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Bibliothèque multimédia intercommunale Épinal-Golbey

L’âme du projet, un carré essentiel construit autour de la salle des boiseries

Hélène Hamon

Nicolas Chabanne

Laurent Bugaut

La bmi, bibliothèque multimédia intercommunale d’Épinal-Golbey, ouvrira ses portes au public en 2008, dotant la Lorraine d’un nouvel établissement de lecture publique, affichant à l’entrée du chef-lieu des Vosges un espace contemporain, alliance de la littérature et de l’image, affirmant la nécessité de ce lieu de liberté qu’est la bibliothèque pour les habitants d’Épinal et de son territoire.

Cette bibliothèque est la conjugaison de la volonté politique, du geste architectural et du programme fonctionnel. Lauréate du concours d’architectes organisé en 2005, l’agence lyonnaise Jean Chabanne & partenaires a œuvré en étroite concertation avec la maîtrise d’ouvrage pour créer un espace public fédérateur et structurant, signal fort dans ce quartier situé à proximité immédiate du centre-ville. La bibliothèque s’installera sur une friche industrielle faisant l’objet d’une requalification urbaine, dans un environnement conciliant le loisir et la mémoire – le parc du château – et le propos culturel – la bibliothèque et le multiplexe cinématographique. Il s’agit bien d’un signal à la monumentalité maîtrisée, au sens architectural comme dans l’organisation des espaces intérieurs.

Le parti pris architectural est un volume unitaire et sculptural, entaillé et fracturé selon des traces obliques ; ce sont les failles, ces lignes qui vont encadrer la salle des boiseries et guider le visiteur – nous ne parlerons pas encore de lecteurs puisque la première visite est souvent motivée par la curiosité… À cette vision unitaire de l’architecture répond une vision unitaire du public, pris en considération dans toutes ses composantes. La bmi, lieu de rencontres possibles.

Illustration
La bmi depuis le parvis. © Agence Jean Chabanne & partenaires, 2006.

Littérature et image

La thématique de la littérature et de l’image se développe en filigrane dans un jeu entre écrans ponctuels montrant des images, qui animent les façades, et un ruban horizontal calligraphié, qui les surligne. Au-delà de l’identité du projet, un dispositif qui devient vecteur de communication, mettant en résonance l’extérieur d’un bâtiment et son contenu, le signe, les signes. Le signe sous toutes ses formes. Les livres anciens, les livres contemporains, la musique, le film, la presse comme autant de créations artistiques et de vecteurs d’information, accessibles dans leur réalité au sein des espaces dédiés comme, sous forme numérique, en ligne. Portés aussi via la mise en place du réseau externe au devant des lecteurs dans les lieux de vie – au port d’Épinal, durant l’été, des chalets emplis de livres –, dans les lieux d’éducation – le projet éducatif écrit avec les enseignants –, dans les lieux d’accueil de personnes fragiles et en situation d’exclusion – les partenariats se tissent, dès à présent, quotidiennement. Un réseau externe pour diffuser aussi hors les murs, pour ne pas rester dans les murs…

Mémoire et modernité

Fragment de patrimoine lié depuis la Révolution à la bibliothèque, les boiseries XVIIIe provenant de l’abbaye de Moyenmoutier. Cet ensemble remarquable de cabinets de chêne, rare témoin de la disposition en épi antérieure au XIXe siècle, est mis en scène dès l’espace d’accueil. Le démontage, le transfert, la restauration et le remontage de l’ensemble, classé au titre des objets mobiliers, sont placés sous la maîtrise d’œuvre de l’architecte en chef des monuments historiques.

C’est un bâtiment dans le bâtiment, au calepin soigné, que tout visiteur rencontrera lors de son parcours dans l’établissement. Une réconciliation voulue entre mémoire et modernité. Les espaces s’organisent autour de cet écrin, les secteurs jeunesse, adultes et musique & image se composent autour de lui, leur fluidité jouant de son apparence massive. Deux passerelles semblent créer un trait d’union entre générations (le secteur tout-petits est localisé au-dessus des boiseries) et entre savoirs : les livres anciens sortiront naturellement de la salle vers le hall, la salle d’actualités et la cafétéria.

Fluidité

Le parti fonctionnel privilégie simplicité, lisibilité des espaces et fluidité. L’organisation en deux plateaux reliés par un hall rend le fonctionnement évident et lisible dès l’entrée. Il s’agit de permettre un parcours libre comme d’inviter et inciter tout au long de ce parcours. L’implantation du mobilier et les choix effectués en termes de scénographie des collections soulignent ce propos. Les liaisons sont efficaces et dédiées, résultat de la rencontre entre le parti pris architectural et les usages pressentis ou suggérés dans cet espace. Les salles de consultation sont pensées comme point de rencontre entre jeunes et adultes, des salles communes pour travailler ensemble ; les collections se rejoignent.

Les banques d’information, calées sur la ligne du faux plafond bas, rythment le cheminement comme autant de repères animés d’une présence humaine forte et nécessaire, assurant l’accueil et le dialogue indispensable entre usagers et professionnels.

Lumière

La lumière zénithale est favorisée, une lumière diffusée par des lanterneaux, complétée par les bow-windows qui cadrent les vues. Entre intérieur et extérieur, entre intimité de la lecture et ouverture sur le monde. Intimité dans un carrel qui peut être réservé, occupé durant des heures – des jours – comme un bureau personnel au cœur de cet espace commun et riche de ressources documentaires réelles et virtuelles. Ouverture sur le monde en prenant place au sein de cette ligne bordant les bow-windows, qui rend possible la concentration parmi les autres, qui offre de passer de la page au paysage.

La salle d’actualités, espace emblématique, est située à l’entrée, marquant ainsi le positionnement et le rôle de la bibliothèque, invitant le lecteur à appréhender – à maîtriser ? – cette tension entre local et global. Espace phare de la bmi, porteur de projets d’actions culturelles relayées dans des espaces spécifiques : information Est et grande région, espace lire-écrire-éditer, salle conte et parole.

Les transparences accentuent la luminosité, comme un écho aux lumières de Lorraine, les perspectives traversantes relient les espaces entre eux, comme un écho aux liens entre le livre qui donne son nom à la bmi et les lecteurs qui lui donneront sens.

Bibliothèque multimédia intercommunale d’Épinal-Golbey

(ouverture prévue en 2008)

Maîtrise d’ouvrage : communauté de communes Épinal-Golbey

Maîtrise d’ouvrage déléguée : SEBL (Société d’équipement du Bassin lorrain), Metz

Architecte : agence Jean Chabanne & partenaires, Lyon

Maîtrise d’œuvre :

– pour les boiseries de Moyenmoutier : Pierre Bortolussi, architecte en chef des monuments historiques

– pour le mobilier et le matériel : Ligne et couleur

Programme : abcd consultants

Présentation du projet sur les sites

– Ville d’Épinal, pages culture, Bibliothèque intercommunale :

http://www.epinal.fr/sport_culture_loisirs/bibliotheque/bibliotheque.shtml

– Agence Chabanne & partenaires :

http://www.chabanne-architecte.fr/

Surfaces

Surface utile : 4 232 m2 – Shon : 4 918 m2

Système d’information

– Portail Internet, portail wi-fi portant sur l’ensemble des espaces publics, salle de formation et animation TIC, numérisation des documents patrimoniaux

– SIGB : Aloès, OPSYS

– RFID : NEDAP

– Rétroconversion : SAFIG

– Salle de formation et d’animation :

AID Computers

Acquisitions

– Plan de développement des collections sur six ans

– À terme 157 950 documents dont, en libre accès :

65 000 livres en secteur adultes

2 000 livres en salle d’actualités

33 650 livres en secteur jeunesse

25 000 CD, DVD et livres en secteur musique & image

30 000 documents en réseau externe

– Documents patrimoniaux et réserve : environ 40 000 livres.

Personnel

40 ETP à terme

Coût prévisionnel

– Construction : 11 481 600 €

– Traitement des boiseries de Moyenmoutier : 773 780 €

– Informatisation : 1 390 590 €

– Mobilier matériel : 1 161 120 €

– Acquisitions : 2 185 100 €

Calendrier général

– 2004 : écriture du programme

– 2005 : concours de maîtrise d’œuvre

– 2006 : démarrage du chantier de réhabilitation du site

Approbation de l’APD et dépôt du permis de construire

– 2007 : démarrage du chantier de construction

– 2008 : ouverture au public