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Les archives ouvertes

Un nouveau mode de communication scientifique ?

Marie-Line Chautemps

Le lundi 27 novembre 2006, au Fiap Jean Monnet à Paris, le Club2E (Club des utilisateurs des progiciels de Ever Ezida) avait invité les chercheurs, les professionnels des métiers de la documentation et des bibliothèques et les professionnels de l’édition scientifique à découvrir différents aspects des archives ouvertes.

Le mouvement des archives ouvertes commence en 1991, avec la création par le physicien américain Paul Ginsparg du système ArXiv qui permet le dépôt et la diffusion via internet de documents scientifiques (pré-publications, publications et post-publications) en accès libre et offre un stockage pérenne de ces données. Le domaine couvert était à l’origine la physique et s’est ensuite étendu à d’autres sciences telles que l’informatique et les mathématiques. Des chercheurs de toutes disciplines et de nombreuses institutions ont depuis lors pris position en faveur des dépôts dans des archives ouvertes et ont adhéré au mouvement du « libre accès » en parallèle au circuit traditionnel des revues scientifiques.

HAL, la plate-forme de forage interétablissements

Daniel Charnay, directeur du Centre pour la communication scientifique directe (CCSD) a ouvert cette journée avec la présentation de la plate-forme HAL (Hyper Article en Ligne) 1. Le serveur HAL permet l’auto-archivage et la mise à disposition libre et gratuite de la production scientifique de toutes disciplines. Un texte déposé dans HAL doit décrire un travail achevé de recherche, conforme aux usages scientifiques de la discipline ; le contenu et le niveau doivent être comparables à ceux exigés des manuscrits soumis à des revues scientifiques à comité de lecture. Les documents font l’objet avant leur mise en ligne d’un rapide examen destiné à vérifier qu’ils répondent à ces critères. Les documents acceptés reçoivent une adresse web stable et peuvent ainsi, comme toute publication scientifique, faire l’objet d’une citation. Le retrait des documents n’est pas autorisé afin de responsabiliser les auteurs et d’assurer la pérennité des URL. Les utilisateurs sont soumis aux règles habituelles des publications scientifiques, telles que le respect du droit d’auteur, l’obligation de citation des travaux antérieurs, l’interdiction du pillage intellectuel. Le « Manuhal » précise les modalités d’utilisation de la plate-forme (dépôt, métadonnées, usage des collections et des tampons…). Tout dépôt dans HAL relevant d’une discipline scienti-fique existant chez ArXiv peut être automatiquement dupliqué dans cette base. HAL permet la fourniture de listes de publications par auteur, mais aussi par institution, établissement ou laboratoire.

En juillet 2006, un protocole d’accord interétablissements a été signé conjointement par le Cemagref, Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement, le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), le CNRS (Centre national de la recherche scientifique), la Conférence des présidents d’université, l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique), l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), l’Institut Pasteur, l’IRD (Institut de recherche pour le développement) et la Conférence des grandes écoles, en vue d’une approche coordonnée au niveau national pour l’archivage ouvert de la production scientifique (protocole AO). Ce protocole définit les modalités d’une démarche coordonnée de l’archivage ouvert et désigne HAL comme plate-forme partagée pour le dépôt des pré- et post-publications.

Une expérience d’archives ouvertes en Alsace : Flora en liaison avec HAL

Catherine Douvier, de la Maison interuniversitaire des sciences de l’homme – Alsace (Misha) à Strasbourg, a ensuite présenté une expérience d’archives ouvertes, reposant sur une application de Flora 2 en liaison avec HAL. La Misha participe au développement de la recherche en sciences humaines et sociales (SHS) dans la région Alsace, dans un contexte interdisciplinaire et international, dans le domaine des sciences de l’Antiquité et du droit des affaires européennes. L’objectif de la Misha était de réaliser un réservoir-dépôt de publications alsaciennes de SHS interconnecté avec HAL, de manière à constituer un système complet d’archivage local pour les chercheurs alsaciens. Ever Ezida a créé une interface entre Flora et HAL qui permet, après un dépôt unique d’un document dans le système Flora, de le soumettre automatiquement à la validation dans HAL. La validation automatique dans HAL devrait être possible d’ici quelques mois. Un lien avec l’environnement numérique de travail alsacien est également en cours de développement. Les chercheurs en SHS s’avèrent plus ou moins difficiles à convaincre, selon les disciplines, de déposer leurs archives. Si les historiens et les archéologues n’hésitent pas à déposer des documents en texte intégral, les littéraires se révèlent plus réticents et préfèrent généralement, par crainte du plagiat, se limiter au dépôt des seules notices bibliographiques.

Archives ouvertes et édition : regards sur la situation anglophone

Ghislaine Chartron, professeur d’ingénierie documentaire au Cnam (Conservatoire national des arts et métiers), a ensuite étudié le processus des archives ouvertes à travers les pratiques du monde de l’édition anglophone. Le phénomène des archives ouvertes remonte à quinze ans déjà 3. Elles peuvent être qualifiées de « technologies disruptives » en ce sens qu’elles génèrent de l’innovation et changent l’ordre établi. Les revues en accès libre sont soit financées par les auteurs, soit subventionnées en amont. Elles se caractérisent par l’hétérogénéité des contenus : c’est le cas notamment de Repec (REsearch Papers in EConomics) 4 que l’on pourrait qualifier d’anti-HAL. Les éditeurs et les archives ouvertes sont deux mondes qui ne s’ignorent plus et cherchent à présent à collaborer. Le site Sherpa, et sa composante Romeo 5 qui informe sur la politique éditoriale des éditeurs en matière d’auto-archivage, en est un exemple.

Marc Minon a ensuite présenté Cairn 6, portail francophone de revues en texte intégral de sciences humaines et sociales. La journée s’est terminée par la présentation de deux retours d’expérience d’archives ouvertes. Nicole Pinhas a fait part de l’expérience de l’Inserm d’adaptation de HAL aux spécificités et aux exigences du domaine de la santé et de la médecine 7. Puis Christine Berthaud, de l’Institut des sciences de l’homme de Lyon, a présenté HAL-SHS, l’archive ouverte en sciences de l’homme et de la société 8.

Les différents aspects des archives ouvertes décrits au cours de cette journée d’étude constituaient une bonne introduction pour prendre conscience de l’importance croissante de ce nouveau mode de diffusion des publications scientifiques et de ses enjeux.