entête
entête

Pierres vives

Le projet de pôle culturel et sportif du département de l’Hérault

Mélanie Villenet-Hamel

En 2001, le département de l’Hérault s’est trouvé confronté à une saturation des locaux pour les archives départementales et la bibliothèque départementale de prêt. Parallèlement, Hérault sport, qui assure l’animation sportive sur le terrain pour le compte du département, se trouvait lui aussi à l’étroit dans ses locaux. C’est alors qu’est née l’idée de rassembler ces trois services assurant chacun une mission essentielle à la politique du département : la mémoire partagée, la lecture publique et l’animation sportive.

« Je ne bâtis que pierres vives, ce sont hommes »

C’est de cette citation du Tiers Livre, de Rabelais, que le futur bâtiment départemental dédié à la culture et au sport tire son nom. Sa construction démarrera en 2007. Bâti sur cinq niveaux, il accueillera les archives départementales (11 000 m²), la direction départementale du livre et de la lecture (3 100 m², dont 526 m² de médiathèque ouverte aux bibliothèques du réseau départemental, aux documentalistes des centres de documentation et d’information des collèges, aux différents partenaires, mais aussi au grand public), et Hérault sport (1 500 m²). Le bâtiment abritera en outre 2 250 m² d’espaces partagés consacrés à l’exposition et à l’animation, avec un auditorium de 250 places.

Les contraintes pesant sur la réalisation d’un tel bâtiment sont celles des établissements modernes alliant conservation et lecture publique : il s’agit de faire coexister dans un même lieu 60 km d’archives, près de 300 000 documents (livres, CD, DVD…), un amphithéâtre, des salles d’exposition, tout en intégrant la volonté affirmée d’engager ces services départementaux dans la révolution numérique. Le projet architectural proposé par Zaha Hadid, architecte anglo-irakienne et première femme lauréate du prix Pritzker, présente toutes les fonctionnalités demandées, répond parfaitement à toutes les exigences techniques (le bâtiment doit supporter une charge d’1,4 t/m²) et pose un geste architectural remarquable dans un site qui a souffert d’une urbanisation d’urgence. Cet édifice à forte identité apportera une valorisation au nord-ouest de la ville de Montpellier. La parcelle de 3,5 ha qui accueillera Pierres vives et son environnement – un nouveau quartier sera aménagé par le département de l’Hérault – est en effet située en zone périurbaine à la jonction des quartiers de La Paillade, de Malbosc et d’Alco.

Mélange de verre, de béton et d’acier, le bâtiment, comparé par l’architecte à un arbre couché, là où d’autres voient un immense vaisseau nervuré de lumière, entend, par son audace et par ses volumes mettant les espaces publics en pleine lumière, au sens propre, signifier une volonté institutionnelle forte en direction de la culture et du sport. Si les trois services sont répartis sur plusieurs niveaux et très distinctement identifiés, l’ensemble n’est pas conçu comme un lieu faisant coexister trois établissements côte à côte mais bien comme un espace à part entière, où archives, bibliothèque et office des sports, tout en se consacrant à leurs missions historiques, proposeront des services innovants et communs. La place importante laissée aux espaces mutualisés : hall d’exposition, espace multimédia ouvert, en trait d’union entre la salle de lecture des archives et la médiathèque, auditorium, salles de réunion, implique de fait un travail d’animation du bâtiment mené en commun, autour des collections et des compétences des quelque 200 personnels qui investiront le lieu.

Illustration
Un immense vaisseau nervuré de lumière. Photo : Olivier Mas

Distribution des espaces

La direction départementale du livre et de la lecture (DDLL, nouvelle appellation de la BDP adoptée en 2004, correspondant à l’élargissement de ses missions) devrait, dans ce nouveau lieu, bénéficier de conditions optimales pour la mise en œuvre de ses missions traditionnelles.

Tous les espaces ont été imaginés dès le programme pour respecter le circuit du document. Ainsi, le rez-de-chaussée regroupe-t-il à proximité des bibliobus tous les espaces logistiques et techniques. Les magasins, deux niveaux plus haut mais desservis par des monte-charge aboutissant au cœur de la zone de transit, permettent le stockage des collections sur un seul étage et ont été pensés pour permettre le choix sur place ; c’est sur ce même niveau que sont regroupés l’administration, les bureaux des bibliothécaires et les salles de formation.

Les espaces de formation et de réunion, qu’il s’agisse des salles propres à la DDLL ou qu’elles soient mutualisées, permettront une nette montée en charge de l’activité de formation et d’animation du réseau départemental. L’espace médiathèque doit, lui, remplir plusieurs fonctions : médiathèque de démonstration pour les bibliothécaires du réseau départemental, il doit aussi être un espace d’animation, au plus près des collections. C’est le lieu naturel des actions de médiation, comme par exemple les formations en direction des professionnels de la petite enfance, mises en place depuis quelques années dans les relais assistantes maternelles et les médiathèques du réseau. Les collections spécifiques autour de la littérature pour adolescents, destinées à renforcer les CDI des collèges, en feront également un lieu de rencontre idéal entre documentalistes et bibliothécaires.

Enfin, on le sait, un bâtiment public d’une telle envergure implanté dans un quartier doit savoir s’ouvrir à la population. Pourquoi se contenter de laisser le grand public n’accéder qu’aux espaces d’exposition ? Sans se substituer aux médiathèques de l’agglomération de Montpellier qui maillent fort bien le territoire, cette médiathèque départementale peut offrir ses collections, numériques ou papier, à la consultation sur place. Aux côtés des livres, CD et DVD, les ressources électroniques, qu’il s’agisse d’abonnements à des périodiques en ligne, de livres électroniques ou d’accès à Internet, seront valorisées et mutualisées avec l’offre numérique des archives à travers un portail commun.

L’objectif affiché est bien, en 2009, de proposer une lecture publique départementale centrée sur le soutien au réseau des médiathèques mais proposant un bouquet de services dont chacun pourra profiter sur place, faisant vivre Pierres vives dans son quartier, dans sa ville, et bien sûr dans son département.