entête
entête

Gérer la culture en région

les pratiques des collectivités territoriales en France

sous la dir. de Jean-Pierre Allinne et Renaud Carrier.
Paris : L’Harmattan, 2006. – 219 p. ; 22 cm. – (Gestion de la culture).
ISBN 2-296-01588-3 : 19 €

par Dominique Cartellier

Alors que la culture perçue comme un facteur d’attractivité et de développement local est devenue un enjeu des politiques territoriales, la question de sa gestion par les collectivités françaises méritait d’être posée, une vingtaine d’années après les lois de décentralisation. Cet ouvrage fait suite à une journée consacrée aux « Modes de gestion de la culture et du patrimoine monumental et touristique des collectivités territoriales », qui s’est déroulée en avril 2004 à la faculté de droit de Pau. Il regroupe un ensemble de contributions de juristes, historiens, urbanistes, géographes, élus et responsables locaux, croisant l’analyse de cas concrets de mise en valeur du patrimoine culturel et muséal et l’observation des tendances au niveau national. À partir des expérimentations de petites et moyennes collectivités et des difficultés qu’elles rencontrent, ce sont différentes pistes de réflexion concernant les modes de gestion de la culture qui sont proposées.

Deux points essentiels sont ainsi mis en évidence, au-delà du bilan nuancé de la décentralisation en matière de gestion patrimoniale et culturelle qui pourrait être dressé au regard des espoirs dont elle était porteuse pour le développement local et la démocratisation des procédures administratives. Le premier porte sur la question des statuts des équipements culturels qui, au demeurant, n’est pas nouvelle : elle se pose avec acuité du fait du désengagement de l’État, notamment en ce qui concerne le patrimoine bâti. Elle ne doit pas, pour autant, faire oublier la « centralité » du projet culturel et la primauté qui doit être accordée à sa qualité. Le second a trait à la grande diversité de pratiques au sein des cadres juridiques traditionnels – les élus des collectivités (communes et départements) se montrant le plus souvent attachés aux modes traditionnels de gestion que sont la régie directe ou la délégation à une association – ainsi qu’à la demande de solutions nouvelles.

L’ouvrage illustre cette diversité en présentant la palette des modes de gestion et des statuts possibles : syndicat mixte, établissement public de coopération intercommunale, groupement d’intérêt public à objet culturel, établissement public de coopération culturelle (EPCC),… Plusieurs exemples (écomusée de Marquèze dans les Landes, mise en valeur par le département de l’Ariège de son patrimoine archéologique et préhistorique, port-musée de la Mer de Douarnenez…) permettent d’appréhender les choix effectués sous différents angles, administratifs, économiques et touristiques, humains, techniques et les enjeux qui y sont liés. S’il semble encore trop tôt pour juger du caractère opérationnel des EPCC institués par la loi du 4 janvier 2002, une des contributions, rappelant le projet du législateur et les récentes modifications de la loi (juin 2006) analyse divers cas de collectivités ayant fait ce choix (ville d’Issoudun, Arcadi – Action régionale pour la création artistique et la diffusion en Île-de-France –, département du Finistère…). Dépassant une approche strictement juridique, la question de l’identification et de l’appropriation à l’échelon local d’un patrimoine (projet, réalisation…) est également abordée en examinant ce qui fait l’environnement des modes de gestion de la culture dans les collectivités territoriales.

Au final, il apparaît qu’il n’y a pas de modèle universel de gestion. Chaque collectivité a sa propre histoire politico-administrative et est tributaire de logiques locales, de partenariats, qui vont jouer sur ses choix et leur conférer une certaine spécificité. « Ce n’est pas tant la complexité des modes de gestion qui pose problème que la façon dont les politiques sont mises en œuvre », est-il souligné en conclusion, ce qui rend indispensable la connaissance du contexte politique, dans ses dimensions humaines et historiques, pour comprendre une politique culturelle locale.

Pour un non-spécialiste ou un lecteur peu familier des questions juridiques, la lecture de cet ouvrage risque d’être quelque peu austère en raison de la technicité de certains développements. Par ailleurs, contrairement à ce que laisse entendre le titre, c’est essentiellement du patrimoine culturel et muséal et des équipements qui y sont liés qu’il s’agit. Toutefois, des rapprochements avec d’autres secteurs de la culture sont possibles et les questions abordées sont susceptibles d’intéresser tout acteur du secteur culturel ou concerné par les problématiques de la décentralisation.