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Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis

Florence Bianchi

Du 22 au 27 novembre 2006, s’est tenue à Montreuil la 22e édition du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis, organisée par le CPLJ-93 1, Centre de promotion du livre de jeunesse.  Avec ses 146 300 visiteurs, soit une hausse de 3 % par rapport à 2005, le Salon se porte bien, à l’instar de la littérature jeunesse, en progression de 15,6 % en 2005. La part belle était faite aux expositions, notamment à « Figures Futur », compétition de jeunes et nouveaux illustrateurs proposant leur interprétation d’Alice et Peter Pan, les deux invités du Salon.

Le temps au Salon

Autre sujet d’expositions, et thème du Salon : le temps, avec « C’est pour aujourd’hui ou pour demain ? », de Frédérique Bertrand, illustrant quelques-unes des expressions quotidiennes autour du temps, ou encore le Supermarché Ferraille des Requins Marteaux – autour du mot d’ordre « le temps, c’est de l’argent » – avec ses étalages de boîtes de conserve de miettes de dauphin ou de foie gras de chômeur.

Le temps est aussi présent d’octobre 2006 à juin 2007 dans les bibliothèques du département, avec « Tuer le temps », thème de Hors limites, programme de rencontres autour du livre proposé par l’association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis 2 en lien avec le CPLJ-93, qui organise journées d’étude et colloque 3 sur le thème : « La littérature jeunesse : une littérature de son temps ? ».

Grosse chaleur sur le Salon – la climatisation est bel et bien son point faible… –, très fréquenté en permanence, par des vagues de public successives, permettant d’apprécier différentes ambiances selon les temps d’accueil privilégiés des visiteurs : groupes de scolaires profitant avec un enthousiasme bruyant des actions pédagogiques et des animations proposées par le CPLJ-93 et les éditeurs en semaine, familles venant nourrir les très longues files d’attentes aux stands pour les dédicaces, mais aussi parents et enfants qui parviennent parfois à se fabriquer un nid pour un moment privilégié de lecture le week-end, professionnels très adultes et studieux le lundi, se tassant, stylo à la main, dans des petites salles bondées pour suivre les très nombreux débats organisés à leur intention.

Agir ensemble pour la culture en Seine-Saint-Denis

Parmi ceux-ci, on peut noter l’importance des débats liés au département et à ses spécificités, mises en exergue par novembre 2005 et ses… « événements » ? « émeutes » ? « révoltes » ?… le terme lui-même était un sujet de polémique, notamment vendredi soir à La Fabrique, nouveau lieu de rencontre et de convivialité du niveau – 1. Celui-ci accueillait « Lire écrire, conter en Seine-Saint-Denis : résister et inventer », table ronde (ouverte à tous) réunissant auteurs, créateurs et médiateurs travaillant dans le département, organisée par le CPLJ-93 et le manifeste « Agir ensemble pour la culture en Seine-Saint-Denis ! », lancé le 6 mars 2006, à l’initiative d’Hervé Bramy et Claire Pessin-Garic, du conseil général. Marie Desplechin a ainsi évoqué la particularité de la Seine-Saint-Denis, dont la volonté de développer des actions culturelles est sans équivalent. Elle a souligné la cohérence des actions, et la manière unique de travailler des bibliothèques.

Selon Dominique Tabah (de la bibliothèque municipale de Montreuil, après une longue carrière à Bobigny), si les bibliothèques ont pu connaître un certain retard, notamment face à un public difficile à conquérir, il n’était pas question de se contenter de mettre les livres à disposition, il fallait inventer, pratiquer des « expérimentations » – terme que n’apprécie pas Hervé Bramy, qui rejette l’image du « laboratoire » associée à son département –, afin « d’associer quelque chose de l’histoire de ces publics à ce qui se crée », démarche de « confiance au lieu, au lien au lieu » (Marie Desplechin).

Parce que « l’accès de toutes et tous aux œuvres, à toutes les œuvres est un droit dont l’exercice doit être rendu possible à chacune et à chacun 4 », le Salon a offert cette année 5 884 chèques Lire aux établissements de zone d’éducation prioritaire, et accueilli 2 016 enfants de la Caisse d’allocations familiales, du Secours populaire et de Cultures du cœur – Rodny Masson a insisté sur le travail fait en amont du Salon pour que les enfants et familles invités par l’entremise de son association puissent « être autonomes, se comporter comme tout le monde, ne pas être stigmatisés ». Sylvie Vassalo, directrice du Salon, a cependant exprimé la nécessité d’« aller encore plus loin, sur des lieux où l’on ne va pas encore ».

La chaîne du livre en question

La Région Île-de-France, forte de sa toute nouvelle politique du livre, organisait trois débats questionnant la chaîne du livre. « Prendre en réparation le monde : les ateliers d’écriture », a accueilli un François Bon très applaudi. « L’indépendance en question », ne fut pas – seulement – un procès d’intention à Thierry Magnier, qui a rejoint Actes Sud et se sent néanmoins « indépendant », dans la mesure où il « constitue un fonds », où il suit son catalogue et ses auteurs, et où il se sent même « un peu plus libre dans sa création ». Il fut aussi, avec Jean-Marie Ozanne (librairie Folies d’encre à Montreuil), qui a pointé la différence entre « indépendance » – notion décidément difficile à définir – et « autonomie », l’occasion d’affirmer la solidarité – ou du moins une problématique de l’indépendance commune – entre édition et librairies : les librairies ont besoin d’éditeurs indépendants, c’est même une « absolue nécessité au regard de la bibliodiversité ». « La chaîne du livre, pour quoi faire ? » a permis à Henriette Zoughebi, conseillère régionale, d’affirmer la volonté des différents maillons de faire vivre la chaîne, volonté qui devrait déboucher sur un observatoire régional de l’interprofessionnalité.

Parmi les autres débats très fréquentés : « Donner à lire aux tout-petits », ou encore « Dire le monde », sur l’importance pour la presse et la littérature jeunesse d’être au plus près des préoccupations de notre temps. Bref, impossible, sans avoir le don d’ubiquité, d’être de tous les débats, stands et expositions, même en restant jusqu’aux applaudissements de clôture.