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Apprivoiser le futur

Pascal Cordereix

Les rencontres des 7 et 8 avril avaient placé leurs travaux sous une bannière en forme d’interrogation : « Apprivoiser le futur… ». C’est évidemment la numérisation, la dématérialisation des supports et le rôle de médiation des bibliothèques – notamment musicales – dans ce contexte en pleine mutation qui étaient mis à la question ici.

Le rôle de médiation des bibliothèques

La réussite de ces journées tient pour beaucoup à ce que la parole fut largement donnée aux acteurs de la filière musicale eux-mêmes. En témoigne la première table ronde sur « L’avenir de la médiation musicale en bibliothèque ? ». Face aux interrogations des bibliothécaires quant à la dématérialisation de la musique et au téléchargement, les représentants des labels Saravah, La nuit transfigurée, Prikosnovénie ou Les allumés du jazz (regroupant 41 labels indépendants) n’eurent de cesse, eux, d’insister sur l’importance du disque en tant qu’objet : objet de création, objet esthétique, culturel, de plaisir, qui en tant que tel avait sa place face au téléchargement, à deux conditions : qu’il soit le fruit d’une véritable démarche éditoriale ; qu’il puisse trouver un public. C’est évidemment là où les bibliothèques ont un rôle capital d’intermédiation à jouer, entre ces productions et le public. À Toulouse, la médiathèque associative Les Musicophages en est l’illustration, avec un fonds en prêt payant de 18 000 CD consacré aux musiques actuelles, dans un contexte pluridisciplinaire autour de ces musiques (fanzinothèque, expositions, multimédia, rencontres d’auteurs…).

Ce rôle de médiation était évidemment au cœur de la seconde table ronde : « Comprendre les musiques actuelles ? Le rôle de veille documentaire dévolu aux bibliothèques autour des productions régionales  ». Rappelant le rôle d’aide à la création et à la diffusion de leur structure, Franck Rolland, pour le pôle régional des musiques actuelles de Haute-Normandie, et Denis Tallédec, pour  Trempôle (Nantes), firent le constat que si les musiques actuelles « s’étaient faites » sans les médiathèques publiques, celles-ci étaient devenues aujourd’hui un maillon incontournable de la diffusion musicale en région. En matière de conservation, il fut rappelé, au plan national, l’importance du dépôt légal à la Bibliothèque nationale de France.

Toujours sur le plan national, Jean-Noël Bigotti précisa le rôle structurant de l’Irma (Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles), avec une forte activité éditoriale (L’Officiel de la musique…), la tenue d’une base de données de 50 000 contacts, et un réseau de 67 correspondants. Pour autant il manque encore à ce dynamisme des musiques actuelles une reconnaissance universitaire, ce pour quoi militent précisément l’association Mélanie Séteun et les revues Copyright Volume ! (la seule revue universitaire française dédiée aux musiques populaires) et Minimum rock’n’roll.

La numérisation des collections

L’après-midi du vendredi fut l’occasion d’une plongée dans les musiques électroniques. De la house de Franckie Knuckles à Chicago en 1985 à l’electronica des années 2000, Christophe Brault, disquaire à Rennes, fit avec entrain et compétence un panorama de ces musiques. Pour passionnant que fût l’exposé, on peut toutefois s’interroger : on était plus ici dans une session de formation que dans les débats d’idées qu’on peut légitimement attendre de rencontres nationales. La fin d’après-midi fut l’occasion d’une visite au Lieu unique, haut lieu de la scène musicale nantaise.

Il fut rappelé à de nombreuses reprises que le choix de Nantes et du Grand Ouest pour ces rencontres n’était pas le fait du hasard : le dynamisme et l’éclectisme des pratiques musicales qui les caractérisent avaient en effet été déterminants. Le samedi matin en apporta la confirmation avec deux exposés ancrés dans le patrimoine musical de tradition orale de l’Ouest, sa collecte, sa conservation et sa diffusion. Arexcpo et Dastum sont deux des plus importantes associations de collecte de ce patrimoine pour lequel elles jouent un rôle essentiel de mémoire et de reviviscence. L’une et l’autre insistèrent sur l’importance du traitement documentaire et sur la déontologie de la consultation, amenant à un double niveau d’accessibilité en ligne : un accès aux ressources sonores réservé à un réseau, et pas d’accès (Arexcpo) ou une sélection d’extraits (le panorama de la musique bretonne de Dastum) pour le grand public.

Après le patrimoine sonore inédit, retour au disque édité avec le projet de numérisation de 78 tours de la Médiathèque musicale de Paris. Numérisation opérée ici dans un objectif de diffusion et de valorisation, non de conservation. Ce qui a conduit au choix de deux formats de numérisation en fonction des usages pressentis. Pour un public spécialisé, une copie sans restauration, mais compressée, dans un format Flac (Free Lossless Audio Codec), sera consultable sur un poste multimédia. Pour un public plus large, une copie « nettoyée » en format compressé Ogg Vorbis sera consultable sur un poste de consultation simple.

En conclusion, face à la complexité et à l’importance des enjeux, ces rencontres ne pouvaient avoir d’autre prétention que de dégager des pistes de réflexion. Leur succès témoigne du double besoin des bibliothécaires musicaux : échanger, s’informer. Ce sont précisément les objectifs de l’Acim et de son collège d’associations coopérantes * qu’ont rejoints au cours de l’assemblée générale de l’Acim conclusive de ces rencontres, l’Irma, la Bibliothèque publique d’information et l’association Opéra.

  1.  (retour)↑  Afas (Association française des détenteurs de documents audiovisuels et sonores), AIBM (Association internationale des bibliothèques, archives et centres de documentation musicaux), ABME (Association des bibliothécaires musicaux de l’Est), VDL (Vidéothécaires, discothécaires de la région lyonnaise).