, depuis dix ans, à une véritable évanescence du concept dont Jean-François Six souligne les effets paradoxaux : « Au lieu d’être une référence symbolique pour tous, le tiers est devenu une foule inconsistante d’individus, les médiateurs 5. » Les bibliothécaires, qui ont attrapé le virus de la médiation aussi vite que d’autres catégories de professionnels, n’échappent pas à ce constat.

La médiation introuvable

Loin d’aider à théoriser la médiation bibliothéconomique, l’analyse des discours professionnels montre qu’elle constitue un ensemble hétérogène, traversé d’un certain nombre de conceptions.

La conception hédoniste

Pour beaucoup de professionnels, la médiation a pour finalité de susciter le plaisir de lire, sans que l’on sache vraiment si ledit plaisir est un bien à rechercher pour lui-même ou le moyen d’accéder à un bien supérieur.

La lecture publique, qui a construit sa légitimité en opposition à l’école obligatoire, tient le plaisir pour l’un de ses principes fondateurs. Ainsi Jean-Claude Utard écrit-il que « la notion de plaisir est à conserver, surtout à un moment où la plupart des institutions, éducation en tête, la réhabilitent. Les bibliothèques publiques doivent maintenir l’idée qu’elles ont partie liée avec le plaisir, plaisir de lire, d’écouter, de voir, de découvrir et que le bibliothécaire peut justement être, par ses choix et sa capacité à les soutenir, un passeur 6 ».

Cette représentation hédoniste de la mission des bibliothèques, largement répandue dans la littérature professionnelle, articule plaisir et médiation. Mais quoique s’étendant à d’autres instances éducatives, elle mérite d’être interrogée : une bibliothèque fondée sur le plaisir peut-elle être une bibliothèque pour tous ? La contradiction entre plaisir et démocratisation de la lecture peut être forte. Quand le rapport Ringard nous apprend qu’un jeune sur cent en moyenne est atteint de troubles sévères du langage oral et écrit, et que le simple apprentissage de la lecture lui demandera un effort considérable même avec une rééducation adaptée 7 ; quand, par ailleurs, 4,6 % des jeunes en journées d’appel et de préparation à la Défense sont repérés en situation d’illettrisme 8, on peut se demander si la médiation-plaisir est une notion pertinente. Évitons surtout la « tyrannie du plaisir », qui peut être facteur de marginalisation 9. L’utilisation – involontaire ? – du schème plaisir/exclusion, que l’on peut repérer dans la littérature professionnelle, témoigne de ce risque : « Le développement explosif de la technologie s’accompagne d’effets très variés. Pour certains, c’est une source de plaisir et, pour d’autres, une source d’exclusion 10. » De la valorisation du plaisir de lire, le bibliothécaire peut insensiblement glisser vers l’injonction…

La médiation : instance de validation ou d’animation ?

La controverse soulevée par le lancement du projet Google Books à l’automne 2004 a également donné aux bibliothécaires l’opportunité de s’interroger sur leur fonction de médiation. Confrontée aux flux d’information de la Toile, la bibliothèque peut adopter deux postures distinctes quant à leurs objectifs et leurs modalités. La première consiste à conforter la bibliothèque dans sa mission traditionnelle de sélection, de hiérarchisation et de mise à disposition de documents en l’étendant à la Toile. Cette posture conduit ses tenants à centrer la médiation bibliothéconomique sur la validation, qui serait la véritable valeur ajoutée du bibliothécaire dans le grand vrac informationnel.

La seconde posture analyse la Toile comme une instance d’échanges absolument nouvelle, irréductibles aux modèles documentaires passés, dont le principe est l’interaction permanente. L’opposition entre médiation-validation et médiation-animation est une clé pour comprendre le débat autour du projet Google : « Comment indiquer aux lecteurs les documents qui méritent leur confiance ? C’est tout le problème du choix dans le désordre de l’offre, et donc celui de la nécessité d’une validation », s’interroge ainsi Jean-Noël Jeanneney 11. Le développement d’internet conduit à se demander si une telle question a toujours un sens.

De fait, il revient au lecteur d’accorder ou non sa confiance à un document, avec lequel il a un rapport éminemment subjectif. La difficulté quotidienne du lecteur n’est pas tant la validité des documents qu’il utilise que leur adéquation à son besoin. La validation d’un contenu par une instance quelconque, coopérative ou institutionnelle, peut contribuer à cette adéquation, mais pas nécessairement. À lier trop étroitement médiation bibliothéconomique et validation, le risque est grand de replier la bibliothèque sur des missions éducatives et de recherche, pour lesquelles la validation des contenus a une importance spécifique.

De surcroît, la notion de validation est à manier avec prudence : que valide-t-on exactement ? Se borne-t-on à distinguer des éditeurs et des auteurs « fiables » de ceux qui ne sont pas dignes de confiance ? Selon quels critères ? Ce faisant, ne court-on pas le risque du conservatisme ? Ou, au contraire, s’intéresse-t-on à la validation des contenus ? Mais alors, la compétence du bibliothécaire suffit-elle face à la segmentation extrême des champs scientifiques ? À définir la médiation par la validation, on atteint un point aveugle du métier de bibliothécaire.

Quel professionnel n’a pas fait l’amère expérience d’avoir à retirer d’un rayonnage un livre au contenu scientifique hautement fantaisiste, suite au signalement avisé d’un usager ? Les systèmes de co-construction des savoirs employés par certaines communautés de la Toile ne sont pas, de ce point de vue, moins fiables que la décision isolée d’un bibliothécaire. Fondés sur l’interaction et la transparence, qui permettent un contrôle croisé des contenus, ils génèrent des modalités nouvelles de validation.

La conception instrumentale

La littérature professionnelle récente témoigne d’une troisième conception de la médiation, que l’on pourrait qualifier d’instrumentale. Élaboré pour les bibliothécaires de l’État, le référentiel Bibliofil’ contient ainsi un profil de « médiateur documentaire », que Laurence Tarin invite à ne pas confondre avec « ceux que l’on désigne sous ce nom dans les bibliothèques de lecture publique », et à « comprendre le terme dans son sens littéral : personne mettant l’offre documentaire à disposition du public 12 ». Bibliofil’ ne définit pas ce qu’est un médiateur, mais rassemble sous cette appellation des activités traditionnelles : harmoniser le traitement documentaire, contrôler le rangement des collections, renseigner les utilisateurs, etc. Comme le note Claire Mouraby, « la compétence de médiateur du bibliothécaire passe pour innée 13 », si bien qu’il est superflu de la décrire. Tout se passe comme si l’imposition de ce nouveau paradigme professionnel allait de soi, recouvrant au passage quelques fondamentaux du métier de bibliothécaire, mais ne lui apportant rien de neuf.

La médiation, moteur du désir

En rendant facultatif le recours au bibliothécaire pour accéder aux documents, la généralisation du libre accès explique pour partie le succès des notions de médiateur et de médiation.

Les médiateurs proclamés comblent l’espace laissé vacant par la disparition, ou l’affaiblissement, de « médiateurs naturels » qui assuraient sans le dire une fonction de cohésion ou de contrôle social. Comme tant d’autres professions, les bibliothécaires se sont mis à fonder leur légitimité sur la médiation à mesure que le périmètre et la nécessité de cette dernière se brouillaient. Il n’est, dès lors, pas inutile de préciser les contours de la notion, d’un point de vue volontairement original.

La vision de la médiation proposée ici s’inspire de la théorie développée par René Girard dans son ouvrage Mensonge romantique et vérité romanesque 14, et qui est fondatrice de l’œuvre de cet auteur. Pour René Girard, le médiateur est la personne, réelle ou imaginaire, qui indique à l’homme l’objet de son désir. Sujet désirant, l’homme a ceci de particulier qu’il ne sait par lui-même sur quel objet porter son désir, et qu’il a besoin d’emprunter à autrui – un médiateur – cet objet.

Cette conception inscrit le désir dans une relation triangulaire entre un sujet, un médiateur et un objet, qui peut prendre des formes diverses. Ces formes, Girard les décrit au travers d’une lecture originale de grands textes littéraires de Proust, Stendhal, Flaubert et Cervantès, qui ont en commun d’avoir inscrit le désir dans un tel triangle. Ainsi chez Proust 15, l’inclination du désir naît-elle tour à tour du snobisme (qui conduit à vouloir les biens, les attitudes et les choses prescrites par autrui) ou, dans un autre registre, de la passion amoureuse qui grandit d’autant plus efficacement qu’elle se porte sur un objet convoité par un autre.

Selon René Girard, le génie de ces écrivains résiderait notamment dans leur capacité à dévoiler la structuration triangulaire du désir, qu’un individualisme vulgaire ou une interprétation erronée tenterait de nous cacher sous les oripeaux de la « spontanéité ». Partant de cette lecture, Girard distingue deux catégories de médiation. La première, dite médiation interne, s’applique aux situations de grande proximité entre le sujet et le médiateur, conduisant l’un et l’autre dans une rivalité pouvant déclencher des sentiments de haine 16. L’autre, la médiation externe, place le médiateur et l’objet à une telle distance du sujet qu’il le conduit à sublimer son désir. Amadis de Gaule, le chevalier imaginaire, est à cet égard le médiateur externe de Don Quichotte, c’est-à-dire « le seul, le premier, l’unique, le maître et le Seigneur » de tous les chevaliers qu’il y eut en ce monde. Autrement dit, selon sa configuration, le triangle de la médiation peut enfermer l’homme dans une impasse rivalitaire ou bien le conduire à se dépasser.

Sans doute le lecteur du présent article s’interroge-t-il sur les raisons d’une telle digression girardienne. Si l’on y regarde de plus près, elle nous fait pénétrer au cœur de la problématique de la médiation, en liant celle-ci non pas au « plaisir », ni à la « validation », ni même à l’accompagnement, mais au mécanisme du désir. D’un point de vue girardien, la bibliothèque est bien une instance de médiation : son offre documentaire a pour effet de donner aux usagers des médiateurs « externes », figures réelles ou imaginaires, fictionnelles ou documentaires, capables de stimuler son désir en le portant vers des objets de grande valeur humaine et spirituelle. La mission citoyenne de la bibliothèque peut être comprise comme sa capacité à lutter contre la violence sociale, en proposant aux usagers des médiateurs non rivalitaires, qui font croître le désir en le libérant ; conception qui éclaire une fonction essentielle de la lecture, à condition que l’on refuse de se laisser enfermer par la notion de « plaisir », au fond très restrictive. À la finitude du plaisir, préférons l’infini d’un désir toujours renouvelé.

Mais pour autant, le bibliothécaire est-il un médiateur ? La fidélité revendiquée ici à l’approche de René Girard conduit à répondre de manière nuancée. Le bibliothécaire peut, dans certaines de ses fonctions, mais surtout à la faveur de circonstances inattendues, devenir un médiateur. Les bibliothécaires et les usagers ne sont pas avares d’anecdotes soulignant cette dimension du métier, qui se déploie parfois où l’on ne l’attend pas. Ainsi de cette bibliothécaire jeunesse qui, étant enfant, dut sa vocation professionnelle à l’interdiction qui lui fut faite par une bibliothécaire de lire un roman pour adultes qu’elle convoitait… et qu’elle ne put lire que quatre ans plus tard.

Peut-on, néanmoins, considérer que la médiation est constitutive du métier de bibliothécaire ? Non, car la démonstration qui précède permet de conclure que la médiation ne se décrète pas. Pour reprendre une expression de Jean-François Six citée précédemment, il n’est de « médiateurs » que « naturels ». La fonctionnarisation du médiateur reviendrait à désigner officiellement des modèles de désir, alors que ceux-ci se trouvent dans les livres et ne demandent qu’à être réveillés. En 1968, Jean Dubuffet 17 nous a utilement mis en garde contre une approche trop institutionnelle de la médiation, qui aurait pour conséquence de figer la culture en une insupportable « Église moderne » avec ses dieux (les œuvres), ses prêtres (les fonctionnaires culturels), ses fidèles (les pratiquants) et ses païens à convertir.

Le bibliothécaire accompagnateur

En conséquence, si la médiation est un concept utile pour décrire ce qui se passe dans une bibliothèque, il ne saurait avoir de valeur spécifiquement professionnelle pour le bibliothécaire. Si l’on veut cerner plus justement ce que doit faire ce dernier quand il est au contact du public, il faut sans doute privilégier la notion d’accompagnement, c’est-à-dire l’action de se déplacer avec un être animé. Plus que la médiation, l’accompagnement est une réponse possible à la diversification contemporaine des usagers, de leurs attentes et de leurs pratiques. Le modèle statique du professionnel rivé à son bureau de renseignement et délivrant au lecteur une orientation bibliographique a vécu, à l’ère de l’information profilée.

Devenue inutile pour une frange non négligeable d’usagers parfaitement autonomes – peut-on leur reprocher d’avoir intégré les implications du libre accès ? –, l’action du bibliothécaire reste notoirement insuffisante pour des publics en difficulté sociale ou linguistique, pour lesquels la bibliothèque est un lieu d’insertion. Elle doit être également évaluée à l’aune des résultats de l’enquête DLL/BPI/Crédoc de 2005 sur la fréquentation des bibliothèques municipales 18, qui soulignait la progression des usagers occasionnels par rapport aux habitués, ainsi que l’allongement du temps moyen de visite. Tous ces éléments contribuent à privilégier l’accompagnement personnalisé, inscrit dans un ciblage des publics et une catégorisation des services.

Certaines bibliothèques ont pris acte de cette évolution. À Birmingham, au Royaume-Uni, certains bibliothécaires ont été formés à l’accompagnement approfondi des usagers, dans le cadre de la requalification de la bibliothèque en « learning centre ». À Rotterdam, les bureaux d’information « face to face » ont été supprimés au profit de la généralisation d’un service public volant, « side to side 19 », mettant l’accent sur l’accompagnement personnalisé. Dans les Idea Stores londoniens, l’offre documentaire s’enrichit d’un vaste programme de formation présentielle et d’autoformation, faisant de la bibliothèque un centre de vie ouvert sur tous les besoins de la vie quotidienne.

Au recours incantatoire à la notion de médiation, les bibliothécaires doivent privilégier une réflexion sur la différenciation de l’accompagnement du lecteur. Les implications d’une telle démarche sur les locaux, l’organisation des collections, les services, la gestion des ressources humaines, peuvent être fortes. En particulier, l’articulation entre l’offre documentaire et les besoins sociaux – en matière de formation, de vie sociale et professionnelle, de recherche d’emploi – est à repenser dans le cadre d’une rénovation de la relation de service public.