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La politique culturelle en débat

anthologie, 1955-2005

textes réunis et présentés par Geneviève Gentil et Philippe Poirrier. Paris : La Documentation française : Comité d’histoire du ministère de la Culture, 2006. – 211 p. ; 24 cm. - (Travaux et documents, no 21).
ISBN 2-11-006089-1 : 15 €

par Anne-Marie Bertrand

Cet ouvrage s’ajoute à la longue liste des travaux élaborés ou publiés sous l’égide du Comité d’histoire du ministère de la Culture (vingt-trois sont cités en annexe). Sous la direction de -Geneviève Gentil, secrétaire générale du Comité d’histoire, et de Philippe Poirrier, professeur à l’université de Bourgogne, ce livre est un recueil d’extraits de textes émanant de divers personnages (je vais éclairer mon propos plus loin). Il a pour objet de « faire saisir le sens général de la politique culturelle […] à travers le débat politique et intellectuel » (préface de Philippe Poirrier).

Extraits de textes

Quarante-six extraits figurent dans le recueil, issus de livres, articles ou discours traitant de la politique culturelle. Le parti de cet ouvrage est de considérer que depuis 1955 il n’a été mis en œuvre qu’une politique culturelle (appelée « la » politique culturelle). Celle-ci a pu connaître des avatars multiples (démocratisation culturelle, développement culturel, démocratie culturelle, diversité culturelle, etc.) mais est clairement pensée par les directeurs de l’ouvrage comme une unité. Ce qui amène à poser deux questions : d’une part, sur la place des politiques territoriales par rapport à « la » politique culturelle ici traitée ; d’autre part, sur l’unité de cette politique. Les politiques territoriales sont effectivement traitées ici ou là (notamment dans les propos de Jack Ralite ou Jean-Pierre Saez) et cette dualité est bien prise en compte ; l’unité de « la » politique culturelle est, elle, considérée comme un postulat. Postulat sur lequel les historiens s’accordent volontiers mais qui appellerait quelques nuances : comment ne pas constater une distorsion entre la politique de Malraux et celle de Lang ? Surtout, comment ne pas souligner l’affaiblissement de la politique étatique, la diminution de ses moyens d’intervention, les inquiétudes récurrentes sur son effacement, les velléités tout aussi récurrentes de refondation ?

Divers personnages

Les textes rassemblés émanent de plusieurs sources. D’une part, et c’est la part belle, les acteurs politiques, en particulier les ministres : de Malraux à Jacques Duhamel, de Michel Guy à Jacques Toubon en passant (bien sûr) par Jack Lang, de Catherine Tasca à Jean-Jacques Aillagon et Renaud Donnedieu de Vabres, le paysage est complet. Les présidents Pompidou, Mitterrand et Chirac apportent leur pierre à ce florilège. D’autre part, deuxième source, les travaux des universitaires : Pierre Bourdieu, Olivier Donnat, Philippe Urfalino, par exemple, sont mobilisés. Troisième source, les intellectuels : ni Alain Finkielkraut, ni Marc Fumaroli ne manquent à l’appel. Quatrième source, les acteurs (autres que les ministres) : militants et anciens responsables ministériels mêlent leurs voix d’acteurs engagés dans une politique à laquelle ils apportent souvent un éclairage critique – c’est le cas, en particulier, des anciens directeurs d’administration centrale dont on sait (de Michel -Schneider à Maryvonne de Saint--Pulgent) combien leur discours peut être sans nuance.

Cet éclectisme dans les sources, qui s’ajoute à la brièveté des extraits, laisse un peu sur la faim : accorder trois pages à la présentation des positions/analyses de Finkielkraut ou d’Urfalino est, on s’en doute, une gageure.

Le débat politique et intellectuel

L’objectif de « faire saisir le sens général de la politique culturelle […] à travers le débat politique et intellectuel » est-il atteint ? Le recueil de textes balaye large, des difficultés de la démocratisation jusqu’à la « résistance culturelle » pour « opposer à l’internationale des groupes financiers l’internationale des peuples de culture » (Jack Lang), des rapports entre art et culture jusqu’à la crise du modèle français, de la déconcentration de « la » politique culturelle jusqu’à la « déculturation » (Jean -Dubuffet). L’effet d’émiettement est garanti.

En fait, on parle ici plus de culture que de politique et le débat poli-tique est le grand absent de ce recueil. Plus exactement, le débat politique est visible, en creux, à travers les occurrences des thèmes d’élitisme et de culture de masse et aurait mérité d’être traité de manière plus ample et structurée tant, et ce constat n’est pas nouveau, c’est toujours la question de la démocratisation culturelle qui sous-tend la réflexion sur « la » politique culturelle.

Cet ouvrage se veut le pendant « politique et intellectuel » de Les politiques culturelles en France (La Documentation française, 2002), recueil, lui, de textes administratifs et réglementaires. Il est la version augmentée d’une annexe qui figurait dans le Dictionnaire des politiques culturelles (sous la direction d’Emmanuel de Waresquiel, Larousse, 2001). Si l’objectif est à saluer, on ne peut que regretter qu’il ne soit pas tout à fait atteint. Il incitera du moins à prolonger l’analyse en se référant directement aux textes cités ici en extraits.