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Frédéric Barbier

Histoire du livre

2e éd. – Paris : Armand Colin, 2006. – 336 p. : ill. ; 24 cm. – (U. Histoire).
ISBN 2-200-34711-1 : 32 €

par Pierre Guinard

La publication de cet ouvrage dédié à Henri-Jean Martin dans une collection destinée aux étudiants est en soi un bel hommage et une forme de reconnaissance du travail mené depuis une cinquantaine d’années par le créateur de l’histoire du livre et par ses élèves. Six ans après la 1re édition, celle-ci prouve que la discipline a trouvé son public et continue à se renouveler.

Pascal Durand avait donné ici un large compte rendu * de la 1re édition et il n’est donc pas utile de revenir en détail sur les éléments principaux qui restent valables : F. Barbier synthétise remarquablement les résultats des recherches en histoire du livre, au confluent de l’histoire économique et sociale, de l’histoire culturelle et de l’histoire des usages et des pratiques de l’écrit. Il brosse un tableau de l’apparition de l’écriture jusqu’aux formes nouvelles qu’est en train de prendre le livre aujourd’hui. Il conserve un plan en quatre parties (le temps du manuscrit ; la révolution gutenbergienne ; la librairie d’Ancien Régime ; la seconde révolution du livre et l’invention de la médiatisation de masse), consacrant un large épilogue à la miniaturisation et à la mondialisation. L’histoire traitée reste essentiellement européenne (Asie, Afrique et Amérique sont seulement évoquées), mais l’auteur a toujours soin de comparer les situations entre pays et entre civilisations.

Si l’ouvrage n’a pas connu de bouleversement dans sa structure, il ne s’agit pas non plus d’une simple réimpression. F. Barbier l’a pourvu d’une nouvelle préface. Il y souligne que le livre est un objet hybride, mais également hautement symbolique et que l’histoire du livre reste encore aujourd’hui la partie principale de l’histoire des médias. La révolution du livre du troisième millénaire que nous vivons est d’importance, mais elle n’est que la dernière en date d’une longue série. Même si la chronologie tend à s’accélérer, chaque révolution se donne historiquement à comprendre comme l’apogée d’un mouvement d’ouverture engagé bien antérieurement. Enfin, l’auteur s’interroge sur une politique de la réception, mettant l’accent sur le fait que la massification et la mondialisation ne suppriment pas la mise à l’écart des exclus du système des médias.

Le corps du texte a été repris soigneusement et modifié en de très nombreux endroits. L’auteur a fait un vrai travail de broderie, corrigeant ici une tournure, rajoutant là un point de détail (« Charles V avait des bésicles » p. 47), modifiant tel paragraphe, explicitant tel fait, en précisant un autre (« le premier moulin européen connu est celui de Játiva (Espagne) en 1150 » p. 82), retranchant, plus rarement, une phrase. Il introduit presque systématiquement le début de chaque chapitre par une citation.

La première partie est enrichie par de nombreux passages qui soulignent le rôle du christianisme dans le développement du livre à la fin de l’Antiquité ou l’importance du monde byzantin (p. 51-52), tandis que les paragraphes sur les Musulmans et le livre sont entièrement réécrits (p. 53-54). La deuxième partie est complétée sur plusieurs points comme la xylographie (p. 84), la circulation du matériel typographique (p. 91), l’expansion de l’imprimerie vers l’Europe orientale (p. 101) et l’utilisation de la langue vulgaire (p. 108-109). La troisième partie connaît moins de modifications mais permet par exemple de réattribuer le premier livre illustré en France à Martin Husz en 1478 à Lyon. La dernière partie voit apparaître des développements plus longs sur l’imprimerie en Grèce (p. 249-251) et sur la photographie (p. 265-266).

F. Barbier consacre un large épilogue au XXe siècle, qui mériterait sans doute une partie spécifique et un traitement plus approfondi, ainsi qu’aux évolutions des premières années du XXIe siècle. Depuis 2000, le phénomène de concentration des entreprises s’est accentué au niveau mondial et le livre imprimé n’y tient plus qu’une place très minoritaire. L’auteur s’interroge : « La question est aujourd’hui posée de savoir si le support premier des “nouvelles” reste le papier face à la concurrence montante de l’écran et d’internet. » Il distingue le livre numérique (citant l’exemple de Gallica) du livre électronique dont les possibilités ne sont encore qu’incomplètement exploitées mais qui annonce une structure plus complexe du champ documentaire avec une combinaison des divers supports.

Cette seconde édition est également valorisée par l’ajout d’un cahier de dix-huit illustrations largement commentées et par une mise en page plus aérée que la précédente. Délesté de quelques erreurs de la précédente édition, enrichi de nombreuses informations, doté d’une bibliographie choisie et bien à jour, ce manuel est un outil de base pour l’étudiant comme pour le professionnel soucieux de se tenir à jour. Ils trouveront là, sous une plume alerte, un très riche matériau documentaire, maîtrisé et bien mis en perspective.

  1.  (retour)↑  BBF, 2001, no 4, p. 122.