entête
entête

Polar

naissance, Zola, néo-polar, Ian Rankin, James Bond, Björn Larsson...

introduction Jean-François Foucaud et Jean-Marc Terrasse. – Revue de la Bibliothèque nationale de France, no 23, 2006. Paris : Bibliothèque nationale de France. – 95 p. ; 27 cm.
ISBN 2-7177-2326-9 : 19 €

par Juliette Doury-Bonnet

La Bibliothèque nationale de France (BnF) avait proposé en mai et décembre 2004 deux « ateliers du livre » sur le thème des littératures populaires 1. Creusant le même sillon, le dossier du dernier numéro de la Revue de la Bibliothèque nationale de France est consacré au polar et reprend l’intervention de Claude Mesplède qui avait offert de vive voix un passionnant panorama français de « cette littérature sans feu ni lieu ».

La BnF « reste un réservoir pour tous ceux qui s’intéressent à la littérature  2 », notent en introduction Jean-François Foucaud et Jean-Marc Terrasse, ajoutant qu’« un livre sur cinq vendus en France est un roman policier, un roman noir, un polar ». Cela justifie d’autant plus que l’on s’y arrête.

Remontant brièvement au XVIIIe siècle, aux séries judiciaires des Causes célèbres, rédigées par des avocats, et à la littérature criminelle plus populaire parue dans la Bibliothèque bleue, Lise Andriès brosse « la naissance du roman policier au XIXe siècle ». Elle montre « qu’Edgar Allan Poe a tout inventé et qu’il est l’héritier génial du roman noir, de la presse judiciaire et du feuilleton ».

Michèle Sacquin éclaire le dernier thriller de Ruth Rendell, The Rottweiler  3, une histoire de serial killer, à la lumière du roman « judiciaire » d’Émile Zola, La bête humaine. Je renchérirai en évoquant la mort même de l’auteur des Rougon-Macquart, une fin un peu mystérieuse, digne d’un roman noir… Néanmoins, c’est peut-être là que le bât blesse : dans cette volonté de légitimation du genre policier par de grands ancêtres ou par des auteurs contemporains « sérieux » qui n’hésitent pas à se frotter à un « mauvais genre ». C’est ainsi que Jean-Marc Terrasse persiste à vouloir faire admettre à un Björn Larsson très réticent à intégrer une catégorie quelle qu’elle soit, qu’il est un auteur de romans policiers. Même si l’écrivain suédois déclare avoir peu de goût pour le genre et n’apprécier que Maurice Leblanc et John Le Carré parmi les auteurs de romans noirs.

Vincent Chenille rappelle l’origine ornithologique du nom de James Bond 4. Il s’attache à montrer en quoi certaines aventures littéraires du personnage – même s’il n’est pas « soluble dans la série noire américaine » – relèvent plus du roman policier que de l’espionnage. Il consacre un paragraphe à la musique des films inspirés par les romans de Ian Fleming, d’autant plus intéressant que bien des polars actuels se déroulent sur fond de jazz (John Harvey, par exemple) ou de rock (Ian Rankin).

Abordant un aspect du roman policier qui justifie l’intérêt que beaucoup portent à ce genre, le témoignage sur l’état de la société, Angèle Christin se penche sur l’évolution des auteurs français du néo-polar, « entre récurrence du héros [et] récurrence du social ».

L’iconographie, remarquable dans l’ensemble du dossier, sert de base à l’article de Jean Lagarrigue, illustrateur qui a créé lui-même des couvertures de romans policiers.

Parmi les autres sujets abordés par cette livraison de la Revue de la BnF (Abraham Bosse, les peintres-graveurs allemands en 1929, etc.), retenons l’article de Marie de Laubier sur les « tribulations d’un personnage et d’un manuscrit de Huymans », La retraite de Monsieur Bougran, acquis par la bibliothèque de l’Arsenal en 2005.

Signalons enfin que la revue de littérature étrangère Transfuge a consacré son numéro 11 de mai-juin au « polar en Europe », dossier de 20 pages qui vient compléter celui de la BnF, en proposant quelques pistes bibliographiques utiles aux bibliothécaires.

  1.  (retour)↑  Voir BBF, 2004, no 4 et 2005, no 2.
  2.  (retour)↑  Après la réforme du dépôt légal, la Bibliothèque des littératures policières (Bilipo), une des bibliothèques spécialisées du réseau de lecture publique de la ville de Paris, demeure attributaire d’un exemplaire du dépôt légal pour les ouvrages policiers.
  3.  (retour)↑  Traduction française aux éditions des Deux terres, 2006.
  4.  (retour)↑  Un colloque international, organisé par la BnF, le Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle, le Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et l’université de Paris X, se penchera sur le cas Bond du 16 au 18 janvier 2007.