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Réunion des directeurs de bibliothèques de l’enseignement supérieur

Annie Le Saux

En introduction à la rencontre annuelle des directeurs des bibliothèques des établissements d’enseignement supérieur, les 26 et 27 janvier derniers, Jean-Marc Monteil, directeur de l’Enseignement supérieur, a souligné l’urgence, face à « un espace international sans merci », de mettre en place une nouvelle coopération entre les acteurs de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, qui devra s’appuyer sur des objectifs d’« efficacité, d’efficience, de recherche de la performance, de transparence et de justification au premier euro ». Une coopération qui ne peut s’instaurer qu’à partir d’une connaissance précise des points forts de chacun des partenaires.

Partenariats

L’explosion des ressources électroniques, en bouleversant la structure des acquisitions, ne laisse guère aux bibliothèques d’autre choix que de mutualiser leurs compétences et de développer des actions coopératives. Depuis quelques années déjà, la majorité d’entre elles s’inscrit dans des outils nationaux de coopération, certaines contribuent également à l’organisation de cartes documentaires de site (comme celle du Quartier latin) 1 et le renforcement de la carte documentaire nationale devrait être l’objectif commun. Dans cette situation mouvante, l’évaluation apparaît comme une démarche de plus en plus nécessaire 2. « Nous sommes entrés, constate Claude Jolly (sous-directeur des bibliothèques et de la documentation), dans la culture des indicateurs. » Rechercher une meilleure connaissance des publics, de leurs pratiques et de leurs besoins signifie que l’on quitte la logique traditionnelle de l’offre pour répondre de plus en plus (mais pas uniquement ?) à celle de la demande.

Les bibliothèques ont désormais un rôle plus actif à jouer, au sein de l’université, mais aussi dans l’élaboration des outils communs : Geneviève Gourdet, présidente de Couperin, a souligné que ce consortium n’était pas un prestataire de service mais un outil de mutualisation, où chaque membre a une place à occuper et des responsabilités à assumer. Pour 2006, Couperin ambitionne d’accentuer la professionnalisation des négociateurs – par une formation en partenariat avec l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques –, d’élaborer une licence type pour unifier les -contrats, de développer une réflexion sur les statistiques et aussi de trouver une articulation entre les universités et les EPST (établissements publics à caractère scienti-fique et technologique), afin que les universités ne se désengagent pas de la politique documentaire au profit des laboratoires et, par voie de conséquence, du CNRS.

Partenaires avec qui il faudra bientôt compter, les instituts universitaires de formation des maîtres, au nombre de 31 (un par académie), envisagent « sereinement » leur prochaine intégration dans les universités (Jacques Durand, directeur de l’IUFM d’Orléans-Tours et Olivier Caudron, directeur du SCD de l’IUFM Midi-Pyrénées). Comment se dérouleront ces opérations, quel sera le statut des personnels, comment se fera le partage documentaire… ? Ces questions demeurent en suspens.

Ces évolutions rapides ne peuvent se réaliser sans moyens, tant budgétaires qu’humains : pour 2006, Alain Colas (SDBD) a rappelé les crédits (1 million d’euros de plus qu’en 2005) et les créations de postes (26) 3.

Ressources électroniques

Les ressources électroniques explosent et les thèses électroniques participent à cet envol. Si les objectifs de valorisation (recensement, signalement, diffusion) et de conservation sont identiques à ceux des thèses imprimées, les possibilités qu’elles offrent sont plus étendues (amélioration des services en termes d’exhaustivité, d’accessibilité, de rapidité de traitement). Il ne faut cependant pas occulter les difficultés, nouvelles ou amplifiées, d’ordre juridique, technique et organisationnel (Danièle Duclos-Faure et Rachel Creppy, SDBD). 2006 aura vu la publication d’un arrêté concernant les thèses, où il est fait mention, entre autres, de la mise en œuvre d’un nouvel outil national d’enregistrement du dépôt de la thèse et de ses métadonnées, dans le but de la signaler et de l’archiver. Star, « plateforme de dépôt qui alimentera automatiquement le Sudoc » sera gérée par l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (Raymond Bérard,  Abes).

Toujours dans le contexte de la documentation électronique, les programmes de numérisation se multiplient, souvent de façon anarchique. Aussi le projet Numes, « outil de repérage mutualisé » (Jean-Émile -Tosello--Bancal, SDBD), développé en partenariat entre le ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche et le ministère de la Culture et de la Communication, et chargé de dresser l’inventaire des fonds numérisés de l’enseignement supérieur, est-il le bienvenu. D’autant qu’il s’inscrit dans le contexte européen de Michael 4 et en complémentarité avec le CFCN (catalogue des fonds culturels numérisés). Développé lui aussi à l’Abes, Numes devrait voir le jour fin 2006.

Recherche et formation

Anne-Marie Bertrand, directrice de l’Enssib, a présenté les nouveaux projets et la nouvelle orientation de l’École. Deux de ses missions essentielles – recherche et formation – sont placées sous le signe du partenariat : à l’échelon lyonnais, l’École est membre du Pres (Pôle de recherche et d’enseignement supérieur, ex-Pul) ; à l’échelon national, outre les partenariats traditionnels avec de grands établissements (BnF, Bpi, EPHE, etc.), l’Enssib veut déve-lopper un réseau de bibliothèques partenaires privilégiées, avec qui elle signera des conventions.  Autre point fort qu’Anne-Marie Bertrand souhaite mettre en place : l’évaluation constante des formations.

Pour pallier certaines difficultés à accéder à la préparation aux concours de bibliothèque, Médiadix a, depuis trois ans, mis en place, avec le soutien de la SDBD, un dispositif de formation à distance à la préparation de certains d’entre eux : magasinier en chef, assistant de bibliothèques et, depuis cette année et en exclusivité, bibliothécaire adjoint spécialisé (Karin Moëllon, Brigitte Renouf) 5.

Gestion

La mise en place de la Lolf (Loi organique relative aux lois de finances), perturbant de nombreuses habitudes bien ancrées, n’a pas facilité la tâche des représentants de la Direction des personnels, de la modernisation et de l’administration. Dominique Antoine (directeur de la DPMA) n’a pu que constater que les premiers résultats des nouvelles mesures de notation et d’évaluation, destinées, rappelons-le, à « discriminer les meilleurs agents des moins bons », sont loin de recueillir un vaste consensus (ce que les nombreuses questions et propositions des directeurs ont confirmé), et « un bilan contradictoire » devrait précéder les opérations de 2006.

Parmi les autres projets de l’administration, celui de poursuivre sa politique de déconcentration, en confiant aux universités de nouvelles responsabilités concernant notamment les différentes formes de congés. Enfin, la DPMA entend s’appuyer sur Bibliofil’ 6 pour mieux adapter la nature des épreuves des concours.

Les résultats de l’enquête menée par l’inspection générale des bibliothèques sur l’évolution des organisations documentaires, de leurs structures et de leurs fonctions, furent présentés par Denis -Pallier. De cette enquête, axée prioritairement sur les personnels, il ressort que les principaux obstacles relevés résident dans les difficultés à « trouver les compétences, obtenir l’adhésion des personnels, reconnaître les responsabilités… ». Les attentes vont, elles, vers « une consolidation des effectifs et une reconnaissance des compétences et de l’investissement des personnels à travers les indemnités et la gestion des carrières ».