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Travail collaboratif avec un wiki

Pistes à partir d’expériences de bibliothécaires

David Liziard

Les sites wikis sont des outils permettant de partager rapidement de l’information, puis de la compléter et de l’organiser progressivement. Si ce mode de rédaction collaboratif a d’abord été popularisé à travers le projet encyclopédique Wikipédia 1, des applications plus limitées en sont également possibles, autour de thèmes spécifiques et de communautés d’utilisateurs déterminées.

La facilité d’utilisation et de mise en place des wikis en fait l’un des instruments privilégiés que les professionnels de l’information peuvent maintenant utiliser pour mutualiser leurs connaissances ou pour accompagner leurs projets. Cet article propose quelques conseils d’utilisation de ces sites, fondés sur les expériences de bibliothécaires français et américains.

Pourquoi choisir un wiki ?

Il existe différentes formes d’usages collaboratifs sur internet, présentant chacun des avantages et des inconvénients 2. Les mails, listes de diffusion et blogs permettent un échange rapide d’informations, mais ne permettent pas de les retravailler ni de les organiser. Les sites CMS (système d’organisation de contenu) permettent de faire intervenir plusieurs rédacteurs, mais leur structure est hiérarchique et peu évolutive.

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Trois logiques d'écriture collaborative

Ce qui distingue le wiki des autres sites collaboratifs, c’est la possibilité d’intervenir directement au cœur de textes déjà écrits par d’autres rédacteurs. Les wikis sont donc a priori adaptés pour partager des informations simples, susceptibles d’être enrichies et structurées par des utilisateurs motivés, et où un consensus peut émerger facilement. Une option wiki a par exemple été choisie par OCLC 3 pour certaines zones bibliographiques de WorldCat 4, mais uniquement celles où l’on peut attendre un bénéfice du travail commun de plusieurs contributeurs indépendants : zones de notes, table des matières.

Le wiki est un document fait pour évoluer : plusieurs fonctions permettent de suivre les modifications qui y sont effectuées, notamment l’historique, où sont archivées les versions successives de chaque page. Néanmoins, le suivi et la validation des évolutions du texte seront d’autant plus complexes que les intervenants seront nombreux et hétérogènes. Si l’on ne souhaite pas bénéficier de l’effet d’ouverture qu’apporte le wiki, mais au contraire limiter le nombre d’utilisateurs et maintenir une propriété intellectuelle sur le contenu rédigé, on peut – comme dans un CMS – en paramétrer les droits d’accès. L’intervention, voire la simple consultation des pages peuvent être restreintes par une obligation de s’inscrire ou par un code.

Comment participer à un wiki ?

Techniquement, il suffit de trouver les boutons « Modifier » et « Sauvegarder » présents sur une page pour pouvoir intervenir dans le corps du texte. Si on le souhaite, on peut par la suite apprendre quelques éléments de syntaxe, pour mettre en forme le texte et les hyperliens, ou encore s’inscrire sur le site.

Au-delà de cette simplicité technique, la complexité se situe à un niveau rédactionnel : il faut pouvoir évaluer la pertinence de ses propres interventions face à l’objectif et à l’organisation du site.

Un onglet « Discussion » permet généralement de proposer ou de commenter les modifications effectuées. Pour évaluer de manière plus globale un wiki, il faut le parcourir et retrouver des éléments permettant de le caractériser d’un point de vue quantitatif (le nombre de contributeurs, la fréquence des interventions) et qualitatif (les objectifs initiaux et la cohésion du document effectivement rédigé).

Comment installer un wiki ?

Comme dans le cas des blogs, des services d’hébergement permettent de créer gratuitement des wikis. Ces sociétés trouvent leur intérêt commercial à travers les options supplémentaires payantes qu’elles proposent, ou les bannières publicitaires qu’elles déposent sur les sites.

Voici quelques exemples de sites qui permettront d’installer rapidement un wiki :

  • PBWiki (http://pbwiki.com) présente un wiki simple et complet. Choisir l’option « educational wiki ».
  • Wikidot (www.wikidot.com) permet de construire un site très propre graphiquement.
  • MetaWiki (www.metawiki.com) a l’avantage d’être intégralement en français, mais dispose d’un historique difficilement exploitable et impose une inscription obligatoire des intervenants.
  • AtWiki (http://atwiki.com), ScribbleWiki (www.scribblewiki.com) et Wikia (www.wikia.com) imposent des bannières de publicité, mais utilisent Mediawiki (la même interface que Wikipédia) ce qui facilite la participation des internautes.

Les étapes d’ouverture d’un wiki sont généralement les suivantes. On détermine le nom du site, ainsi que l’email et le code d’accès de l’administrateur. On paramètre ensuite les options spécifiques (logo, droits d’accès). Il faut enfin apprendre à ajouter du contenu et à créer des hyper-liens vers de nouvelles pages (généralement en tapant un titre entre deux onglets : [[exemple]]), pour pouvoir ainsi ébaucher un premier plan du wiki.

Comment susciter de la participation ?

Pour entraîner des participations pertinentes et en nombre suffisant, un wiki doit rester très simple d’utilisation. La formation des utilisateurs doit, autant que possible, se limiter aux fonctions éditer et sauvegarder, l’essentiel étant de leur présenter l’intérêt rédactionnel et participatif du site. Les autres options (identification, syntaxe, catégories) peuvent constituer autant de freins à l’utilisation : il vaut mieux les présenter comme des possibilités ultérieures. L’utilisateur doit pouvoir s’approprier le site et avoir un intérêt à y participer : il ne complétera les pages que s’il compte les réutiliser lui-même plus tard en tant que ressources.

Une dynamique doit donc être trouvée entre le contenu apporté par l’administrateur (qui est aussi un rédacteur actif) et les ajouts des participants. À la création du wiki, il faut apporter et organiser des premiers contenus, mais il est inutile de multiplier les pages vides, qui ne sont pas incitatives. Il vaut mieux commencer par l’essentiel et ne compléter le plan qu’en fonction des textes effectivement ajoutés. Dans le cadre d’un groupe projet, il peut être intéressant de définir un objectif (établir une liste de références, rédiger un document…) et une limite dans le temps pour sa réalisation.

Comment gérer l’évolution du contenu ?

Deux types de classements peuvent être envisagés pour organiser les pages du site : le plan thématique (à présenter dès la page d’accueil) ou l’ajout de plusieurs catégories sur chaque page (par exemple dans le cas de fiches de lectures devant être catégorisées à la fois par thèmes, âge, support, etc.) Là encore, c’est la simplicité qui doit guider les choix.

Concernant le contenu des pages, les listes (classées par thèmes et par ordre alphabétique) sont les documents les plus simples à faire évoluer : l’utilisateur peut facilement y intervenir et évaluer lui-même la pertinence de ses interventions. Dans le cas d’articles plus complexes, il faut dès le départ les rédiger de manière à ce qu’ils soient susceptibles d’être complétés facilement (paragraphes brefs et clairement séparés, titres, point de vue neutre).

Dans les deux cas, des relectures seront nécessaires pour réorganiser et nettoyer les pages après plusieurs interventions. Si le wiki est beaucoup utilisé, on pourra envisager une surveillance des pages via RSS. Contrairement aux phénomènes engendrés par la très forte fréquentation de Wikipédia, le vandalisme n’est généralement pas un problème sur les sites wikis. Ce sont plutôt les contributions bien intentionnées, mais non adaptées ou mal structurées qui vont nécessiter un certain travail de discussion, de mise en forme et de réécriture. Pour limiter ce travail, chaque page du site doit exposer de la manière la plus explicite possible ses objectifs et les contenus qu’elle est destinée à recevoir.

Quelques exemples de wikis de bibliothécaires

Un wiki peut être plus ou moins complexe selon l’objectif que se sont fixé ses rédacteurs. Dans le monde des bibliothèques, on peut distinguer des wikis éphémères accompagnant des groupes projets, des wikis internes à des établissements, et enfin des wikis à thèmes généraux pouvant concerner l’ensemble de la profession 5.

Wikis liés à un groupe projet

Les wikis peuvent être utilisés comme des supports à durée limitée, pour accompagner la réalisation d’un travail de groupe.

Dans le cadre de la rédaction d’un mémoire, des élèves de l’Enssib ont par exemple déposé leurs documents sur un wiki (http:// reseauxsociaux.metawiki.com), permettant à chacun de savoir où en étaient les autres dans leur travail de recherche et d’écriture.

Pour la mise en place d’une conférence ou d’une action de formation, un wiki permet de regrouper les informations pratiques et de rendre l’événement interactif en recueillant des premiers comptes rendus et les impressions des participants (exemples : congrès de l’ALA http://wikis.ala.org/annual2007, formation « Five weeks to a social library » www.sociallibraries.com/course/wiki, page « Congrès ABF 2006 » sur Bibliopédia).

Au sein du travail associatif, le wiki offre un support dynamique incitant à une mise à jour rapide des informations, comme dans le cas du Groupe de travail sur les archives ouvertes du consortium Couperin (http://gtao.wikidot.com).

Wikis liés à un établissement

Les wikis peuvent être utilisés entre agents d’un même établissement, pour mutualiser les ressources et les procédures. Ainsi les bibliothécaires du service de référence du service commun de documentation d’Aix-Marseille-III utilisent Infobu (www.seedwiki.com/wiki/infobu) pour partager leurs « informations, trucs, recettes utiles ». La souplesse de mise à jour des wikis peut aussi inciter à s’en servir en tant que portail destiné au public. Sur le « Biz wiki » (www.library.ohiou.edu/subjects/bizwiki), un bibliothécaire de l’université de l’Ohio utilise individuellement un wiki pour présenter un ensemble de ressources sur l’économie, d’un point de vue à la fois bibliographique et pédagogique.

Wikis à thèmes bibliothéconomiques généraux

Aux États-Unis, Libsuccess et Liswiki sont deux sites animés par des bibliothécaires depuis 2005. Libsuccess (www.libsuccess.org) regroupe des expérimentations professionnelles réussies, alors que Liswiki (http://liswiki.org) a une approche plus encyclopédique, et multiplie les entrées.

En français, Bibliopedia (http://biblio.wikia.com) propose depuis 2006 des répertoires de ressources, une veille collaborative sur les blogs, et des articles plus rédigés. De manière plus spécialisée, le site Alphabib (http://alphabib.bpi.fr:8000) est, lui, consacré au thème de l’accueil des personnes handicapées en bibliothèque.

Citons enfin quelques expériences en marge des bibliothèques. Des enseignants et des documentalistes utilisent les wikis pour inciter des groupes d’élèves à s’approprier un espace commun de travail, dans le cadre de la réalisation de dossiers documentaires 6. Des wikis sont également utilisés pour tenter de restituer la mémoire collective d’une ville, par des communes comme Brest (www.wiki-brest.infini.fr) ou des associations historiques comme Arkae (www.arkae.org), d’Ergué-Gaberic.

En conclusion : que peut-on attendre d’un wiki ?

Les wikis peuvent être utilisés pour des projets simples (constituer des listes organisées de références) ou plus complexes (partager des expériences, rédiger des guides de procédures). Ces sites s’inscrivent dans une utilisation d’internet non plus uniquement en tant qu’espace de publication, mais aussi d’élaboration des documents.

Comme ils ne proposent pas encore d’options concernant la stabilisation et la validation des textes, ils restent pour le moment plutôt destinés à traiter des unités documentaires brèves et discontinues. Le wiki ne se substitue donc pas aux formes de publications traditionnelles, mais constitue un outil intermédiaire pour réunir et confronter des informations. En enlevant les obstacles techniques à la participation, et en rendant très facile la mise à jour et la réorganisation des informations, les wikis permettent à des professionnels de s’impliquer dans de nouveaux projets collaboratifs.

Septembre 2007