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Éditorial

Yves Alix

Comment former les bibliothécaires de demain ? La question n’est certes pas nouvelle, mais les profondes mutations engendrées par la société de l’information ébranlent le socle de nos métiers et nous imposent, au-delà des évolutions de circonstance, une complète refondation. À cela s’ajoutent le renouvellement des générations et le départ programmé des professionnels qui ont accompagné, et souvent porté, le développement spectaculaire de la lecture publique de ces trois dernières décennies. L’enjeu du chantier est considérable. Les orientations prises aujourd’hui doivent être en mesure d’assurer plus tard une transmission efficace, et si possible harmonieuse, des savoirs, des savoir-faire et du savoir-être, dans un contexte encore largement inconnu.

La crise de l’école qui, une fois encore, se retrouve au cœur de l’actualité politique, ne se résoudra pas en quelques mois – si elle se résout jamais. Les cohortes de bacheliers qui commencent aujourd’hui des études spécialisées pour devenir bibliothécaires ou documentalistes ont un rapport totalement nouveau à la culture, marqué par le relativisme, l’absence de complexes, la prééminence de la télévision et d’internet, enfin par un désintérêt croissant envers ce qu’on n’ose plus qualifier de « culture générale ». À la bonne heure, se dit-on : ils feront d’excellents bibliothécaires, sans préjugés et à l’esprit ouvert. Voire. La formation technique ne fournit pas automatiquement les clés pour maîtriser les contenus de l’information, classer et hiérarchiser les savoirs, découvrir les cultures ; internet ne délivre pas comme par magie du conformisme ni de la paresse intellectuelle. Construire les apprentissages techniques indispensables sans base conceptuelle ni doctrine serait bâtir sur le sable. « On demande informaticien documentaire ayant une vision un peu transcendante du livre  * » pourrait être une bonne formule pour une annonce à paraître sur un forum.

Les métiers changent et vont encore changer, au « cœur » comme à la marge. Avec eux la culture professionnelle, les mobilités, les solidarités. Mais ce nouveau paysage prend forme également à travers la transformation annoncée ou déjà en cours des cadres statutaires et des carrières, donc des modalités de recrutement. C’est bien l’ensemble du parcours de chacun qui sera en jeu. Les experts, fonctionnaires ou non, qui serviront les publics dans les bibliothèques demain seront à bien des égards très différents de leurs aînés, on le constate déjà. Mais la formation est d’abord transmission. Ils seront donc aussi, peu ou prou, à leur image.

  1.  (retour)↑  Selon l’expression employée par Jean-Yves Mollier, Télérama, no 3006, 22 août 2007.