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Innovations : pratiques et réussites

32e congrès de l’Asted

Daniel Godon

C’est au centre Sheraton, en plein cœur de Montréal, que l’Association pour l’avancement des sciences et des techniques de la documentation (Asted) – l’une des plus importantes associations professionnelles du domaine de la documentation du Canada francophone – tenait son 32e congrès annuel, du 9 au 12 novembre 2005, sous le thème « Innovations : pratiques et réussites 1 ». Par « innovations », les membres du comité organisateur désiraient mettre à l’avant-plan les actes « créatifs » ou les méthodes développées dans leur quotidien par tous les professionnels de la documentation, bibliothécaires, bibliotechniciens, etc. Ces innovations furent illustrées par des sous-thèmes pour chacune des journées du congrès : « Nouvelles compétences », « Collaboration-partenariats », « Outils technologiques ».

D’entrée de jeu, on ne peut que constater que la mouture 2005 du congrès de l’Asted nous a offert un portrait diversifié, intergénérationnel, énergique et bien vivant du milieu professionnel de la documentation.

Coïncidant avec l’ouverture de la Grande bibliothèque en début d’année 2005 2, le congrès ne pouvait passer à côté d’une potentielle « synergie » en profitant de la présence à Montréal de cette désormais indispensable institution du domaine documentaire au Québec. C’est ainsi que des visites guidées furent offertes chaque jour aux congressistes. La journée pré-congrès fut d’ailleurs organisée par la Bibliothèque nationale du Québec sous le titre « Des personnels et des usagers compétents dans les bibliothèques québécoises ».

Le congrès s’est ensuite officiellement ouvert par la présentation de la thématique du congrès. Ensuite, l’excellent orateur qu’est René Vézina (journal Les Affaires) s’est attelé à définir l’innovation comme devant être recherchée et partagée mais surtout ancrée dans notre contexte social et dans notre quotidien.

Nouvelles compétences

Monique Charbonneau, directrice générale du Céfrio (Centre francophone d’informatisation des organisations), a entamé la deuxième journée en soutenant que c’est dans un contexte particulier, social et organisationnel, que se développe l’innovation. Suscitant quelques réactions dans l’auditoire, la conférencière en a profité pour proposer la création d’un blogue sur le site web de l’Asted portant sur les innovations des bibliothécaires.

Sur le sujet des organisations, Daniel J. Caron, de Bibliothèque et archives Canada, a souligné l’importance de l’évaluation à la fois des besoins des usagers et des pratiques de gestion dans une organisation afin de reconsidérer sa mission et la pertinence de ses services. En parfaite continuité, Louis Fabien, de l’École des hautes études commerciales de Montréal, a proposé une nouvelle approche marketing, l’approche relationnelle, qui postule qu’il est préférable de vendre des expériences plutôt que des services afin d’obtenir du succès.

Collaboration et partenariats

Sur le thème très populaire des blogues, Josée Blanchette (journal Le Devoir) et Pierre Asssouline (écrivain français) ont été très appréciés des congressistes par leur présentation lors du déjeuner-causerie : « Les weblogs : les différences pratiques d’écriture et journalistique et leur lectorat ». Les deux « blogueurs » ont partagé leurs expériences en mettant en lumière l’impossibilité d’éviter la censure sur un blogue, ainsi que la nécessité de fidélité et de rigueur.

Ensuite, Rémy Trudel (ex-ministre provincial du Parti québécois et professeur à l’École nationale d’administration publique) a fait le tour de la question des « partenariats public-privé » (PPP) sur un ton éminemment politique, n’évitant pas d’écorcher au passage ses ex-adversaires libéraux actuellement au pouvoir. Il s’est présenté comme un défenseur du « modèle québécois » (social-démocratie typiquement québécoise) et de l’administration publique québécoise.

Lise Bissonnette (Bibliothèque nationale du Québec) et Jean-Marie Borzeix (Bibliothèque nationale de France) ont discuté de projets de numérisation de documents en réaction au projet Google Print. Tous deux ont affirmé que c’est aux bibliothèques nationales que revient ce rôle afin de contribuer à la diffusion électronique de la connaissance universelle et de contrebalancer l’hégémonie de la culture anglo-saxonne dans ce créneau.

Outils technologiques

Lors de la conférence plénière de la dernière journée du congrès, Gary Price, spécialiste de la recherche sur le web et bibliothécaire (anciennement à la George Washington University), a présenté en rafale une série d’outils autant utiles qu’étonnants 3. De son côté, Diane Vizine-Goetz, de OCLC (Online Computer Library Center), a développé un projet de recherche terminologique sur le web qui permettrait de mieux exploiter les vocabulaires contrôlés d’indexation. Enfin, la Britannique Heather Wills a exposé son programme des Idea Stores, une pratique d’une bibliothèque du quartier de Tower Hamlets de Londres qui combine formation continue et activités culturelles.

Le congrès s’est conclu par une conférence plus légère de Colette Verret sur le sujet du livre Êtes-vous Tintin, Milou, Haddock : l’aventure humaine au travail écrit par Renée Rivest 4. L’ouvrage élabore une théorie des profils de travailleurs en reprenant les personnages des aventures de Tintin.

En somme, un congrès riche en partages, expériences, rencontres et… en innovations. Car on a senti que les personnes présentes ont apprécié la grande qualité des présentations qui se sont avérées parfois de véritables happenings en incitant à la fois les conférenciers et leur auditoire à être « inventifs ». Comme le disait si bien une participante : « J’y ai trouvé des occasions de me ressourcer et d’établir de nouveaux liens […]. Je ressors de l’événement pleine d’énergie et d’idées. »