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6e Colloque international du chapitre français de l'Isko

Organisation des connaissances et société des savoirs

Christel Candalot dit Casaurang

Les 7 et 8 juin 2007, a eu lieu à l’université de Toulouse-III le 6e Colloque international du chapitre français de l’Isko (International Society for Knowledge Organization), organisé conjointement avec le Lerass – Équipe Mics (Laboratoire d’études et de recherches appliquées en sciences sociales – Équipe Médiations en information et communication spécialisées). L’association Isko, créée en 1989 (1996 pour le chapitre français), a pour but de favoriser la recherche et les échanges entre les spécialistes des sciences de l’information et ceux de disciplines adjacentes telles que sciences du langage, sciences cognitives, intelligence artificielle, etc. Le thème retenu pour ce 6e colloque était « Organisation des connais-sances et société des savoirs : concepts, usages, acteurs ». L’objectif, en cherchant à croiser les dimensions techniques et sociales, était de s’interroger sur les divers aspects de l’organisation des connaissances et d’analyser leurs incidences pour comprendre les enjeux politiques, sociaux et culturels qui les sous-tendent.

Au cours de la conférence d’ouverture, Michèle Hudon, professeur en sciences de l’information à l’Ebsi de l’université de Montréal, a présenté un « Panorama de la recherche sur l’organisation des connaissances, de l’information et des documents au Canada », qui a permis de mesurer les divergences de pratiques de recherche entre le modèle nord-américain et le modèle européen.

Les travaux des chercheurs ont ensuite été présentés dans le cadre de six ateliers, et nous rendons compte ci-dessous de quelques-unes des communications qui nous ont semblé les plus intéressantes pour les lecteurs du BBF.

L’information sur internet

Dans l’atelier « Savoirs et communication dans l’actualité du numérique », Nikos Smyrnaios et Jean-Thierry Julia (Lerass) ont présenté « L’émergence d’un nouveau canal de diffusion de l’information de presse sur l’internet : le cas de Wikio ». Ce service innovant recense à la fois des sites d’information journalistique professionnels et des sites personnels éditoriaux de type blogs. Une autre originalité consiste en la combinaison d’une technologie de recherche algorithmique et d’une expertise humaine par des documentalistes, tout en intégrant du contenu géré par les utilisateurs (votes, notations, commentaires…).

Seth Van Hooland (Université libre de Bruxelles) a exposé un « État de l’art critique de l’application documentaire des ontologies et folksonomies dans le domaine du patrimoine culturel ». Pour faciliter la recherche dans le patrimoine culturel numérique, les gestionnaires de musées, archives et bibliothèques ont en effet de plus en plus recours aux ontologies pour mettre en relation les ressources culturelles, les auteurs, les lieux et dates de production. Seth Van Hooland s’est alors interrogé sur l’utilité de développer dans le secteur culturel de tels outils qui se révèlent souvent trop complexes pour les utilisateurs. Par ailleurs, l’émergence d’une autre tendance dans la gestion de l’information numérique dans le milieu culturel, le social tagging ou les folksonomies, si elle introduit une dimension sociale dans le domaine de l’indexation et davantage de pouvoir aux utilisateurs, soulève néanmoins d’autres interrogations quant à la réelle valeur documentaire qu’elle procure.

L’atelier « Théories et enjeux épistémologiques » accueillait en particulier la communication d’Olivier Le Deuff (université Rennes-II) sur « La culture de l’information sur internet : quelles “littératies” ? ». Son objectif était de montrer les divergences et convergences autour du concept d’Information Literacy et autres nouvelles « littératies » (tag literacy, social literacy, participation literacy). Tout en abordant les problèmes de traduction des termes, Olivier Le Deuff a différencié trois conceptions de l’Information Literacy qui mettent en lumière des façons différentes d’envisager l’information : la conception économique plus orientée « compétences en entreprises », la conception traditionnelle orientée « bibliothèque », et la conception citoyenne qui recouvre « la nécessité pour le citoyen de disposer de ressources pertinentes pour qu’il parvienne à se constituer un avis ». L’auteur conclut qu’au-delà du choix des termes, il devient nécessaire d’inclure un enseignant « infodocumentaire » dans les cursus et de renforcer le caractère scientifique de la culture de l’information.

Habiletés informationnelles

L’atelier sur les « Habiletés informationnelles » regroupait plusieurs communications ayant pour contexte l’enseignement secondaire. Vincent Liquète (IUFM Aquitaine) s’est intéressé à « La place des sciences de l’information dans la formation initiale des professeurs-documentalistes : l’introduction d’une culture professionnelle de l’information auprès d’étudiants ». Le renforcement, dans les épreuves du Capes de sciences et techniques documentaires, des concepts et objets liés aux sciences de l’information et de la communication laisse à penser que l’objectif n’est plus seulement de faire de ces futurs professionnels des praticiens avertis des outils et des dispositifs de recherche et de traitement de l’information, mais d’introduire des connaissances scientifiques pour leur constituer une réelle culture professionnelle de l’information. L’auteur a alors étudié les formes d’appropriation de ces étudiants inscrits au Capes et les difficultés et contradictions auxquelles ils sont confrontés dans cette nouvelle configuration.

Isabelle Fabre et Cécile Gardiès (École nationale de formation agronomique) ont abordé la « Construction des compétences informationnelles dans l’enseignement agricole : une mise en œuvre paradoxale ». Elles ont fait remarquer que la bivalence sur laquelle repose le métier de documentaliste dans l’enseignement secondaire (gérer la documentation / former à l’information), entraîne une situation paradoxale dans l’accompagnement à l’accès à l’information : « La mission de gestion semble se détacher de la question de l’assimilation des savoirs informationnels, alors que la mission pédagogique cherche à faciliter l’usage d’un espace professionnellement construit, en lieu et place de l’acquisition de ces savoirs. » Pour contribuer à construire une « littératie » informationnelle, elles proposent de voir ce dispositif info-communicationnel non plus uniquement comme un lieu de structuration des connaissances mais comme un lieu de réception et d’interprétation de l’information, dans lequel l’organisation joue un véritable rôle de médiation.

Les communications présentées lors de ce 6e Colloque international du chapitre français de l’Isko ont permis d’aborder l’organisation des connaissances non pas uniquement sous l’angle des dispositifs techniques mais également et surtout dans ses aspects sociaux, ce qui représente un apport novateur et intéressant tant pour la communauté scientifique des chercheurs que pour celle des professionnels de l’information.