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La construction collective des savoirs

S@voirs réseaux partage 2006

Thomas Chaimbault

Les 23 et 24 novembre 2006 avait lieu, dans les locaux de l’École normale supérieure lettres et sciences humaines, à Lyon, la deuxième édition de « S@voirs réseaux partage », un colloque bisannuel organisé par l’association Doc Forum, qui se proposait de revisiter les territoires de la connaissance à travers, notamment, une réflexion sur « la construction collective des savoirs ».

Les outils collectifs au service de la construction du savoir

Les interventions de la matinée du 24 novembre questionnaient les nouveaux outils de production collective des savoirs que nous offrent les évolutions technologiques, et notamment le mouvement du web 2.0. Ainsi, une brève présentation des outils précéda des interventions décrivant leur utilisation dans des domaines aussi variés que la recherche, les collectivités, les médias ou l’entreprise.

Olivier Amprimo, docteur en sciences de gestion, ouvrit la séance par une présentation des outils sociaux définis comme des « technologies établies qui évoluent » et des « usages qui se massifient ». Selon lui, le web 2.0 présente quatre facettes : une information fluidifiée, une classification personnelle des contenus via les folksonomies, l’émergence d’applications sociales glissant du bureau à des serveurs dédiés et l’apparition de régulations nouvelles mettant l’individu au centre des applications.

Jacques Ducloy, chercheur au CNRS, a d’abord fait part de l’expérience acquise au sein du projet Artist 1, à l’origine de la publication de la revue (web et papier) Ametist 2. Ce projet, fondé sur plusieurs expérimentations de rédactions collectives, fait cohabiter mécanismes collaboratifs (forums) et comportements éditoriaux.

Représentant la Fing 3, Hubert Guillaud a ensuite tenté de dresser le portrait de ce que pourrait donner l’application des concepts du web 2.0 aux territoires. Son idée était que le « territoire 2.0 », en tant que construction sociale et appropriation d’un espace délimité, devait amener une plus grande participation des citoyens aux projets des collectivités, le suffixe 2.0 rappelant que l’innovation allait venir des réseaux.

En tant qu’ancien directeur du groupe Cnet, Julien Jacob a rappelé que l’élément central des médias 2.0 était que les utilisateurs en généraient le contenu. Ces utilisateurs ont pris le pouvoir en termes d’usage et espèrent trouver de l’information fiable, participer, être reconnu. Il faut donc, selon lui, proposer du participatif éditorialisé, à savoir un média ouvert et multiplateforme, dont les apports ne seraient pas uniquement technologiques mais sociaux.

Enfin, Christophe Routhieau, de la société BlueKiwi et François Nonnenmacher, auteur du livre Blogueur d’entreprise, ont abordé, l’un après l’autre, l’application des concepts 2.0 dans le monde de l’entreprise, les outils web devant permettre de développer la communication interne, ainsi qu’une logique de partage de l’information, tout en précisant que ces technologies ne peuvent être efficaces que s’il existe une bonne organisation interne.

Peut-on produire des savoirs collectifs ?

L’après-midi s’ouvrait sur une première conférence abordant la question de la production de savoirs collectifs.

Alain Caraco, directeur du SCD de l’université de Savoie, a présenté le projet Wikipédia, rappelant qu’à l’origine, il était censé proposer des articles à la validation d’experts avant mise en ligne, et soulignant son succès par quelques chiffres. Il est ensuite revenu sur divers aspects de l’encyclopédie, comme son financement par une fondation, ou la question de la fiabilité de ses sujets, garantie selon lui par le nombre d’intervenants.

L’effectivité de ces réseaux sociaux démontrée, Évelyne Broudoux, maître de conférences à l’IUT de Vélizy–université de Versailles–Saint-Quentin, souligna le rôle des folksonomies, partage des ressources par l’indexation, dans la construction de l’information, qui ont favorisé l’émergence de groupes, de documents, d’identités d’auteurs et de constitutions de réseaux sociaux.

Annelise Touboul, maître de conférences à Lyon II, a ensuite démontré, à travers ses recherches sur le journalisme participatif, que les paroles des citoyens demeuraient encadrées et mises en scène, les journalistes distinguant clairement les paroles profanes issues des blogs, forums mis à disposition par les journaux, de leurs écrits experts.

Pour finir, c’est aussi sous le signe de la contrainte que Christian Vandendorpe, professeur à l’université d’Ottawa, aborda les cadres juridiques actuels vus comme des « corsets rigides pour les nouvelles réalités du web » et évoquant plutôt un espace culturel en reconstruction.

La problématique de la gestion de cette information domina la seconde conférence. Pour l’illustrer, Ghislaine Chartron, de l’Institut national des techniques de la documentation (INTD–Cnam), qui présidait la séance, avait invité Martine Dreneau, responsable de la documentation à l’observatoire régional de la santé Rhône-Alpes, à présenter la Banque de données de santé publique 4, maintenue collaborativement par un réseau de producteurs ouvert, bénévole, et conventionné.

Responsable juridique des Creative Commons, Mélanie Dulong de Rosnay fit une présentation rapide des six licences utilisées pour contrer l’adaptation abusive des droits en laissant à l’auteur d’un produit décider par avance de son utilisation future.

Stéphane Sacquépée, représentant la ville de Lyon, expliqua combien ces outils participatifs étaient importants pour impliquer les citoyens et les aider, d’une part à acquérir des connaissances, et d’autre part à se retrouver dans la jungle informationnelle (et administrative).

En conclusion, Jean-Michel Salaün, directeur de l’Ebsi (École de bibliothéconomie et des sciences de l’information, Montréal), rappela la réflexion actuelle au Canada sur l’encadrement économique et juridique de la société du savoir 5 qui implique tous les acteurs (collectivités, institutions, bibliothèques…) et entraîne une responsabilisation collective dans la définition de l’accès au savoir.