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La numérisation du patrimoine écrit et graphique

Quel atout pour les régions ?

Martine Itier-Cœur

Angeline Lavigne

Le Centre régional des lettres Midi-Pyrénées a organisé le mardi 22 mai 2007, aux archives départementales du Tarn, une journée sur le thème : « La numérisation du patrimoine écrit et graphique : quel atout pour les régions ? ».

La politique nationale de numérisation

Thierry Claerr, conservateur à la Direction du livre et de la lecture, après avoir décrit le contexte de notre patrimoine national et insisté sur la multiplicité des richesses et leur dispersion sur le territoire, a rappelé l’importance des actions mises en place par l’État. Le Pape, Plan d’action pour le patrimoine écrit, a pour objectif de promouvoir ces collections, notamment par la numérisation.

Depuis 1979, le ministère de la Culture est associé à un laboratoire du CNRS, l’Institut de recherche et d’histoire des textes pour la reproduction et l’étude des manuscrits médiévaux 1.

La mise en ligne de la base Enluminures 2 permet aujourd’hui de consulter gratuitement plus de 80 000 images, plus de 4 000 manuscrits médiévaux provenant de 96 bibliothèques municipales. D’autres bases, Liber Floridus (enseignement supérieur) et Mandragore (Bibliothèque nationale de France) complètent le panorama 3.

Cependant, malgré un foisonnement d’initiatives, la proportion de collections patrimoniales numérisées est encore insuffisante, et surtout insuffisamment accessible : seulement 42 % des fonds numérisés par les bibliothèques municipales sont en ligne. Les services d’archives départementales ne sont qu’une dizaine à proposer un accès à leurs collections numérisées. Les modalités de consultation souvent peu convaincantes soulignent l’importance d’une plus grande maîtrise de l’exploitation de tous ces gisements.

Une meilleure valorisation et la mise en ligne effective des fonds sont devenues l’une des priorités de la politique nationale de numérisation. Cette dernière est centrée sur deux objectifs clairement affichés :

  • augmenter significativement l’offre de ressources numériques culturelles constituée d’ensembles cohérents ;
  • promouvoir une consultation libre et ouverte des ressources numériques culturelles pour tous les internautes.

Thierry Claerr a cité deux exemples de projets soutenus par le Plan national de numérisation en Midi-Pyrénées : la presse à la bibliothèque municipale à vocation régionale de Toulouse et le cadastre napoléonien du Tarn pour les archives départementales. Un catalogue des fonds culturels numérisés a été créé en 2001. En plus de donner une vision d’ensemble, d’aider le pilotage de la politique de numérisation et de permettre un accès unifié aux collections, la perspective à terme est l’intégration dans le programme européen Michael 4 (inventaire multilingue du patrimoine culturel européen).

Thierry Claerr a insisté sur l’importance de la visibilité et de l’accessibilité en ligne, sans oublier la prééminence d’une coordination des politiques de numérisation et une collaboration étroite afin de mettre en place des portails fédératifs au moyen d’un langage de communication commun (le plus prometteur est actuellement le protocole OAI-PMH) 5.

Nouvelles techniques

La société Arkhenum, spécialisée dans la numérisation, intervenait pour faire le point sur les nouvelles techniques de numérisation. En matière de numérisation, on note peu d’évolution, les changements concernant davantage le stockage et la valorisation. La société Arkhenum propose des solutions quasi clés en main en stockant les exemplaires de diffusion et en les mettant en ligne, ce qui a aussi un coût annuel qui est rarement prévu dans le budget initial.

Les avancées en matière d’archivage des données ont été également évoquées : après les années CD, voire DVD, la tendance aujourd’hui est à l’archivage sur disque dur de type RAID 5 ou 6 qui a une capacité de mémoire importante, et qui permettra de vérifier l’état de l’archivage plus facilement, mais aussi de transférer des données vers de nouveaux supports.

Le représentant d’Arkhenum a également mis l’accent sur le format de numérisation. On constate aujourd’hui un glissement du format TIFF non compressé vers un JPEG très légèrement compressé pour l’exemplaire de conservation. Mais les exigences ont également changé puisque désormais la simple reproduction de la page papier ne suffit plus : la demande évolue vers une océrisation du texte, qui est fonction à la fois de la qualité de l’original et des performances du moteur de recherche, qui sont à améliorer, moyennant d’ailleurs des coûts -élevés.

Genèse et intérêt politique des projets

Vincent Doulain, directeur de la Cobb, Agence de coopération des bibliothèques et centres de documentation en Bretagne, a présenté « Genèse et intérêt politique des projets de numérisations, atouts et difficultés ». Après avoir posé la question de l’utilité d’une politique de numérisation à l’heure d’internet, il a expliqué les positionnements de la Cobb.

De manière globale, accéder au patrimoine écrit et graphique, c’est se donner les moyens de stimuler en chacun de nous la connaissance de notre ancrage et par là notre capacité d’adaptation, d’élargir nos capacités de représentation et donc d’expression, et par là de nous relier au monde. Mais que faire au niveau régional pour favoriser cet accès ?

Les principes d’actions de la Cobb sont la subsidiarité, la transversalité et la mise en réseau. En dehors de réalisations connues comme la base bibliographique consacrée aux articles de périodiques portant sur la Bretagne et les Bretons, Hermine 6, et un portail régional des ressources documentaires, Britalis 7, tous deux financés dans le cadre du contrat de plan État-Région 2000-2006, quels sont les programmes de numérisation ?

Ils sont pilotés par la commission numérisation de la Cobb constituée en 2001 avec un programme clair, sans confusion des genres : des ressources dispersées complémentaires situées chez des acteurs locaux, une valorisation libre pour chaque établissement, et une information transparente sur le dispositif régional.

Vincent Doulain a rappelé l’indispensable réflexion avec les partenaires de structures patrimoniales en région. Les usagers demandent la pluralité des sources et le cloisonnement n’a plus lieu d’être au regard des moyens informatiques.

Pour finir, face à la place de l’image, Vincent Doulain a invité chacun de nous, professionnels de l’écrit, à imaginer les partenariats de demain : qu’avons-nous à transmettre comme tradition critique 8 ?