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BuB : Forum Bibliothek und Information [ex-Buch und Bibliothek]

septembre 2005 à décembre 2006

Bad Honnef : Bock + Herchen Verlag. – 30 cm.
ISSN 0340-0301
Abonnement (10 numéros par an) : 82 €
Le numéro : 12,50 €
www.b-u-b.de

par Isabelle Duquenne

La revue allemande des professionnels des bibliothèques et de la documentation BuB offre cette année encore de riches débats concernant l’avenir des bibliothèques en Allemagne. Sa maquette rénovée s’est imposée : chaque numéro aborde l’actualité des bibliothèques selon un classement thématique : bibliothèques universitaires, bibliothèques de lecture publique, nouvelles technologies, congrès et salons, étranger, expériences, formation, bibliographie spécialisée, etc.

Les grands débats tournent autour de la place des bibliothèques dans la diffusion du savoir, de l’extension des bibliothèques numériques, du modèle anglo-saxon des bibliothèques qui imprègne de plus en plus leurs homologues allemandes et des problèmes du droit d’auteur et de copie (création d’une rubrique régulière rédigée par un avocat spécialisé, consacrée à ces questions et à l’impact sur les bibliothèques).

Alors qu’internet est le vecteur privilégié de la société du savoir et de l’information, comment se définit le nouveau rôle des bibliothèques ? Le savoir mis à disposition est immense, mais la masse même des informations est source d’égarement, voire d’échec de la recherche. Est ainsi posé le problème de la qualité de l’information dans une économie pléthorique, et, partant, du positionnement des bibliothèques. Comment repenser l’indexation des productions intellectuelles, de manière à éclairer les choix du lecteur ? Les bibliothèques ont à organiser cette information en opérant des tris pertinents et en élaborant une présentation rationnelle des données afin d’offrir un savoir organisé et accessible à tous.

Travail en réseau

Le 95e Congrès des bibliothèques, placé sous le thème du « travail en réseau des bibliothèques », a rappelé l’absolue nécessité de la construction d’une coopération, aussi bien dans le domaine de la formation et de la culture que dans celui de la recherche. L’unité, ou pour le moins l’action concertée des bibliothèques, présente une garantie d’efficacité face aux mutations et aux exigences nouvelles.

Fruit d’une coopération ancienne (1976) entre l’Association des bibliothèques allemandes (DBV), l’entreprise EKZ et l’association professionnelle Informatique et bibliothèque (BIB), le service de bibliographie critique est un instrument fondamental pour la constitution de fonds et l’indexation. Il traite entre 70 000 et 80 000 nouvelles parutions par an, et élabore une liste de 14 000 critiques et résumés incluant des conseils d’acquisitions, classés par type de bibliothèque, par taille et en fonction du public ciblé. Le groupement réfléchit actuellement à une mise en ligne du service sur la base d’un système interactif, renforçant l’esprit de coopération qui prévaut depuis les débuts.

La création de services d’information à forte valeur ajoutée, allant au-delà des services de base de la bibliothèque (mise en ligne des données bibliographiques), représente une perspective d’avenir, voire de justification de l’existence des bibliothèques. L’enrichissement des catalogues et l’accès à des contenus numérisés toujours plus vastes font partie de la nouvelle offre des bibliothèques. Unique en Allemagne à une aussi grande échelle, le projet pilote, issu de la coopération des bibliothèques universitaire, municipale et de médecine de Cologne, a opéré en quatre mois la numérisation des tables des matières de 180 000 ouvrages, ouvrant de larges perspectives à la recherche documentaire.

Bibliothèques et formation

S’il se dégage une tendance forte, c’est bien celle de la coopération entre les bibliothèques et l’école avec l’élaboration d’un réseau des lieux de formation. Les bibliothèques s’affichent de plus en plus ouvertement comme des lieux d’apprentissage et sont des partenaires reconnus de la formation. Elles mettent en place des offres spécifiques pour les publics scolaires et sont parties prenantes de la constitution des bibliothèques d’écoles. Afin de ne pas se concurrencer dans la course aux moyens financiers sur ce même secteur, les deux institutions doivent développer leurs partenariats. C’est parfois aussi l’unique solution de viabilité pour des bibliothèques en perte de fréquentation et de moyens financiers.

Plus encore et afin de tirer parti des changements démographiques, l’adaptation des bibliothèques passe par une offre en direction des seniors, public actif, mieux formé que la génération précédente et très demandeur. Ceci implique de prendre en compte les handicaps visuels et auditifs, ainsi que la mobilité réduite, donc d’adapter les équipements existants et de prévoir les constructions futures. L’enjeu des années à venir est clairement établi : l’inscription des bibliothèques dans un dispositif de formation, alliant formation initiale et continue pour toutes les catégories d’âge, centres d’un apprentissage qui perdure tout au long de la vie.

Comme cela a été souligné durant le 9e Colloque de Hambourg sur les bibliothèques, le concept de « Teaching Library » s’ancre toujours plus en Allemagne. Fondé sur le e-learning développé par les bibliothèques universitaires et savantes, il place les bibliothèques au cœur de la problématique de la société du savoir. À côté d’une offre constituée d’un service d’information, de supports de cours, de travaux de recherche et d’articles en ligne, ou encore de la mise à disposition d’e-books fournis avec le matériel de lecture, la bibliothèque doit aussi s’affirmer comme un lieu d’apprentissage physique et offrir, à l’exemple des bibliothèques américaines, un lieu de débat proposant des communications et des rencontres pour des groupes de travail.

L’attirance pour le modèle américain, l’« American way of Library » axé sur la proximité de l’usager et la notion de service, se traduit par des cours de lecture pour les parents, des aides aux devoirs, des cours d’intégration pour les étrangers. Pour aller plus loin, elle pourrait s’inspirer de la bibliothèque de « Science, Industry and Business » de New York, qui offre 500 places pour ordinateurs portables, la consultation de chaînes financières ainsi que du conseil en création d’entreprise.

Mais si certaines idées participent objectivement au développement de la qualité du service public, d’autres apparaissent étroitement liées à la gestion de la pénurie et comme une réponse à la marginalisation, voire à la remise en question de la présence de certaines bibliothèques sur le territoire pour des raisons économiques.

Les professionnels allemands se sont cependant organisés ces dernières années, notamment en créant le BID (Bibliothèque et information en Allemagne), né de la fusion du BDB (Union fédérale des associations de bibliothécaires) et du DGI (Société allemande pour l’information scientifique et sa mise en œuvre). Cette association permet d’exprimer les besoins et les revendications des bibliothécaires avec une unité et un poids nouveau dans le débat politique. Les grands axes de la politique de l’association sont le lobbying et le thème de la formation, une voie qui permet aux bibliothèques de retrouver un second souffle et de réaffirmer leur importance et leur nécessité.

Signalons enfin le site du BuB * qui permet la consultation du résumé en français des principaux articles de chaque numéro, avec un archivage qui remonte à 2002.

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