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Conférence de l’Association des bibliothécaires de Singapour

Aurélie Bosc

La conférence de l’Association des bibliothécaires de Singapour 1, « Bibliothécaires : apprendre, consolider, aller de l’avant », a réuni les 29 et 30 janvier 2007 à Singapour plus de 250 professionnels d’Asie du Sud-Est autour des tendances de l’industrie de l’information, du droit d’auteur, de la formation continue, de l’analyse des coûts et de la performance, et de la promotion des bibliothèques.

Les bibliothécaires et la société de l’information

Le discours d’ouverture 2 a mis en perspective le rôle des bibliothécaires dans la société de l’information en Asie, où le Japon, suivi de près par la Corée du Sud, Taiwan, Hong Kong et Singapour, est le modèle à suivre pour atteindre un niveau de développement comparable à celui de l’Occident. Le défi est désormais de parvenir à un haut niveau de revenus : « travailler intelligemment » pour adopter une économie basée sur le savoir, dans laquelle l’innovation et la créativité sont les nouveaux moteurs et créateurs de richesse. Outre un fort investissement dans l’enseignement et la formation, le relâchement du contrôle imposé par les gouvernements, qui pèse encore dans de nombreux pays d’Asie et limite l’accès des citoyens à l’information, et la mise en place d’un réseau de lecture publique de niveau international 3 sont les clés de cette réussite.

Le temps de la « révolution de l’infocommunication » est-il arrivé 4 ? À Singapour, l’avènement d’une « société plus participative 5 » passe désormais par l’enseignement, la formation et l’accès des citoyens aux réseaux. La vie courante des citoyens est déjà transformée par la connexion gratuite au réseau wi-fi de la ville dans les lieux publics, écoles, hôpitaux, clubs, cafés, restaurants 6.

Les droits d’auteur à l’âge du numérique ont été abordés par la question : « une contrainte pour les bibliothèques numériques ? » 7. Le succès dans la mise en place d’une bibliothèque numérique par une université dépend dans 90 % des cas de l’adoption, par l’université, d’une politique claire sur le droit d’auteur. Ont été évoqués la reproduction électronique, la diffusion électronique, le droit de communication, l’usage loyal (« fair use »), dont l’évaluation est difficile, notamment à Singapour où la jurisprudence dans ce domaine est quasi inexistante. Les bibliothèques de Singapour y ont un réel rôle à jouer dans les améliorations qui peuvent être apportées à la loi sur le droit d’auteur.

Formation continue

À Singapour, la formation continue est un thème d’actualité 8 : le Comité national des professionnels de l’information et des bibliothèques de Singapour, créé en 2005 par l’Association des bibliothécaires et la Bibliothèque nationale de Singapour, a élaboré un processus de certification de « professionnel pratiquant » par l’obtention et la validation de « points » : un total de 100 points, répartis en trois catégories (bibliothéconomie et expertise professionnelle ; nouvelles technologies et vie de la profession ; compétences personnelles) doit être atteint en deux ans et soumis à l’approbation de l’Association des bibliothécaires de Singapour. Réponse aux changements dans la société de l’information et par conséquent à l’obsolescence rapide des connaissances, la mise en place d’un tel système aurait un impact positif en terme de professionnalisation, de travail en réseau entre bibliothécaires, de pertinence des services proposés, mais aussi renverrait une image plus dynamique et attractive du métier. Son succès dépend de l’implication des employeurs et de son acceptation par la profession.

Analyse des coûts et performance

La gestion des coûts est un outil d’amélioration des performances de la bibliothèque 9. Le calcul des coûts basé sur l’activité prend en compte le type de coût, le centre de coût, l’activité et le service. Les stratégies d’optimisation nécessitent une forte coopération entre les différents services de la bibliothèque et l’analyse, voire l’élimination d’activités secondaires. L’optimisation induit une efficience accrue qui mènera nécessairement à une surcharge de travail : les choix alors possibles sont soit d’augmenter le niveau de performance sans augmenter les coûts, soit de réduire les capacités en transférant les personnels.

L’étude menée en mai 2005 par la bibliothèque de l’Université nationale de Singapour 10, motivée par la demande de l’Université d’étendre les services de la bibliothèque aux membres et institutions externes, illustre concrètement le calcul des coûts basé sur l’activité. Elle a permis de chiffrer le coût de chaque service et surtout, par une démarche qualité, d’améliorer l’efficacité du traitement des tâches. La bibliothèque a rejoint le groupe de projet sur la performance (« benchmarking ») des bibliothèques universitaires mis en place par l’université de Manchester.

Dans le même domaine, la bibliothèque de Singapore Polytechnic a amélioré le circuit du document en diminuant le temps de traitement de deux jours, passant ainsi de neuf à sept jours 11. L’analyse des pratiques dans d’autres bibliothèques de taille équivalente, à Singapour et à l’étranger, a mis en lumière la corrélation entre le temps de traitement le plus court et la flexibilité et la multifonctionnalité du personnel ainsi que la récupération des notices bibliographiques. Des indicateurs de performance ont été mis en place afin de poursuivre le processus d’amélioration.

Présentations et visites

La Bibliothèque nationale de Singapour a présenté les grandes lignes de sa politique d’action culturelle, alternance de « petites » animations (« Collaborate + Design with Bear Fruit ») 12 et de « grands » événements (Jackie Chan à la Bibliothèque), ainsi que la campagne « Posez une question stupide 13 », dont le but est à la fois de « désinhiber » le lecteur et de l’aider à trouver lui-même la réponse 14.

Enfin, de nombreux projets intéressants ont fait l’objet de présentations sur poster, parmi lesquels on notera les services de référence en ligne (service par SMS de la Bibliothèque nationale de Singapour, association avec la bibliothèque de Shangai pour les questions concernant la Chine), la formation des usagers (bibliothèque de l’université de Nanyang), les bibliothèques numériques et les services innovants des bibliothèques universitaires (consultation de documents numérisés avec l’interface de e-learning et consultation du catalogue sur organiseur ou téléphone 3G à la bibliothèque de l’Université nationale de Singapour), les programmes d’incitation à la lecture de la Bibliothèque nationale de Singapour et la présentation de son prototype de « distrib uteur de livres » qui sera installé courant 2007 dans plusieurs endroits de la ville (stations de bus, de métro, aéroport, centres commerciaux, HLM, hôpitaux…).

La seconde journée de la conférence s’est conclue par la visite de la Bibliothèque nationale de Singapour et celle de la toute nouvelle bibliothèque de Republic Polytechnic.

Illustration
Bibliothèque nationale de Singapour, 10e étage, salle des collections sur Singapour et l’Asie du Sud-Est. Photo : Aurélie Bosc